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PROJET DE DÉCOUPAGE TERRITORIAL, Ag Erlaf, ministre de l’Administration territoriale : « Ce découpage territorial sur lequel certains spéculent date de 2012 »

Aeroport de Bamako, le 5 juin 2018. Le ministre malien de l'Administration territoriale Mohamed Ag Erlaf dévoile la nouvelle carte d'électeur biométrique qui sera utilisée pour la prochaine élection de juillet. © Michele CATTANI / AFP

Aeroport de Bamako, le 5 juin 2018. Le ministre malien de l’Administration territoriale Mohamed Ag Erlaf dévoile la nouvelle carte d’électeur biométrique qui sera utilisée pour la prochaine élection de juillet.
© Michele CATTANI / AFP

Alors que les manifestations continuent dans certaines parties du nord et du centre  contre le projet de découpage territorial, les autorités maliennes tentent de rassurer les acteurs. Des conférences régionales seront bientôt organisées pour que les acteurs à la base discutent de ce projet.

La polémique ne baisse pas au sujet du projet de découpage territorial, malgré les multiples sorties médiatiques des membres du gouvernement maliens pour rassurer les acteurs de la société civile sur la bonne foi des autorités malienne. Ce projet de loi controversé prévoit la création de vingt régions contre dix actuellement et un District, 92 cercles contre 49 existants. Si le sud du pays semble être satisfait de ce découpage, les critiques alimentées par les messages sur les réseaux sociaux montent d’un cran dans le Nord et le Centre.

Tendance

Deux tendances se distinguent. Celle qui dénonce le fait que certaines localités n’ont pas été érigées  en région, c’est le cas par exemple de Goundam, Koro et dans une moindre mesure la zone de Atala, cette aire géographique de la communauté touareg chamanamasse coincée entre la région de Gao, de Ménaka et de Kidal. La deuxième tendance, qui constitue l’aile dure de cette contestation, dénonce  un découpage pour favoriser « les Arabes et les Touareg » dans la région de Gao. «De par cette boucherie territoriale, nos autorités confèrent à une minorité démographique la majorité démocratique. Démocratiquement, comment une majorité de la population du nord du Mali à 90% pourrait se retrouver avec 8 députés alors que la minorité  10% se tape 32 députés», dit Abdel Kader Maïga, président de l’association Gao Lama Borey lors d’un point de presse le 16 octobre dernier. L’association Gao Lama Borey s’était fait connaitre en début d’année, au lendemain d’un pic de tension intercommunautaire à Gao. Elle demande aujourd’hui la démission du ministre de l’administration territoriale, Mohamed Ag   Erlaf. Ce dernier semble serein et imperturbable, mais suit la situation sur le terrain avec grand intérêt. « Je ne suis pas dans un coin d’un bureau pour découper quoi que ça soit », nous confie le ministre de l’administration territoriale, Mohamed Ag  Erlaf.

S’approcher

Qui ajoute : « notre objectif, c’est d’administrer l’ensemble du territoire national et non pas de faire  des  calculs politiciens auxquels s’adonnent certains qui veulent accéder à l’Assemblée nationale ou à la Présidence de la république. L’État veut s’approcher de sa population pour apporter un certain nombre de services sociaux de base et il doit créer des conditions pour cela ». « Ce découpage territorial sur lequel certains spéculent n’est pas de nous. Il date de 2012 », lance Ag Erlaf. Pour permettre à la population de débattre du projet de loi de découpage territorial, le ministère de l’administration territorial organisera des conférences régionales du 13 au 17 novembre prochain dans les vingt régions concernées « afin que les populations à la base se prononcent sur le sujet ». Selon l’analyste politique, Pr Issa Ndiaye, la grande question est de savoir qui va débattre lors de ces conférences régionales et quel poids populaire ont les conférenciers. «Ce projet de loi risque de faire apparaître des velléités  séparatistes un peu partout sur le territoire si le gouvernement ne trouve pas un équilibre de pouvoir entre les communautés à la base », estime le Pr Issa Ndiaye. « Il faut aller plutôt vers des assises populaires durant lesquelles toutes les communautés puissent s’exprimer afin que les habitants des localités disent clairement leur choix : par exemple, telle commune veut aller avec tel cercle et tel cercle veut être rattaché à telle région. Cela évite les malaises ou le sentiment de domination d’une communauté sur une autre ».  En tout cas, le travail qui attend le ministre de l’administration territoriale est énorme et la communauté internationale qui soutient le Mali à travers la Minusma et des aides financières au gouvernement demande des résultats concrets prouvant que les choses évoluent, et cela avant la prochaine session de l’ONU qui se tiendra dans six mois.

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