Afrique de l’Ouest: Du sang pour se maintenir au pouvoir sous le silence de la CEDEAO

Comme une trainée de poudre, la contagion de la contestation des régimes en place, débutée au Mali en juin, est en passe de gagner le reste de l’Afrique de l’Ouest. De la Côte d’Ivoire à la Guinée, en passant par le Nigeria, les cocotiers sont secoués, installant la panique au sommet des États.

Et la réponse au cri de détresse des populations est la répression féroce des manifestants. Ils tombent sous les balles des forces de l’ordre. Leur tort, c’est d’avoir dénoncé la confiscation du pouvoir au nom d’un troisième mandat dans les deux premiers pays et la mauvaise gouvernance dans le troisième, le géant de l’Afrique de l’Ouest.

Le dénominateur commun dans ces pays, c’est le sang versé de leurs compatriotes pour se maintenir au pouvoir.

Contesté par un mouvement populaire au début du mois de juin dernier, le régime d’IBK, en lieu et place d’un dialogue direct et franc avec les responsables du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), a préféré la répression des manifestants. Le bilan est lourd. Vingt-trois (23) morts en trois jours de manifestations les 10, 11 et 12 juillet et de plusieurs blessés dont certains sont marqués à vie.

La série noire allait continuer pour les leaders et militants du M5-RFP si l’armée n’était pas intervenue, le 18 août dernier pour mettre fin au régime d’IBK, décidé à faire taire la contestation par une répression sanglante.

Et avant même que l’armée n’intervienne de nouveau sur la scène politique malienne, le feu couvait déjà sous la cendre en Côte d’Ivoire et en Guinée. Dans ces pays, les présidents Alassane Ouattara et Alpha Condé, contre toute attente, ont décidé de briguer un troisième mandat après avoir modifié la Constitution qui limitait leurs mandats  à deux. Ce passage en force est perçu par les opinions publiques ivoiriennes et guinéennes comme des mandats de trop.

Pour se faire entendre, elles ont fait de la rue l’expression de leur ras-le-bol. Mais à leur grande surprise, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants pour contenir la contestation dans les rues. Peine perdue. Ceux-ci, déterminés à aller jusqu’au bout de leur revendication, à savoir faire renoncer par leur chef d’État au mandat de trop, sont fauchés par les balles dans l’indifférence totale des organisations des droits de l’homme et de la soi-disant communauté internationale. Que de sang a coulé dans ces pays par la volonté d’un seul homme !

Et malgré tout ça, les organismes internationaux : l’organisation sous régionale la CEDEAO prête à protéger les gouvernants et non les gouvernés, oui, c’est son seul statut. Dans tous les cas c’est ce que nous avons vu au Mali, l’UA, les Nations-Unies et consorts gardent toujours le silence.

Le Nigeria, le géant de l’Afrique de l’Ouest, est aussi atteint par la contestation. Les manifestants aussi comme au Mali, en Côte d’Ivoire et en Guinée Conakry deviennent à leur tour des fruits morts. Les Nigérians protestent contre les exactions des forces spéciales sur la population et la cherté de la vie.

L’entêtement des chefs d’État de ces pays va-t-il provoquer l’intervention de l’armée sur l’arène politique comme au Mali ? À l’allure où vont les choses, cette probabilité est grande. Comme pour dire que les militaires peuvent être contraints de se ranger du côté de la population pour arrêter la boulimie de ces présidents qui veulent se maintenir au trône bon gré, malgré dans le sang de leurs peuples.

Dans le cas contraire, ils vont à acheter le silence des puissances impérialistes par la signature des contrats miniers, des marchés de construction, du bradage des sociétés et entreprises d’État afin de légitimer leur pouvoir maculé du sang du peuple.

Après les partis uniques accusés du retard économique de l’Afrique par la gestion clanique du pouvoir, nous voilà en démocratie avec son cortège de morts, de désolation et de confiscation du pouvoir par la violation des Constitutions. Elle aussi n’a pas été à la hauteur des attentes du fait des dirigeants corrompus et assoiffés de pouvoir.

Alors que tous les espoirs étaient placés en ce mode de gouvernance pour effacer les traces indélébiles du monopartisme. Ces deux systèmes politiques n’ayant pas apporté le bonheur souhaité, les résultats escomptés aux peuples africains et le progrès au continent, le temps n’est-il pas venu pour que les Africains réfléchissent à un autre modèle politique plus adapté à leurs réalités pour qu’enfin s’amorce un développement durable?

Avec Inter De Bamako

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