Au Niger, la région de Maradi « étouffée » par la fermeture de la frontière avec le Nigeria

L’inquiétude gagne la population, dont une grande partie vit du commerce avec le pays voisin, qui veut lutter contre la contrebande.

 « Rien ne rentre au Nigeria et rien n’en sort : c’est hermétiquement fermé depuis le 20 août », lance Amadou Idi, un transitaire au « chômage technique » de Dan Issa, dernier poste de contrôle du Niger avant la frontière. Pour lutter contre la contrebande qui coûte cher à son budget, le Nigeria a décidé de façon unilatérale et brutale de fermer sa frontière de plus de 1 500 km avec le Niger, un des Etats les plus pauvres au monde, de même qu’avec ses autres voisins.

« On se tourne les pouces et on prie », raconte Amadou Idi, assis sous un abri de fortune pour se protéger de la pluie. A Dan Issa, de longues files de camions du Niger et de pays ouest-africains, vides ou chargés de marchandises, sont toujours bloqués à la frontière nigériane. Chauffeurs et apprentis dorment à même le sol ou dans les cabines de leurs mastodontes et « prient » pour une réouverture rapide de la frontière.

Le long du trajet d’une trentaine de kilomètres séparant Maradi, la grande ville du sud-est, de la frontière nigériane, des douaniers et des policiers en uniformes bavardent en buvant du thé ou du café. Des groupes de jeunes désœuvrés et des conducteurs de taxi-motos en manque de clients jouent aux cartes, à l’ombre des arbres.

« La ville est presque morte »

Dans la région de Maradi, peuplée de 3,5 millions d’habitants, l’indignation et l’inquiétude gagnent la population, dont la majorité vit de l’agriculture et surtout du commerce grâce au flux important d’échanges avec le géant nigérian, première économie d’Afrique de l’Ouest avec ses 190 millions d’habitants et ses richesses pétrolières. « Maradi étouffe. La ville, d’habitude si grouillante, est presque morte », se lamente Ali, un conducteur de kabou-kabou (taxi-moto). Ahmadou Amadou, un importateur de motos, est très remonté : « Nous sommes en colère, le milieu des affaires se dégrade et si la fermeture perdure, c’est la faillite assurée. »

Malgré la fermeture de la frontière entre Bénin et Nigeria, le trafic de riz perdure

Certains se souviennent de la fermeture pendant près de deux ans, d’avril 1984 à février 1986, des frontières nigérianes par le même président, Muhammadu Buhari, peu après son arrivée au pouvoir par un putsch en 1983, pour sauver son pays confronté à la chute des cours du pétrole, la baisse des exportations et la contrebande. La frontière n’avait été rouverte qu’après la chute de Buhari, renversé par un autre coup d’Etat.

Amadou Oumarou, un autre habitant, demande aux « gouvernements du Niger et du Nigeria de se mettre autour d’une table » pour négocier. Car la mévente et la chute des prix frappent les produits locaux faute de débouchés, tandis que les prix des produits importés du Nigeria flambent. « On vendait le sac de 100 kg de niébé [haricots] 18 500 francs CFA [27 euros], mais depuis la fermeture de la frontière, son prix a chuté à 17 000, voire 16 000 francs CFA », relève Harouna Moussa, un vendeur de céréales. Pour écouler leur stock de riz, certains commerçants « cassent les prix », déplore Chaïbou Tchombiano, secrétaire général du Syndicat des commerçants importateurs, exportateurs et grossistes du Niger.

« Nous allons mourir de faim »

L’onde de choc s’est propagée jusqu’à Niamey, la capitale, à 650 km de Maradi. « La tonne de ciment importé [produit par le groupe nigérian Dangote], qui était à 95 000 francs CFA, est montée à 120 000 francs CFA. La cigarette est passée de 25 à 100 francs CFA l’unité », résume Mamanane Nouri, le responsable d’une association de consommateurs.

Conséquence de la fermeture des frontières, la contrebande s’est développée, au nez et la barbe des douanes. D’incessantes navettes de motos et camionnettes acheminent riz, niébé et souchet au Nigeria à travers des pistes tracées dans les champs. Au retour, ils ramènent des bidons d’essence, de la canne à sucre, des patates douces, des pièces de motos et de voiture…

« Si nous restons les bras croisés, nous allons mourir de faim », lance un habitant de Dan Issa qui transporte deux chèvres à l’arrière d’un vélo. « Ici, les jeunes font du commerce dès l’âge de 12 ans, c’est une bombe à retardement si la frontière reste fermée longtemps », prévient Mansour Sani, journaliste d’une radio locale.

Le monde avec AFP

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