Afrique-Russie : Sotchi, quels enseignements pour les Africains ?

Le sommet Russie-Afrique qui vient de prendre fin à Sotchi le 24 octobre 2019 restera longtemps gravé dans les annales historiques de notre continent.

Cet évènement qui a enregistré la présence de plus d’une cinquantaine de délégations africaines est intervenu dans un contexte international difficile pour la Russie. En effet, les tensions demeurent toujours très vives entre ce pays membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et ses challengers occidentaux (US, UK et la France).

 A la suite de l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie en 2014, suivie de la guerre dans l’Est de l’Ukraine, les Américains et leurs alliés de l’Otan avaient adopté des sanctions contre la Russie. Parallèlement à la médiatisation de cette situation de tension, le retour des Russes en Afrique a connu ces deux dernières années une forte médiatisation, notamment depuis l’assassinat des trois journalistes russes en Centrafrique au mois de juillet 2018.

Ainsi, la Russie, par ce sommet, a juste voulu véhiculer l’image d’un pays superpuissant dans un monde multipolaire qui serait prêt à répondre à tout moment à l’appel des décideurs politiques du continent qui cherchent aujourd’hui à diversifier leurs partenariats à l’international. Il est important de rappeler que jusqu’à la fin des années 1980, l’Urss entretenait des relations assez étroites avec plusieurs pays africains. Au milieu des années 80, l’Union soviétique a signé des centaines d’accords avec les pays africains. Environ 25 000 Africains ont été formés dans les universités et les collèges techniques soviétiques, dans de multiples domaines, et des milliers sont sortis des académies militaires et politiques de l’Urss. Ces programmes d’échanges et de formation avaient débuté dès les années 1950.

Un grand nombre de dirigeants africains ont bénéficié à titre personnel du soutien et de la formation proposés par l’Urss, sans compter les 200 000 «experts» que les conseillers soviétiques ont formé. Les nombreux accords signés pendant cette période couvrent notamment 37 pactes d’assistance technique et économique et 42 accords commerciaux.

De 1990 à 2000, les relations entre l’ex-Urss et les pays africains se sont quasiment ralenties. Cette période a été marquée par la fermeture de neuf ambassades et de trois consulats russes sur le continent africain, de la plupart des missions commerciales et de 13 des 20 centres culturels – du Togo au Lesotho et du Burkina Faso à Sao-Tomé-Et-Principe.

La plupart des projets d’aide initiés par l’Union soviétique ont été clôturés, dont une aciérie à Ajaokuta, au Nigeria, pourtant pratiquement terminée à 98%. La Russie avait de sérieux problèmes économiques à résoudre chez elle et elle était beaucoup plus occupée à gérer ses relations avec l’Europe et les États-Unis qu’il fallait à nouveau reconstruire sur de nouvelles bases.

C’est seulement à partir du milieu des années 2000 en fait que la Russie a commencé à faire un retour assez timide sur le continent africain avec d’abord un voyage au Maroc et en Afrique du Sud de Vladmir Poutine en 2006 puis en 2009 un voyage officiel en Angola, en Namibie et au Nigeria de Dimitri Medvedev accompagné d’une délégation de 400 hommes d’affaires russes.

 Lors de ce voyage d’affaire plusieurs accords économiques ont été signés dans le secteur des ressources minérales et de l’énergie nucléaire notamment. Vladimir Poutine estime que si « à une époque, nous avons pu donner l’impression d’avoir perdu tout intérêt pour le continent africain, il est de notre devoir de rattraper le temps perdu. Nous avons quantité de projets et d’idées intéressants et de qualité pour développer notre coopération. La Russie [constate] sans jalousie que d’autres pays ont noué des liens en Afrique, mais elle entend bien défendre

[ses]

intérêts sur le continent ».

De 2017 à nos jours, on peut bien remarquer à travers le nombre d’accords de coopérations militaires existants qu’il y a eu une accélération du retour de la Russie en Afrique subsaharienne. En effet, plus d’une vingtaine de nouveaux accords de coopération militaire ont été signés depuis 2017 contre seulement 7 de 2010 à 2017. Également, on peut constater dans certains pays africains le déploiement de conseillers militaires russes liés à des sociétés militaires privées telles que la société “Wagner” qui est très médiatisée ces derniers temps.

Les médias pro-russes à travers une vaste campagne d’information et de propagande apportent un grand appui à la coopération russo-africaine. Cette campagne a pour objectif de renforcer et de légitimer le rôle de la Russie en Afrique et aussi à attaquer les puissances coloniales occidentales en distillant au sein de l’opinion publique des propos fortement nationalistes et anti-impérialistes.

Un retour motivé par des enjeux géostratégiques !

Le retour de la Russie en Afrique est d’abord motivé par des enjeux géostratégiques. En effet, depuis la fin de la guerre en Ukraine, ce puissant pays disposant d’un droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU se sent de plus en plus victime d’une certaine propension des européens et des américains à vouloir créer des partenariats avec ses anciens voisins de l’ex Bloc soviétique. Plusieurs de ces pays ont déjà fait le choix d’évoluer au sein de l’UE et la Russie voit cela comme une menace pour sa survie et du coup elle cherche à se positionner en Afrique un continent considéré comme la sphère d’influence de la Belgique, du Royaume Uni, de la France, des États-Unis…

Ensuite ce retour russe est motivé par des raisons économiques notamment leur mainmise sur les ressources minières et énergétiques nécessaires au fonctionnement de leurs industries manufacturières. Il est indéniable que la Russie dispose déjà d’importantes réserves de Pétrole et de gaz naturel chez elle mais celles-ci ne sont pas inépuisables. Comme la plupart des pays occidentaux, l’économie russe dépend en grande partie de l’exploitation des ressources naturelles. Ainsi, la Russie dans sa coopération avec les pays africains propose essentiellement des équipements sécuritaires et des moyens technologiques de surveillance ou de renseignement en échange de l’accès aux ressources minières et énergétiques pour ses entreprises.

 Inversement les gouvernements africains dont la plupart des dirigeants sont contre le modèle de démocratie occidentale et qui souhaitent se maintenir au pouvoir de manière autoritaire auraient une tendance à s’intéresser à ces modèles de coopérations où la sécurité du fauteuil présidentiel est généralement bien assuré par des mercenaires russes. Le cas de la Centrafrique est un cas très intéressant pour illustrer ce dernier point. En effet, la Russie n’avait pas de relation très particulière à l’instar de la France avec la république centrafricaine jusqu’en janvier 2017. A partir de cette date un accord de coopération militaire a été signé entre les deux pays.

A partir de cette date un accord de coopération militaire a été signé entre les deux pays. Après la signature de cet accord, on a assisté à une livraison d’armes et le déploiement de conseillers militaires à Bangui. Parallèlement à cela, des entreprises russes liées à Evguéni Prigojine, un oligarque très proche du président Poutine, ont obtenu des contrats assez lucratifs dans l’exploitation minière. Ainsi, cela devient très intéressant de constater que les entreprises russes qui jusque-là avaient relativement peu de présence en Afrique sont en train de décrocher des contrats juteux au détriment des entreprises concurrentes européennes et américaines.

Dans les années à venir faudrait-il encore être surpris que les entreprises russes raflent d’importants contrats au Cameroun, en RD-Congo, au Soudan, en Égypte, en Algérie, en Éthiopie,…? Pas du tout !

Le nouveau partage de l’Afrique a commencé après celle de Berlin en 1885. D’un côté nous avons le Bloc Chine-Russie et de l’autre, le Bloc Grande Bretagne- France- États-Unis.

 Le Démocrate

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