Côte d’Ivoire : mouvement d’humeur d’hommes en armes à Bouaké, Daloa et Korhogo

Dans les rues de Bouaké, capitale de l’ethnie Baoulé © Sylvain Cherkaoui/J.A.

Des tirs ont été entendus dans la nuit de jeudi à vendredi à Bouaké. Ce vendredi, des hommes en armes bloquent les accès situés au nord et au sud de la ville. Des coups de feu ont aussi été entendus à Korhogo et Daloa en fin de matinée.

Les premiers tirs ont résonné vers 1h30 du matin vendredi 6 janvier, dans plusieurs camps militaires de Bouaké selon des sources sur place  contactées par Jeune Afrique.

Puis le mouvement s’est propagé à la préfecture de police et à des commissariats de la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Les militaires se sont emparé d’armes et de véhicules, avant de se déployer sur les corridors Nord et Sud menant à Bouaké, relatent les mêmes sources. Selon un habitant, un hélicoptère de l’ONUCI a survolé deux fois la ville dans la matinée.

L’identité des éléments impliqués reste floue. Des autorités militaires officielles évoquent d’anciens soldats démobilisés. Ce que confirme une source militaire à Reuters. « La ville est sous le contrôle d’anciens [soldats] », selon elle. Certains militaires évoquent, de leur côté, des éléments du 3e bataillon d’infanterie des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à Bouaké.

Un ex-membre de la rébellion présent sur place et contacté par Jeune Afrique confirme cette information et précise : « Ils ont effectué des tirs sporadiques en l’air à l’arme légère, non lourde, au niveau du 3e bataillon. Un groupe de militaires a ensuite fait sortir les policiers de la préfecture de police. Ils bloquent désormais les accès Nord et Sud mais dans la ville, la population circule et la situation est calme. »

Revendications financières

Les revendications seraient principalement d’ordre financier selon une source militaire. Ce que confirme un communiqué lu à la télévision au nom du ministre de la défense, Alain Donwahi. « Hier aux environs 22 heures 30, un groupe de militaires a fait irruption à l’état-major de la 3e région militaire de Bouaké en faisant usage d’armes à feu. Le commandant en second de la 3e région militaire et le commandant du bataillon d’artillerie sol sol de Bouaké, présents, sont entrés en discussions avec le groupe. Des doléances ont été présentées : paiement de primes, augmentation de salaire, réduction du temps à passer dans les grades, éclaircissement sur les primes de l’Ecomog (la Force armée de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao)… »

Selon plusieurs sources, les contestataires disent agir au nom de 8 400 sergents

Et le gouvernement de détailler les mesures prises : « mise en alerte des troupes, renforcement des emprises militaires. Il est demandé à tous les soldats de garder leur calme en vue de permettre la recherche de solutions durables pour ensemble des composantes des forces armées de Côte d’Ivoire », ajoute le texte. Enfin, deux escadrons de la force réaction rapide de l’Onuci basée à Yamoussokro étaient en route vers Bouaké dans l’après-midi pour prévenir toute détérioration de la situation, en appui des autorités.

Selon plusieurs sources, les contestataires disent agir au nom de 8 400 sergents et réclameraient 10 millions de F CFA chacun et une villa. Un autre élément – dont le communiqué du gouvernement ne fait pas état – serait à l’origine de la colère : l’ouverture prochaine à Bouaké d’une session du tribunal militaire, qui siège d’habitude à Abidjan.

Bouaké a déjà été le théâtre de ce type de mouvement d’humeur en novembre 2014, de la part de soldats de 1e et 2e classe. Ils réclamaient alors de l’avancement et de meilleures soldes, et avaient bloqué les principaux axes de l’ancienne capitale de la rébellion. Leur action avait abouti à leur reclassement au grade de caporal.

Des tirs entendus dans d’autres villes

Une réunion du Conseil national de sécurité (CNS) présidée par le président Alassane Ouattara se tenait à la mi-journée. Dans un message envoyé à ses ressortissants, l’ambassade de France a appelé à la vigilance et « recommandé d’éviter les déplacements à Bouaké, Korhogo et Daloa (…) suite à des mouvements de contestation au sein des forces armées ».

Jeune Afrique

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