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BOUBACAR TRAORÉ, MAIRE DE GAO : « La population se plaint des bruits des explosions provoquées par Barkhane»

BOUBACAR DAKA TRAORÉ, MAIRE DE LA COMMUNE URBAINE DE GAO @Nord sud journal

Des habitants de la ville de Gao ont marché le 22 octobre dernier pour déposer au gouvernorat de la ville une proposition de découpage territorial de la région de Gao. Mais ce projet de découpage territorial n’est pas le seul problème. Dans une longue interview, le maire de la ville, Boubacar Daka Traoré,  revient sur l’actualité de sa ville et la présence des forces étrangères à Gao. Interview.

Nord sud journal : Est-ce que la marche de Gao contre le projet de découpage territorial était prévisible ?

BOUBACAR DAKA TRAORÉ : La marche était plutôt spontanée. Lorsque la population de Gao a pris connaissance du projet de découpage territorial envisagé par le ministère de tutelle, la population s’est sentie oubliée, marginalisée, et les gens sont sortis pour faire entendre leur voix.  C’était de bonne guerre. Le Mali va vers une décentralisation très poussée, ce qui fait que chacun est préoccupé par le développement de sa localité.

Les propositions de découpage territorial de la région de Gao remises au directeur de cabinet du gouverneur par les marcheurs ont-elles le soutien des autorités de la ville ?

Oui ! Si vous regardez bien, vous constaterez qu’ils ont fait le tour de la table pour prendre en compte les opinions et les convictions politiques des uns et des autres.

Azaz Ag Loudagdag, un leader touareg, a déclaré que si la communauté songhay faisait des propositions de régions et de cercles,  les Touaregs seraient prêts à les soutenir. Quelle est votre réaction ?

Je suis ravi. Nous sommes dans un milieu où tout le monde connait sa place. Vous savez, il y a plus de terroir dans les zones nomades que chez les sédentaires ce qui nous amène à une complémentarité.

Pourtant à Gao, il y a très souvent des pics de tension entre les communautés.

Ces tensions sont dues à l’insécurité. Il arrive souvent que la communauté songhay se sente particulièrement visée par cette insécurité comparativement aux autres communautés. On était arrivé à un moment où, par exemple, un Songhay ne pouvait  pas circuler à moto ou en voiture sans que des jeunes armés à la peau blanche ne le braquent pour partir avec son engin. Les auteurs quittent la ville pour se cacher dans les zones touaregs ou arabes. Je demande à nos parents touaregs et arabes de s’investir d’avantage pour dénoncer les bandits afin d’arriver à un vivre ensemble harmonieux à Gao.

Début 2018, près de Bourem, des jeunes arabes ont été tués par des hommes armés probablement proches des groupes d’autodéfense songhay. L’incident s’était passé loin de la ville de Gao, pourtant des échauffourées ont eu lieu entre les communautés à l’intérieur de la ville de Gao concernant cette affaire. Comment l’expliquez-vous ?

C’est par ce que certains nourrissent cette tension à Gao et profitent du fait qu’il n’y a malheureusement pas de solidarité entre les communautés de Gao.  Si chacun se défend de son côté, cela crée des problèmes. Mais grâce au dialogue intercommunautaire, on arrive à gérer ces situations. Les communautés doivent jouer leur rôle civique pour préserver la paix et la sécurité et c’est ce qui va nous faire aller de  l’avant.

La diaspora de Gao, notamment au Ghana et en France, est influente grâce aux réseaux sociaux et, souvent, elle distille des messages qui n’aident pas à préserver la cohésion sociale à Gao.

La diaspora défend les intérêts de Gao et je ne peux pas l’en empêcher. Quand je les écoute, je me dis que ces gens ont l’amour de leur terroir, mais qu’ils sont déconnectés de la réalité du terrain. Ceux qui vivent à Gao n’ont pas les mêmes analyses qu’eux.

Au niveau sécuritaire, le MOC (Mécanisme opérationnel de coordination) censé sécuriser la ville a du mal à démarrer depuis son installation, il y a deux ans. Pourquoi ?

C’est parce que le processus de cantonnement des groupes armés, dont certains ont des armes à l’intérieur de la ville de Gao, n’est pas encore effectif. Il faut désarmer les mouvements et c’est à ce moment que le MOC pourra  être déployé dans la ville pour assurer la sécurité et appréhender tous ceux qui ont des armes.

Une partie de la population de Gao serait un peu hostile au MOC, qu’elle accuse d’avoir amené l’insécurité dans la ville.

Oui. C’est par ce qu’une partie des combattants du MOC n’était pas aussi intègre que ça. Figurez-vous que des combattants du MOC ont disparu avec les véhicules de leurs unités. Certains étaient soupçonnés de braquage. Mais je pense que des leçons ont été tirées par la hiérarchie et ces agissements ont tendance à disparaître.

La ville de Gao abrite la principale base de l’armée malienne dans le Nord, mais aussi la principale base de l’armée française au Mali. A côte de ceux-ci, il y a la Minusma, pourtant, il n’y pas de sécurité à Gao.

La sécurité dépend du désarmement des mouvements armés. Tant que cela n’est pas fait, des bandits, des gens de mauvaise foi continueront d’infiltrer en s’identifiant à des mouvements armés signataires de l’accord de paix, pour ensuite semer la terreur ou faire du banditisme.

Comment sont les relations entre les populations de Gao et la force française ?

Bien dans l’ensemble, mais souvent la population de Gao se plaint des bruits et des vibrations liés à des explosions provoquées par Barkhane pour détruire des stocks de munitions ou d’explosifs. Pendant la saison des pluies par exemple, les vibrations d’une explosion ont fait trembler des maisons en terre qui étaient mouillées. Il y a eu des fissures dans les murs et les gens ont eu peur pour leurs maisons. Mais le plus important, c’est qu’il y a un dialogue permanant entre nous et les soldats français, ce qui nous permet de gérer les petits problèmes de ce genre.