Commission paix et sécurité de l’UA : le Nigeria peut-il mettre fin à la domination de l’Algérie ?

Le mandat de ce diplomate algérien prendra fin en octobre. © PETTERIK WIGGERS/PANOS PICTURES POUR J.A.

Réunis les 30 et 31 janvier à Addis-Abeba, les chefs d’État de l’Union africaine (UA) devront élire l’ensemble des commissaires de l’organisation. Parmi eux, celui qui prendra la tête du Conseil de paix et de sécurité fait l’objet d’une intense bataille entre l’Algérie et le Nigeria.

C’est presque devenu un monopole algérien : le Conseil de paix et de sécurité, lors de la création de l’Union africaine (UA) en 2001, a d’abord été présidé par Ramtane Lamamra, l’actuel ministre des Affaires étrangères. En 2013,  le diplomate a passé le témoin à son compatriote Ismaël Chergui. Et ce dernier est candidat à sa propre succession pour un nouveau mandat de quatre ans.

Face à lui se présentent cinq concurrents – la Mauritanienne Ba Diye Ba, les Malawis Chizumila Rose Tujilane et Geoffrey Mvula, la Burundaise Epiphanie Ntamwana-Kabushemeye, et surtout la Nigériane Fatima Kyari Mohammed, qui semble la plus à même de concurrencer Chergui.

« Il y a de plus en plus d’informations qui donnent du crédit à l’hypothèse de la fin du monopole algérien, car Alger n’est pas certain d’avoir le soutien des pays de l’Afrique australe », estime un observateur averti de l’UA.

Fille de diplomate, Fatima Kyari Mohammed est très proche du président Muhammadu Buhari – même si ce dernier est absent à Addis. et bénéfice de l’important travail de lobbying de son pays. Le conseiller spécial aux affaires étrangères de Buhari, Ahmed Rufai Abubakar, ne la quitte pas d’une semelle. « Ce poste n’est la chasse gardée d’aucun pays. Il y a de la place pour une alternance. Le Nigeria et la Cedeao en ont fait leur priorité. Le Nigeria veut jouer un rôle plus important pour préserver la paix et la sécurité. Notre choix d’abandonner le poste des affaires politiques pour celui de paix et sécurité est le fruit d’une stratégie bien pensée », explique-t-elle.

Pour son ministre des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, interrogé par Jeune Afrique, le Nigeria a « fait une importante campagne. Quatre ministres se sont mobilisés pour aller chercher des soutiens dans la plupart des pays africains ». « Nous souhaitons notamment accélérer la mise en place la force africaine en attente », poursuit-il.

Le match entre ces deux géants du continent promet de faire des étincelles. « Le Nigeria n’aurait pas postulé pour ce poste si l’Algérie ne nous avait pas dit qu’elle ne se présenterait pas, affirme Ahmed Rafai Abubakar. Ils nous ont dit qu’il voulait briguer la présidence de la commission. Nous étions très heureux et voulions les soutenir. Malheureusement, ils ont décidé de changer d’avis. »

La version nigériane n’est pas tout à fait celle des Algériens. Ramtane Lamara, le chef de la diplomatie algérienne estime que « nous n’avons pas l’habitude de divulguer les discussions diplomatiques avec des pays frères et amis, mais cela ne s’est pas tout à fait passé comme ça. Nous sommes très proches et très amis, je tiens à le préciser. Ce n’est pas la première fois que nous sommes concurrents. Pourquoi donc être surpris ? Nous sommes très sportifs. »

Le Nigeria avait déjà été en concurrence avec l’Algérie, lors de la première élection de Lamtane Lamamra. L’issue sera-t-elle différente cette fois-ci ?

Jeune Afrique

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