Après l’assassinat de ses membres au Niger, l’ONG Acted déplore que les humanitaires soient « seuls » face aux violences

L’ONG va déposer une plainte à Paris pour tenter d’éclaircir les circonstances de l’attaque qui a fait 8 morts dimanche, 4 hommes et 4 femmes âgés de 25 à 50 ans. Au lendemain de l’attaque meurtrière contre ses employés au Niger, l’ONG Acted a jugé « déplorable » ce lundi 10 août que la communauté internationale ne garantisse pas davantage la sécurité des travailleurs humanitaires déployés dans les pays à risque.

Sept membres d’Acted (six Français et leur chauffeur nigérien) ainsi qu’un guide touristique nigérien ont été tués dimanche par des hommes armés arrivés à moto dans la zone de Kouré, à 60 km au sud-est de Niamey, lors d’une excursion. Les meurtres n’ont pas été revendiqués, mais ils surviennent dans un pays régulièrement frappé par les groupes djihadistes sahéliens et qui doit élire un nouveau président lors d’un scrutin dont le premier tour aura lieu le 27 décembre.

 « La communauté internationale [doit réaliser] la contradiction qu’il y a entre nous demander de soutenir ces populations qui vivent de façon dramatique et nous laisser seuls confrontés à une violence où nous sommes devenus les cibles les plus faciles », a déclaré le cofondateur de l’ONG, Frédéric Roussel, lors d’une conférence de presse.

M. Roussel a souligné que l’attaque s’était produite dans une zone jaune, selon la catégorisation du ministère des affaires étrangères français, une zone en « vigilance renforcée » qui correspond à un statut intermédiaire entre vert et orange :

« Nous venons de perdre des amis dans la seule zone jaune [du Niger] où il n’y a besoin que d’une surveillance renforcée pour se déplacer. C’est la capitale, une route de 100 km et un parc. C’est un paradoxe tragique que ce soit précisément là que cet horrible événement ait pu se produire. Nous aidons 230 000 personnes pas dans les zones jaunes, mais dans les zones les plus rouge écarlate du pays. »

Parmi les victimes affiliées à Acted, six étaient des employés et la septième était un volontaire international basé à Niamey. « C’était la première fois qu’il en sortait, pour son malheur », a précisé M. Roussel.

Quatre hommes et quatre femmes

Le groupe – quatre hommes et quatre femmes âgés de 25 à 50 ans – avait quitté Niamey dimanche matin à 8 h 30 pour se rendre dans le parc de girafes de Kouré, à une quarantaine de minutes de route au sud-est de la capitale nigérienne, a déclaré Marie-Pierre Caley, directrice générale et cofondatrice de l’ONG lors de la même conférence de presse.

Les humanitaires avaient confirmé une heure plus tard par téléphone leur arrivée dans le parc. En début d’après-midi, l’ONG a été informée par des gardes forestiers qu’un véhicule avait été retrouvé calciné. Un véhicule de la force française Barkhane et une ambulance ont été envoyés sur place, a poursuivi Mme Caley. Les huit corps retrouvés sur place ont été rapatriés dans la soirée à l’institut médico-légal de Niamey où ils ont été identifiés.

L’ONG a par ailleurs annoncé son intention de déposer une plainte au pénal à Paris pour que soient éclaircis les faits, notamment pour déterminer s’il s’agissait d’une attaque planifiée ou « d’opportunité ». Le parquet national antiterroriste français avait annoncé plus tôt l’ouverture d’une enquête à la suite de l’attaque, à laquelle le gouvernement consacrera un conseil de défense mardi matin.

Le Monde avec AFP

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