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Abdoulaye Moulaye dit Abeydi « Il faut un véritable plan Marshall pour la région de Taoudénit »

Abdoulaye Moulaye dit Abeydi, président du patronat de la région de Taoudénit. @DR

Membre du patronat malien où il occupe le poste de Secrétaire adjoint à l’Organisation, Abdoulaye Moulay dit Abeydi est, depuis décembre 2016, Président du Patronat de la Région de Taoudénit. Cette Région du grand nord malien est presque vide de sa population où le sable et l’harmattan chaud ralentissent les caravanier qui amenaient autre fois le sel gemme de Taoudénit à Tombouctou. Abdoulaye Moulaye dit Abeydi est le fondateur de la Société malienne de route, bâtiment et travaux publics (MR- BTP) et fort de son expérience, il nous  explique les enjeux économiques et sécuritaires de cette Région. Interview !

Nord Sud Journal : Pourquoi un patronat dans une Région où il n’y a aucune activité économique légale ?

Abdoulaye Moulay dit Abeydi: Dès lors que la région a été créée par le gouvernement malien, nous, au niveau de l’Organisation du patronat des entreprises du Mali, nous avons décidé de nous conformer aux règlements de notre organisation qui demande d’être représenté dans toutes les régions du pays. C’est dans cet esprit que le Patronat de la région de Taoudénit a été créé. C’est aussi notre façon de participer au développement économique et à la concrétisation des actions de notre pays.

Comment est organisé ce Patronat de la Région de Taoudénit ?

Nous avons un Bureau de 14 membres dont je suis le Président. C’est un bureau statutaire avec la possibilité d’accueillir d’autres entreprises de la région. Si les Refugies retourneront, nous aurons la possibilité d’augmenter les membres du Bureau.

Est-ce que vous avez fait la place aux entrepreneurs qui sont membres des mouvements armés comme la CMA et la Plate-forme ?

Cela n’est pas dans nos critères. Pour être membre du patronat des entreprises au Mai, il faut que la personne soit de nationalité malienne et avoir des papiers administratifs et juridiques qui montrent que sa société existe et est répertoriée au Mali. Nous ne tenons pas compte des autres colorations politiques ou religieuses. Donc, je ne peux pas vous dire si nous avons des membres parmi les mouvements armés ou non ; mais, le jour où nous allons voir un de nos membres avec une arme, cela nous fera certainement mal.

Votre Bureau a fait rapidement le consensus et nous n’avons entendu aucune contestation 

Nous avons amené tous les acteurs à la réunion de sensibilisation, mais finalement cette rencontre a vite viré à l’installation du Bureau du Patronat malien. Les gens ont soif du développement, soif de l’attention à leurs égards. C’est aussi par ce que nous ne gérons pas les tribus, mais, plutôt, nous faisons de la facilitation aux entreprises de la région. Donc, peut-être, les enjeux économiques et politiques du moment étaient moins importants.

Est-ce qu’il y a une politique au sein du Patronat de la Région pour que les grosses sociétés de la Région fassent aussi de la place pour les petites sociétés qui viennent de naitre dans le cadre de la création de la Région ?

C’est un problème général qui se pose non seulement à Bamako mais aussi un peu partout ailleurs dans le monde. Il faut comprendre que les appels d’offres des marchés demandent très généralement un certain nombre d’expériences et aussi un capital conséquent de la société. C’est le cahier des charges qui peut dire que c’est telle ou telle autre société qui peut participer à cet appel d’offres. A Taoudénit, il n’y a pas des grosses ou petites entreprises ; car, la situation particulière de la région fait en sorte qu’une seule société ne peut pas exécuter un certain volume de travail. Il faut un regroupement de sociétés dans un appel d’offres ; car, la société qui peut avoir le nombre d’années d’expériences et le capital nécessaire pour remporter un marché ne peut pas, peut-être, exécuter seule ce marché. Cela, pour des raisons spécifiques de la Région. Cela va du cadre sécuritaire à la situation géographique et tribale de la région. Donc, il faut aller vers le groupement de sociétés, cela permet de donner de travail à tout le monde pour que tout le monde puisse en bénéficier.

Quel rôle politique le Patronat compte jouer dans le développement de la Région de Taoudénit ?

Notre rôle c’est de participer au développement de la région et d’une manière très responsable. Si on est entrepreneur et membre du Patronat, cela veut dire que cette personne ne va pas se mêler ou compliquer les autres processus de l’accord de paix. Un de nos membres ne peut pas, par exemple, demander à ce qu’il soit inclus dans le processus du DDR ou du MOC ou d’autres aspects de l’application de l’Accord de paix. Nous, en tant que fils de la région, nous allons faire en sorte que le développement soit une réalité pour que les Refugiés puissent revenir à leur Région ; car, le MOC, les autorités intérimaires et tous les autres aspects de l’Accord de paix seuls ne suffisent pas pour le développement de la région. La paix et la sécurité seules ne suffisent pas pour nourrir ou faire le déplacement ou l’éducation des gens par exemple.

Concrètement, c’est quoi le potentiel économique de cette Région de sables pour le Patronat régional ?

Si nous parlons de potentiel économique à l’heure où actuel, nous risquons de décourager  beaucoup d’investisseurs ; car, les projections sur le pétrole, c’est peut-être dans les 15 ans, et l’exploitation des autres ressources minières de la Région sont dans ce même ordre de temps. Mais, à l’heure actuelle, le potentiel économique, ce sont les infrastructures de base. L’Etat a l’obligation de poser les bases de développement, par ce que les refugiés maliens en Mauritanie ou en Algérie vont se demander, est-ce qu’il y a un lycée à Taoudénit pour leurs enfants ? Est-ce qu’il y a du travail pour eux ? Ma mère a le diabète ; est-ce qu’il y a un centre de santé dans la région ? Les gens ont besoin de tout ça pour ramener la paix et le développement.

Comment vous voyez, concrètement, le développement économique de la Région de Taoudénit ?

Il faut investir dans les projets qui auront des impacts sur une longue durée, cela va des routes à la formation de menuisiers et couturiers ainsi de suite.

L’élevage de chameaux est important quand même dans cette région !

L’élevage pour qu’il soit développé, il faut faire beaucoup de forages, par exemple. C’est la même chose pour tous les autres secteurs, comme les routes et autres infrastructures qui peuvent aider les populations à produire.

Aujourd’hui, par exemple, aucun Banquier n’accepte de financer de projets dans la région de Taoudénit. Pourtant, même le Banquier ivoirien peut être touché par l’insécurité qui se développe dans cette même région de Taoudénit. Les groupes armés qui font des attaques en Côte-d’Ivoire, par exemple, ils s’organisent depuis Taoudénit ; c’est pourquoi, on doit faire attention à cette région et ne pas la regarder sur le plan rendement tout de suite mais sur le long terme. Il faut un véritable plan Marshall pour la Région de Taoudénit.

Est-ce que la présence des groupes armés comme AQMI, peut nuire à vos activités dans la région ? 

Ce n’est pas à nous d’évaluer le risque sécuritaire. Nous exécutons des projets au profit de la population  et nous voulons travailler sereinement. Nous allons éviter les situations qui peuvent nous créer des problèmes sécuritaires. Après, on compte sur la population ; car, ce que nous faisons, ils sont les premiers à bénéficier.

La population de Taoudénit est estime à 130.000, Habitants (chiffre du Gouvernorat). Ce n’est pas un grand marché.

C’est vrai ! Mais, c’est un marché évolutif. Ce chiffre est celui des gens qui vivent actuellement dans la région de Taoudénit et sont prêts à vivre là-bas quel que soit la situation.  Donc, c’est un marché qui est appelé à croitre. Le développement créée l’intérêt pour les gens à venir dans la région.

Il y a des fortes chances qu’il y ait du pétrole et du gaz naturel dans la région de Taoudénit. Est-ce que vous avez, vous-même, les moyens de faire la production ou est-ce que vous allez faire de partenariat avec des sociétés étrangères par exemple ?

Pour nous, le pétrole et le gaz c’est de la science-fiction. Les gens attendent cela pour venir dans la région, et c’est ça l’erreur. S’il y a du Gaz et du pétrole, c’est bien ! Il faut venir faire les prospections et les recherches. Ce sont des investissements qui prendront énormément du temps et, entre temps, les gens s’accrochent aux chimères et l’insécurité se développe dans la région. Nous, entrepreneurs, nous voulons être concrets. Nous voulons faire des travaux tout de suite pour que demain tous les rêves dont vous parlez deviennent une réalité.

Taoudénit est une région particulière quand même. En plus de la distance, il y a presque aucune infrastructure.

Absolument ! A Taoudénit, l’investissement qu’il faut, pour construire une maison, construit, à Bamako, un quartier. Les camions qui transportent de 15 à 20 mètres cube de graviers pour se rendre sur un chantier ici à Bamako, à Taoudénit, ils ne peuvent transporter que 10 mètres cube à cause de la distance et le sable. Donc, si on veut donner la chance à la région de Taoudénit de se développer, nous devons être flexibles avec les coûts des travaux dans la région.

Propos recueillis par Mohamed Lamine

 

Un commentaire

  1. Que le patronat de taoudenni donne le premier exemple en construisant son siège dans le chef lieu de région.bismillah

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