BOUNTI : La fronde des défenseurs des droits de l’homme

La frappe de Bounti, c’est presqu’un bras de fer qui est engagé entre les défenseurs des droits de l’homme et les autorités de la France, pays des droits de l’Homme (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789). Alors que la frappe aérienne de Barkhane, ciblant des terroristes, le 3 janvier 2021 a suscité un tollé populaire, des associations de défense des droits de l’homme et la CNDH avaient demandé à la suite de Tabital Pulaaku (association de défense de la culture peulh), une enquête indépendante.

Au terme d’une mission qui s’est déroulée à Bamako, Mopti, Sévaré, Douentza et Bounty, la Division des droits de l’Homme et de la Protection de la Minusma (DDHP dont le Directeur Guillaume NGefa est le Représentant au Mali de la Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’Homme), a produit un rapport, qui révèle que : le 3 janvier 2021, plusieurs frappes auraient tué 3 membres présumés de groupes armés et 19 civils assistant à une cérémonie de mariage, démontrant la nécessité d’enquêtes judiciaires approfondies par les autorités maliennes et françaises sur ces faits qui pourraient constituer des crimes de droit international.

C’est la thèse d’une bavure que dément la ministre française des Armées, Florence Parly qui se rend au Mali le 31 mars dernier. Cependant pour les défenseurs des droits de l’homme, au rang desquels la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), Avocats sans frontières Canada (ASFC), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Amnesty International (AI), ce rapport de la DDHP n’est pas assez, il faut plus : « Le travail réalisé par la division des droits de l’Homme et de la protection de la MINUSMA peut être considéré comme une première étape pour faire toute la lumière sur les circonstances de la mort de ces 22 personnes. Nous demandons aux autorités maliennes et françaises de placer la quête de justice au centre de leur action, notamment par une enquête indépendante et approfondie pour situer les responsabilités et rendre justice aux victimes et à leurs familles », selon Me Moctar Mariko, président de l’AMDH.

Dans une déclaration conjointe publiée à Bamako, Dakar, Paris et Québec, les défenseurs des droits de l’homme affichent leur option pour « des enquêtes judiciaires » pour mettre en lumière, le cas échéant, des responsabilités individuelles, et de qualifier les crimes.

Selon le directeur général d’Avocat sans frontière (ASFC), Me Pascal Paradis, « … à la suite du rapport de la MINUSMA, il est nécessaire pour la communauté internationale, et particulièrement les partenaires du Mali, d’inviter les autorités maliennes et françaises à diligenter des enquêtes ».

Selon Marceau Sivieude, directeur adjoint pour la recherche du bureau régional d’Afrique de l’Ouest du Centre d’Amnesty International, « Les conclusions du rapport rappellent l’impératif de protection des populations civiles et de respect par les forces nationales et étrangères du droit international humanitaire, en particulier des principes de nécessité, de proportionnalité et de précaution dans le ciblage et l’exécution des attaques militaires ».

En 2020,de nombreux civils ont été tués par des éléments des groupes armées et des forces armées, en effet, ces organisations ont réitéré leur appel aux autorités françaises, maliennes et des pays du G5 Sahel, pour faire de la protection des populations civiles une priorité effective, y compris en luttant activement contre l’impunité des auteurs de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire.

France : la réplique à la Minusma

La présidente de la Commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale française, Mme Françoise Dumas convoque le 7 avril 2021, le chef d’état-major des Armées, le général François Lecointre, « à s’exprimer devant le Bureau de la commission de la Défense nationale et des forces armées, afin d’éclairer l’ensemble des groupes politiques dans leur diversité sur les détails de l’opération », selon un communiqué de la Présidente de la commission de la Défense nationale et des forces armées du 8 avril 2021. L’opération ou la frappe de Bounty, a eu lieu, il y a plus d’un trimestre (le 3 janvier 2021), mais le caillou dans la chaussure des autorités françaises est véritablement le rapport de la commission des droits de l’Homme et de la protection de la Minusma, publié le 30 mars 2021.

« Les explications fournies ne laissent aucun doute sur la fiabilité des informations communiquées et présentées publiquement par le ministre des Armées et par le chef d’état major des armées depuis le 5 janvier 2021, ni sur la nature des cibles visées. Elles confirment le respect scrupuleux du droit des conflits armés », selon le communiqué de la Présidente de la Commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale française, Françoise DUMAS. « L’action de la France au Sahel fait l’objet d’une guerre informationnelle constante visant à fragiliser notre crédibilité et notre légitimité, alors même que nous sommes présents à l’appel des autorités nationales sahéliennes », a souligné la Présidente Françoise DUMAS, exprimant « toute sa confiance et la considération de la commission de la Défense dans l’action des forces engagées au Sahel dans la lutte contre le terrorisme et la protection de notre pays », selon le communiqué de la Présidente Françoise DUMAS.

Source : Lerepublicainmali

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