Crise au Mali : L’ancien ministre Seydou Traoré “La situation au Mali inquiète la France pour ses intérêts et la stabilisation de son dispositif militaro-politique dans le Sahel”

“En 2012, ATT, s’est fait balayer par le plus bête des coups d’Etat pour avoir refusé à Sarkozy ses injonctions afin de faciliter sa propre réélection pour un second mandat”
Dans une contribution intitulé “Sans tabou : il est vraiment question à l’origine d’une recolonisation du Mali encore mal maîtrisée par la France !”, l’ancien ministre Seydou Traoré se prononce sur la crise socio-politique et sécuritaire au Mali.

Dans orgueil : la voix de la CMA compte si le M5-RFP veut un véritable changement pacifique et étouffer la capacité de nuisance de la France !

Un ancien ambassadeur d’une ancienne puissance coloniale, reste un défenseur acharné de l’intérêt de son pays. M. Nicolas Normand, ancien ambassadeur de la France au Mali, reste un Français au service de la puissance néocoloniale la plus prédatrice du 21e siècle. Son intervention pour analyser et attirer l’attention sur la situation au Mali, n’est pertinente que pour la France et franchement insultante pour le Mali. Il est dans son rôle de protection des intérêts de la France et en cela, il doit mériter de la République française. De grâce qu’il arrête de donner des leçons aux Maliens et s’inquiéter de leur avenir !

Son pays, la France, est une puissance prédatrice de ressources naturelles à travers le monde, particulièrement en Afrique et au Mali. La France a la 4e réserve mondiale d’or, sans que son sous-sol soit particulièrement riche en ce métal. Elle est la première puissance nucléaire civile du monde en étant 19e producteur mondial avec 6,0 milliers de tonnes d’uranium (soit moins de 0,5 %) de la production mondiale loin derrière le Kazakhstan (1er avec 9451,0 milliers de tonnes) et le Niger (4e avec 4351,0 milliers de tonnes).
Dans le monde, toutes les puissances nucléaires se sont développées à partir de leurs propres réserves sauf la France qui fait le “pique-assiette” à travers le monde, particulièrement au Niger et au Gabon (source : World Nuclear Association, Mai 2012).

La puissance nucléaire française conçue et bâtie par le général De Gaulle sur la base de la préhension des ressources en uranium de l’Afrique est largement expliquée par Raphaël Granvaud dans son livre “Areva en Afrique : Une face cachée du nucléaire français” (Ed. Agone Survie 2012).

La France dispose d’un musée des œuvres d’art des peuples premiers le plus visité au monde grâce au vol et au viol des cultures africaines. Elle dispose de l’un des plus vastes territoires marins, par le maintien sous domination des territoires dits d’outre-mer ! Je ne parle pas de l’hydre tentaculaire, suceuse d’hydrocarbures qu’est Total !

Et que dire du FCFA ? “Le franc CFA est une escroquerie française à l’échelle d’Etat”, d’une part et de “servilité consentie” par les Etats africains de l’autre ou la servitude volontaire, comme dirait l’expert (Nicolas Agbohou, livre intitulé “Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique”). La stratégie française du F CFA ne sort pas du néant. Elle a une histoire et répond à une vision long terme de la puissance impériale de la France. La France, comme tous les pays conquis par l’Allemagne nazie, a connu entre 1939 et 1944 une monnaie locale imposée par la puissance conquérante, le Deutsch des territoires occupés.

Cette monnaie imposée servait à mieux piller les richesses de ces pays. A la fin de la guerre (1945), la France ne s’est pas gênée, elle a copié exactement le mécanisme nazi, qu’elle a appliqué à ses colonies d’Afrique ; et ça dure jusqu’à nos jours (Raoul Mbog Aix-en-Provence). Ainsi, il est immoral et profondément hypocrite que les autorités françaises condamnent le nazisme ! Je ne dis pas les Français.

L’arrogance et le mépris de la France envers ses ex colonies, vient de là. Rothschild ne disait-il pas “permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays et je me moque de celui qui écrit ses lois” ?

Enfin, la France est destructrice d’une prise de conscience de nombre de générations africaines par la puissance et la partialité de France Média Monde. Il s’agit d’un des plus puissants outils de communication au monde créé le 4 avril 2008. Il est l’œuvre de Nicolas Sarkozy et regroupe F24, RFI et Monte Carlo Doualiya. France Média Monde détient une participation dans TV5 Monde (12,64 % dans le capital) et est censé contribuer à la diffusion et à la promotion de la langue française, des cultures française et francophone, ainsi qu’au rayonnement de la France dans le monde.

La puissance d’un tel outil dans le processus de recolonisation du Mali par la France n’a pas échappé à l’iman Mahmoud Dicko, qui dans une analyse fait ressortir pertinemment la programmation des émissions en mandingue sur RFI (journal Procès-Verbal – 15 décembre 2015 Abdoulaye Koné), comme c’est le cas depuis longtemps en haoussa et depuis peu, en pular.

Cette liste des intérêts français au Mali et dans le Sahara et de son dispositif de protection serait incomplète sans le mécanisme de la dette et plus récemment la projection de l’armée française dans le Sahel devenu le théâtre de ses opérations. La dette maintient le pays dans l’asservissement le plus absolu, elle constitue le mécanisme de domination le plus horrible, le plus honteux et le plus odieux (selon les termes de Jean Ziegler dans “l’Empire de la honte”). Le 2e président des Etats-Unis d’Amérique, John Adams, disait qu’il y avait deux manières d’asservir et de conquérir une nation : “L’une est par l’épée, l’autre par la dette”.

La France reste une puissance prédatrice dont la conscience collective des institutions et de sa gouvernance est façonnée par les pensées et les philosophies de ses grands hommes historiques, de littérature et de culture. Or, ils ne sont pas nombreux, ceux parmi eux qui n’ont pas théorisé sur le statut d’animal ou de meuble du noir et de l’avoir enseigné dans les universités ou défendu lors de colloques et séminaires scientifiques. Les adeptes les plus connus de cette théorie infamante sont entre autres : Voltaire, Jules Ferry, Victor Hugo, Georges Cuvier, Montesquieu, Ernest Renan… Des auteurs que nous avons étudiés à l’école au Mali et en Afrique, et cités dans nos parcours professionnels sans jamais faire le parallèle avec leur vision dégradante de la race noire.

Sans jamais nous poser la question, pourquoi le policier et le militaire français, le politique français, les locataires de l’Elysée, du Quai d’Orsay, de l’Hôtel de Brienne n’ont aucun respect pour le Noir, viscéralement, sans qu’ils en soient toujours conscients ! Leur subconscient est façonné par ces théories et les pratique de l’esclavage et de la colonisation.

Quelques morceaux choisis pour comprendre l’étendue du désastre, et pourquoi Sarkozy et Macron sont si dédaigneux !

Voltaire (1694-1778) : “Les Blancs sont supérieurs à ces nègres, comme les nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres”.

Jules Ferry (1832-1896) : “Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures”.

Victor Hugo (1802-1885) : “Que serait l’Afrique sans les Blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L’Afrique n’existe que parce que l’homme blanc l’a touchée”.

Montesquieu (1689-1775) : “On ne peut se mettre à l’idée que Dieu qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans tout corps noir (…) Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes. On commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens”.

Les preuves contemporaines de cette influence sur la conscience collective de la diplomatie française en Afrique sont légion. Le courroux du général De Gaulle quand les pays africains ont revendiqué ou quémandé leur indépendance selon les cas, le système de la France-Afrique érigé en mode de gestion du pré carré français, l’insultante déclaration de Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007 affirmant que l’Afrique n’a pas d’histoire comme en échos au discours sur la colonisation de Victor Hugo en 1879, soit 150 ans plus tard. Ce discours n’a jamais été enseigné en Afrique et pour cause ! En voilà quelques extraits :

“La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie. Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations : Unissez-vous ! Allez au sud” (…)

“Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe” (…)

“Allez, peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la”.

La preuve la plus récente de cette conscience collective colonialiste des institutions françaises est la posture arrogante et faite de mépris de Macron face au racisme contre les Noirs en France, alors qu’à travers le monde, la condamnation du racisme est unanime au sommet de l’Etat et des symboles de cette page noire de l’humanité sont détruits ou remisés dans des musées comme en Allemagne.

Macron reste droit dans ses bottes parce que la “vie des Noirs ne compte pas” ! Il vient de renforcer cette posture par le renvoi du gouvernement d’un ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sensible à la cause des minorités et son remplacement par Gérald Darmanin, un sarkozyste bon teint, bon genre. Il n’aime pas les minorités et est sur la sellette pour un viol présumé.

Le Premier ministre Jean Castex, lui-même sarkozyste, dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale française, a développé une rhétorique digne d’un discours de campagne de Nicolas Sarkozy, cherchant à débaucher des électeurs de l’extrême droite. Pour les institutions françaises au subconscient colonial, la vie des Noirs ne compte pas !

Loin de moi, tout sentiment anti-français ! Ce que je dis, des Français sincères et amis de l’Afrique et du Mali le disent dont le président Jacques Chirac (un locataire de l’Elysée). Lisez-le : “Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils (les Africains) ne sont bons à rien. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons”.

Ce que je dis, des hommes politiques sincères à travers le monde le disent. Sont de ceux-là, le Premier ministre italien Matteo Salvini et Luigi Di Maio, le ministre en charge du Développement économique. Quelques extraits. (Article d’Alain Chémali Rédaction Afrique France Télévisions, 22 janvier 2019) : “En Libye, la France n’a pas intérêt à stabiliser la situation, probablement parce qu’elle a des intérêts qui sont contraires à ceux de l’Italie”, a déclaré le 22 janvier 2019 Matteo Salvini à la chaîne de télévision Canale 5.

Cette nouvelle déclaration de Salvini sur la politique française en Libye, intervient au lendemain de celle de son alter ego, Luigi Di Maio, accusant la France de poursuivre sa colonisation du continent et d’aggraver la crise migratoire.

“Il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies, et avec cette monnaie, elle finance la dette publique française. Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale, alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique”, a-t-il ajouté.

Luigi Di Maio s’est même tourné vers l’Union européenne qui “devrait sanctionner la France et tous les pays qui comme elle qui appauvrissent l’Afrique et font partir ces personnes, parce que la place des Africains est en Afrique, pas au fond de la Méditerranée”.

Il s’agit là de la part d’un pays européen (l’Italie) d’une charge brutale et inhabituelle contre la France, dénonçant l’hypocrisie de celle-ci dans la crise migratoire à laquelle l’Europe fait face. Pour eux, la France est de loin la responsable historique de l’appauvrissement continu de l’Afrique par l’exploitation éhontée de ses ressources, privant les jeunes Africains de ce dont ils ont besoin pour leur développement sur place, dans leur propre pays.

Malheureusement, cette charge n’a eu aucun écho en Afrique, incapable qu’est l’élite africaine de s’indigner, même devant tant d’arrogance de Macron qui se refuse à la moindre concession devant les atrocités de l’esclavage et de la colonisation. Arrogance et mépris, lorsqu’il vient à Abidjan annoncer la monnaie Eco dans l’espace Uémoa, ADO tenu en laisse !

Ce que je dis transparait dans une étude récente de la Banque mondiale et du FMI (les plus grandes puissances économiques au fil du temps de Tristan Gaudiaut, 15 juillet 2020) maintenant que la France est confrontée à une concurrence rude en Afrique contre d’autres puissances comme la Chine. Cela la rend plus nerveuse et plus décidée que jamais à se projeter militairement en Afrique et dans le Sahel.

Aujourd’hui, le Mali dans sa composante patriotique et démocratique, notamment le M5-RFP doit tenir compte de la nature des relations franco-maliennes sans haine, sans animosité, mais avec sérieux et courage pour bâtir le changement espéré au Mali. A la suite du M5-RFP, le Malien doit enfin s’indigner et particulièrement l’élite, de cette énième ingérence de la France dans l’évolution historique du Mali à la recherche de son futur. L’indignation, pas de haine anti français !

La CMA ne doit pas en être effrayée, sa couverture française est un leurre, avec tout le respect que je j’ai pour les raisons à la base de leur mouvement. Avec tout le respect que j’ai pour la qualité des hommes et des femmes qui animent ce mouvement, par essence malienne. Ensemble, nous devons donner suite à la requête de Monsieur Boubacar Touré (juriste et patriote malien, résident à Montréal. Canada, tél. (514) 251-6358] qui demande l’ouverture d’une enquête sur le rôle de la politique française dans le conflit malien. La lettre ouverte en date du 5 août 2016 a été adressée au président de la Commission des affaires étrangères de la France, au président du Conseil de sécurité des Nations unies, à New York et au secrétaire général des Nations unies. (Delta News – 18 août 2016).

Attention, qu’on ne me prête pas la volonté de faire de la France, la responsable des maux du Mali ! Que nenni ! Les dirigeants français sont dans leurs rôles et responsabilités d’offrir au peuple français le bonheur qu’il attend d’eux. Quoi qu’il en coûte aux autres. Les dirigeants français sont dans leur rôle de sécuriser leurs intérêts ou de se projeter militairement sur des théâtres d’opération militaires au moyen de leurs armées pour la sécurité des français.

Mais de grâce ! Qu’ils ne nous prennent pas pour attardés et vouloir nous vendre leur présence au Mali comme une œuvre philanthropique destinée à sauver un pays ami. Surtout pas l’opération Serval ! L’excellent livre de deux journalistes d’investigation (Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé) “Notre guerre secrète au Mali : Les nouvelles menaces contre la France” nous enseigne sur les desseins géostratégiques de la France au Sahel. Ce livre montre comment le pouvoir public français dans sa plénitude (Elysée, ministère de la Défense) a œuvré pour rendre effective l’opération Serval pour diverses raisons géostratégiques dont la sécurisation de l’approvisionnement de la France en uranium à partir d’Arlit au Niger. Les jihadistes au nord du Mali auraient pu être incités par la DGSE française à descendre plus au sud du Mali, notamment à Mopti pour justifier le déploiement de l’opération Serval en 2013.

Alors, M. Nicolas Normand peut vraiment économiser ses leçons de géopolitique. La situation actuelle au Mali inquiète la France pour ses intérêts et la stabilisation de son dispositif militaro-politique dans le Sahel. Et cela est un secret de polichinelle.

Mon intention est juste de crier

– à la face de la jeunesse malienne que trop c’est trop ! Il est temps pour elle de faire de la géopolitique et de la géostratégie ses sujets de causeries dans les grin, sans haine, mais avec passion. Elle doit comprendre qu’aujourd’hui, il n’y a pas de problèmes maliano-maliens, il n’y a pas de problèmes touareg ou arabe, il n’y a pas de problèmes peul-dogon, il n’y a qu’un problème de survie du Mali en tant que nation face à la puissance prédatrice de la France ! La situation actuelle du Mali, est le fruit de l’incohérence de l’élite malienne, son manque de patriotisme, sa trahison de l’espoir d’indépendance du peuple malien, conjuguées avec la constance diabolique et prédatrice de la vision d’une France, qui sans ses ex-colonies serait juste un pays émergent ! Les dirigeants italiens l’ont dit !

– à la face de mes frères du MNLA et du HCUA de faire attention et tirer des enseignements de l’histoire coloniale de la France ! Chers frères, qui aurait cru, il y a seulement 10 ans, qu’en France des poursuites judiciaires auraient prospérées contre le président Denis Sassou Nguesso ? Elles le sont aujourd’hui, parce comme un kleenex usagé, il est destiné à la poubelle des relations franco-congolaises. Loin, cette période où l’ex-puissance coloniale le soutenait contre Pascal Lissouba, ce pro américain !

– au président IBK, jeune homme de mai 68 en France, homme d’Etat féru des citations de Jules César à l’endroit de ses généraux arrogants, que les rapports entre les Maliens et leur président ne sauraient être déterminés par une quelconque vision de la France, directement ou, via un communiqué de l’ambassade des Etats-Unis, à la faveur d’un subtil partage de rôles dans la géopolitique mondiale. Aidez-moi au Mali, je vous aide au Venezuela ! Ou de partage de gâteau dans le Sahel.

– à la Cédéao qu’il y a plus urgent aujourd’hui dans l’espace communautaire. Il faut sauver la monnaie Eco, la véritable et non l’Eco bâtarde d’ADO et de Macron ! Quelle déception ce président ADO !

– aux présidents annoncés prochainement, que la composition de leur délégation fait peur et rappelle le tandem Senghor-Houphouët figures de proue de la France-Afrique. Particulièrement, le président Houphouët-Boigny (ministre délégué à la présidence du Conseil), n’est-il pas celui qui a présenté et défendu à l’Assemblée nationale française l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), qui a été créée par loi au Parlement français le 10 janvier 1957 ? Cette création et la lettre du Cadi de Tombouctou sont rappelées dans la plate-forme du MNLA. La France a une mémoire d’éléphant, et ses serviteurs africains sont infatigables ! Quant à Senghor, il a tout simplement écrasé et tué dans l’œuf, le panafricanisme prôné par Cheikh Anta Diop. Alors, les Maliens ont peur que cette délégation ne vienne faire des annonces surprises comme celle de l’Eco à Abidjan. Heureusement que le Nigeria et le Ghana sont annoncés !

En regardant de près notre histoire récente, les changements majeurs au Mali, ont tous épousé explicitement ou non les inflexions de la géopolitique française sur la scène internationale. Il est temps de sortir de ces retournements de situation au Mali selon les intérêts français à la faveur de désordres provoqués et coordonnés au nord et à Bamako et aujourd’hui au centre.

En 1968, Modibo Kéita est renversé par Moussa Traoré. La faute du président Modibo, avoir tenu tête à la France et créé le franc malien.

En mars 1991, Moussa Traoré, lui-même est chassé du pouvoir pour avoir refusé les instructions de La Baule en 1990.

De 1992 à 2002, le président Alpha, plus malin a su nager entre deux eaux, en signant le Pacte national qui consacrait la partie septentrionale du Mali comme une entité géographique, administrative et politique à part. L’armée et l’administration y étaient absentes pendant 10 ans. C’était le prix à payer pour une stabilité au Mali. Au passage, il a détruit l’arsenal militaire malien.

En 2012, ATT, s’est fait balayer par le plus bête des coups d’Etat pour avoir refusé à Sarkozy ses injonctions afin de faciliter sa propre réélection pour un second mandat en France. En effet, en 2009, l’Elysée souhaitait du Mali la signature de l’accord de réadmission des immigrés maliens expulsés par la France, la présence militaire française au nord du Mali et enfin l’appui diplomatique du Mali dans la future guerre en Libye. Toutes choses qui ont reçu une fin de non-recevoir de la part d’ATT.

La suite est connue, à partir de 2010, ATT est voué aux gémonies, et traité de tous les noms. En vue de la rébellion du MNLA, l’OCDE produit une carte qui divise le Mali en deux en 2011, la Libye est détruite la même année par la France, appuyée par une pseudo coalition internationale, la rébellion touarègue éclate au Mali en janvier 2012, le coup d’Etat intervient en mars 2012 et l’opération Serval, préparée depuis 2009 par Sarkozy sous le nom de plan Requin est déployée au Mali en 2013 et la France au nord du Mali (Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé. Notre guerre secrète au Mali. Les nouvelles menaces contre la France).

L’opération Serval a coûté au trésor français 647 millions d’euros entre janvier 2013 et août 2014, début de l’opération Barkhane. Soit la somme astronomique de 425 907 160 000 F CFA (Dépêche du Midi du 3 janvier 2017). Les intérêts de la France sont tellement portés en avant durant cette phase de recolonisation que lorsque l’ambassadeur Christian Houyer s’est opposé à l’exclusion de l’armée malienne pour la libération de Kidal, il a été démis de ses fonctions. Voilà un homme à porter haut dans le cœur des Maliens. Il mérite les larmes du président IBK, comme les journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon tués à Kidal le 2 novembre 2013. Aujourd’hui encore, le plus grand mystère demeure au sujet de leur mort.

Où sont les intérêts du Mali et du MNLA ? Le coût exorbitant de l’opération Serval doit être remboursé. Par qui ? Ma réponse, c’est tout le Mali et au prix fort ! L’ambassadeur Normand veille à ce que cela soit ! La constance de Jean-Yves Le Drian dans les différents gouvernements des présidents français François Hollande et d’Emmanuel Macron procède de ce même souci ! Le Drian était hier au ministère de la Défense, aujourd’hui aux Affaires étrangères.

En somme, pour une paix durable au Mali, les diplomates et stratèges maliens se doivent d’analyser avec réalisme les relations franco-maliennes afin d’éviter que des groupuscules ou des individus aux intentions inavouables ne deviennent ou demeurent les interlocuteurs incontournables de la France autour d’obscures tables de négociations de la DGSE et du ministère de la Défense de la France. Il est un fait le Quai d’Orsay a été écarté depuis longtemps des enjeux géostratégiques au Mali, puisqu’il s’agissait de recolonisation et non de coopération ! Ou plus tôt de sécurité et de lutte contre le terrorisme pour le “politiquement correct” !

La France s’est jouée et se joue de toutes les parties sous la double couverture des Nations unies et de la lettre signée du président de la transition Dioncounda Traoré dont on ne sait encore rien du contenu. Déjà M. Hama Ag Mahmoud ex responsable du MNLA dénonçait ce double jeu de la France (voir encadré : “La France nous avait donné son feu vert pour l’indépendance de l’Azawad” source : lecourrierdusahara.com. 17 janvier 2014. Extrait interview Hama Ag Mahmoud).

Le peuple malien est capable de comprendre les situations les plus complexes et prêt au sacrifice pour la paix pour autant qu’il ait une vision claire de l’avenir. La vérité doit lui être dite sur les agissements de la France, des monarchies du Golfe, de l’Algérie, de la Mauritanie afin que les solutions entre Maliens fassent plus de place aux intérêts du Mali.

Ces solutions doivent cesser d’être la recherche d’un équilibre entre les intérêts des acteurs extérieurs au Mali qui ne seront d’ailleurs jamais compatibles, car l’Algérie ne va jamais digérer la présence d’une base militaire française à ses frontières dans un Mali militairement sous tutelle et économiquement sous la domination des capitalistes marocains.

Alors, M. le président IBK et chers parents de la CMA (des dirigeants en devenir), juste pour vous dire faites attention !

Attention, parce que les propos de l’ambassadeur Normand contiennent une menace à peine voilée de la reprise des hostilités au nord en fonction de l’évolution de la situation à Bamako dans un sens ou l’autre.

Attention, parce que le communiqué de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique pourrait être interprété comme une onction de la communauté internationale pour l’usage de la force en cas de manifestations. Et vous avez utilisé la force contre une population désarmée qui manifestait pacifiquement. Ce ne sera pas sans conséquences !

Attention au M5, de prêter une oreille attentive à la déclaration de Mossa Ag Attaher. Il a raison, le “Mali n’est pas que Bamako”. “Les crises au Mali sont multidimensionnelles, multiformes et concernent plusieurs acteurs. Le M5 est loin et même très loin d’en être l’acteur clé et les solutions ne peuvent absolument pas être circonscrites aux seuls leaders du M5” ! Ne vous en offusquez pas ! Les régions du Nord et du Centre du Mali avec leurs singularités doivent être sur le théâtre des manifestations et des négociations, mouvements y compris !

Attention mes frères et parents de la CMA, le manteau protecteur de la France est un leurre ! Protégez nos ressources à Kidal, protégez les populations du Nord contre toute tentative de faire du Sahara un dépôt de déchets nucléaires. Sachez qu’au 21e siècle, les entités communautaires n’ont aucun sens tant les multinationales, dans l’ordre mondial néolibéral, ont dépouillé les Etats et les gouvernements de tout pouvoir. Soyez moins arrogants, dans vos attitudes et vos propos !

Aujourd’hui, ce qui dérange la France, c’est moins les raisons avancées par le M5-RFP pour la contestation de la gouvernance d’IBK, que la figure de proue de celle-ci, l’iman Mahmoud Dicko. La France étouffe de savoir que Choguel, le fils spirituel du président Moussa Traoré, l’anti Baule soit au-devant de la scène ! C’est carrément l’apoplexie avec Cheick Oumar Sissoko et Oumar Mariko, de véritables patriotes jaloux de l’indépendance du Mali.

Mahmoud Dicko fut l’une des personnalités publiques maliennes à poser le diagnostic cru du “processus de recolonisation” du Mali par la France lors d’un meeting (l’imam Mahmoud Dicko se fâche : “Le Mali est en voie de recolonisation” par Procès-Verbal – 15 décembre 2015 Abdoulaye Koné). Extraits de l’article sus cité :

Pour Dicko, notre pays est victime d’un ‘complot orchestré par l’Occident’, en complicité avec certaines personnes appelées ‘jihadistes’ ou ‘terroristes’. La déstabilisation du Mali est également soutenue, à l’en croire, par des responsables maliens qui, après avoir divisé les forces vives de la nation, veulent soumettre le Mali à une ‘recolonisation’. Aux yeux de Dicko, le Mali est occupé par 12 000 casques bleus et 1400 soldats français. “Personne ne sait quand ces forces quitteront notre pays, s’insurge l’imam. Comment comprendre que ces forces se promènent comme elles le veulent dans tout le Sahel et que nous qui sommes nés-là ne puissions pas le faire ? Plus grave, il faut que notre président de la République demande l’autorisation de la Minusma ou de la force Barkhane pour se rendre à Gao ou à Tombouctou !” Selon l’orateur, le “jihadisme”, tel qu’on le vit au Mali, est une pure création des Occidentaux pour recoloniser notre pays à travers leur présence militaire permanente. “Il ne faut pas qu’ils nous prennent pour des idiots ! Les acteurs choisis pour conduire la recolonisation de notre pays sont devenus de nos jours les détracteurs des religieux maliens, martèle l’imam Dicko. Ils savent que si les Maliens restent soudés, ils n’arriveront jamais à leurs fins : ils nous divisent donc pour mieux régner. Ils ont créé, dans la foulée, des médias qui, comme RFI, s’en prennent aux gens qui ne font pas l’affaire de l’Occident. Comme ils savent que les dirigeants africains et maliens ne sont plus écoutés par le peuple, ils ont, depuis quelques mois, créé sur RFI des émissions en bambara pour s’adresser directement aux populations. Croyez-vous que RFI intègrerait le bambara dans ses programmes pour le seul amour de cette langue ? Non !”

Dicko estime que la présence des forces internationales dans notre pays ne nous honore pas, car ce sont ces mêmes “forces du mal” qui ont été combattues par nos anciens rois et chefs religieux comme Ahmed Baba, Samory Touré, Mohamed Lamine Dramé, Firhoun ou Babemba. Le président du HCIM poursuit : “Les Maliens doivent comprendre que ces gens ne visent que leurs seuls intérêts et sont décidés à détruire toute personne, chef religieux ou autre, qui se met en travers de leur chemin. Malheureusement, notre pays s’est mis à la disposition de la Métropole française dont les quatre volontés sont exécutées !”.

Nous sommes en 2015, et cela n’est pas tolérable par l’ex-puissance coloniale et cet homme doit être réduit à sa plus simple expression de citoyen soumis, dans la servitude volontaire de l’ordre mondial et néo libéral.

L’exaspération de la France provient du fait que la gouvernance d’IBK ait créé les conditions favorables pour l’émergence de cet homme. Alors, il faut affabuler Mahmoud Dicko de tous les noms comme terroriste ou jihadiste. Non, Mahmoud Dicko n’est pas jihadiste, c’est un patriote religieux, comme ceux chrétiens de la RDC qui s’impliquent pour un changement de gouvernance.

En effet, en RDC, les églises catholique et protestante (la Cenco et l’Eglise du Christ au Congo) n’ont pas approuvé la désignation de Ronsard Malonda comme président de la Céni en vue des prochaines échéances électorales et l’ont fait savoir le 3 juillet 2020 par une lettre adressée au chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. La lettre émane de leurs chefs, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, et le pasteur André Bukondoa qui sont bien vus en RDC avec les politiciens, Mahmoud Dicko avec la classe politique au Mali est un danger pour la démocratie. Le “deux poids, deux mesures” de la “communauté internationale” ! Comprenne qui pourra !

Ce qui me désole aujourd’hui, c’est le silence de deux personnalités : Aminata Dramane Traoré et Chérif Ousmane Madani Haïdara. C’est le silence de ces personnalités honorées par des distinctions honorifiques françaises diverses dans les différentes strates de l’Etat de l’administration à la défense, dans le secteur privé et dans les médias et dans la société civile. C’est le silence des doubles nationalités maliennes et françaises. Toutes ces personnalités amies de la France doivent pouvoir dire la vérité : la France est à la base de la déstabilisation du Sahel et du Mali par sa guerre en Libye et est plus soucieuse de ses intérêts et de sa sécurité que la paix et le développement au Sahel.

Je suis aussi désolé par le fait que l’étudiant malien de mai 1968, aujourd’hui président dans son pays, doive s’en remettre à la France pour le départager d’avec son peuple, alors qu’un peu d’écoute aurait suffi. Winston Churchill a dit : “Le courage, c’est ce qu’il faut se lever et parler ; le courage est aussi ce qu’il faut pour s’asseoir et écouter”.

IBK, vous auriez dû être cet homme qui écoute, sans orgueil. Vous ne devriez pas être cet homme, commandant en chef des Forces armées du Mali qui mobilise l’arsenal de la défense nationale contre le peuple. Vous ne devriez pas laisser prospérer des velléités de tensions religieuses entre différentes conceptions de l’islam, cela ne ressemble pas à l’homme que j’ai côtoyé et défendu mordicus lors de la crise du “congrès extraordinaire” au sein de l’Adéma/PASJ. Vous ne devriez pas être, avec votre statut de premier magistrat, l’homme qui veuille laisser l’impunité prospérer dans la mauvaise gouvernance du pays au motif que la contestation est portée par un imam.

La contestation est forte et profonde, et va au-delà de la personne des leaders du M5-RFP. Elle est profondément sociale, portée par une insatisfaction de la population, proportionnelle à l’immense espoir que vous aviez suscité par vos promesses électorales. La contestation est d’ordre géopolitique, portée par l’humiliation de tout un peuple qui s’est senti flouée par une opération serval demandée par un apatride de président !

La contestation est de votre faute, et en cela vous devez y faire face pour l’intérêt supérieur de la nation en faisant abstraction de votre personne. Cela est de votre décision à vous seul ! Y compris celle de démissionner ! Modibo Kéïta a refusé de sonner la résistance des camps militaires lors du coup d’Etat de 1968, Moussa Traoré a fait face dignement aux Maliens lors de deux procès retentissants et est aujourd’hui perçu comme un saint par nombre de Maliens. ATT a signé une démission pour éviter au Mali un bain de sang ! Aujourd’hui, il est de retour au Mali auréolé du respect dû à un patriote. Pourquoi pas vous ?

L’histoire est meilleur juge que ces conseillers occultes qui pullulent autour de vous, le soutien de la France durera le temps de trouver un autre pantin pour ses intérêts ! Alors pourquoi pas vous ? Nombre de responsables mobilisés dans la répression aujourd’hui sont cités directement ou indirectement dans des faits de corruption. Ils bénéficient certes de la présomption d’innocence, mais ils seraient heureux que ces affaires restent sans lendemain. L’écoute est et doit être votre posture, n’en déplaise à un Premier ministre d’un amateurisme sans nom, illégitime politiquement car non proposé par le RPM et les députés de la majorité présidentielle. Illégal, car jamais, il n’a présenté une déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale. Toute autre posture de votre part est incongrue et assimilable à la défense des intérêts d’un clan et de ceux de la France. Les propos de M. Normand ne doivent pas vous faire perdre de vue la réalité que vit le Malien aujourd’hui. Pauvreté, anxiété et humiliation. C’est pourquoi, le conseil de Winston Churchill est bien à propos aujourd’hui : “Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur”. Dans le contexte actuel, il ne s’agit pas d’un passé lointain, seulement deux décennies en arrière ! Mars 1991. Autrement dit, Modibo Kéita n’a pas voulu une opposition entre militaires en 1968, il s’est fait arrêter lors d’un putsch qualifié de coup d’Etat qualifié sans effusion de sang ! ATT, a signé sa démission pour éviter un bain de sang ! Tous les deux sont vivants et dans le bonheur total auprès de leurs familles.

Président IBK, écoutez le peuple ! Vos services de renseignements savent réellement ce qui se passe dans le pays, partez et laissez le Mali sans bain de sang, comme cela, vous aurez fait œuvre utile pour le Mali ! Les multiples démarches avec en arrière-plan, la France exaspère ! Partez comme un Kéita, l’Histoire jugera !

Ancien ministre 2002-2007

Chevalier de l’Ordre national du Mali, 2009
Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole de la France, 2005

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