Adam Thiam au sujet du Centre du Mali : « Des villages sont aujourd’hui séduits par les tribunaux islamiques »

 

Adam Thiam, lors du lancement du rapport du centre HD, le 23 mars 2017 a Bamako. Nord Sud Journal

Les groupes djihadistes commencent  à avoir un impact direct sur la vie quotidienne de certains villages du centre du Mali, selon Adam Thiam, journaliste et consultant. Ce dernier vient de rendre publique (le jeudi 23 mars) une étude intitulée «Centre du Mali: les enjeux d’une crise négligée ». Un cri d’alerte face à la décrépitude de l’Etat dans les régions de Mopti, Ségou et même Koulikoro.

L’auteur a déclaré avoir eu écho de l’existence de tribunaux islamiques dans certains villages de la région de Mopti où les populations sont de plus en plus séduites par les djihadistes. Les habitants de ces villages «s’accommodent du mode de gouvernance » des djihadistes qui sont loin d’être oppressifs que les représentants de l’Etat: juges de paix, gendarmes, agents des eaux et forêts et gardes.

Le livre de 56 pages, réalisé avec le soutien de l’ONG Dialogue Humanitaire(HD), étudie les dessous de l’insécurité que représentent ces présumés djihadistes. « L’insécurité au Centre du Mali est classiquement associée à l’activisme djihadiste incarné par Hamadoun Kouffa, dont il est acquis aujourd’hui qu’il fait partie intégrante d’Ansar Dine », souligne l’ouvrage.

Pourtant, d’autres terroristes, y compris les anciens membres du MUJAO(Mouvement pour l’unicité et jihad en Afrique de l’Ouest) sont présents dans le Centre. Selon Adam Thiam, ces hommes armés évoluent de manière plus ou moins périphérique à Ansar Dine mais tout en se rattachant à AQMI (Al-Qaïda au Magrheb islamique).

Les vols de bétail, les enlèvements de véhicules et autres formes de violence sont menés par des bandits. Mais dans le Centre du Mali, il y a aussi des groupes identitaires dont celui dirigé par Hama Founé, un ressortissant de Sossobe et ancien combattant dans les troupes de Charles Taylor.

Le mouvement de Hama Founé, affirme l’auteur, fait la guerre aux services dits de « répression » : justice, douanes, gendarmerie, eaux et forêts. «En 2014, il appelait ouvertement les Peulh à s’organiser et à s’armer pour combattre l’administration étatique, assimilée à une force d’occupation », indique l’ouvrage.

Englué dans une récession économique contribuant à l’insécurité, le Centre du Mali doit être intégré dans le processus de paix,  recommande l’ouvrage d’Adam Thiam. Pour l’auteur, il importe que les autorités travaillent à la mise en place d’un mécanisme renforçant la cohabitation, la reforme du curriculum des écoles coraniques et une approche régionale de la question Peulh avec au moins le Burkina Faso et le Niger.

Le Républicain

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