Crise au Mali : M5-RFP, une semaine non-stop de révolte

IBK et son régime ont incontestablement créé toutes les conditions du casus belli. Le M5-RFP, au nom du peuple, a parfaitement reçu le message et compris ce qui est de son devoir. En se raidissant jusqu’à tuer froidement des citoyens, Ibrahim Boubacar Keïta et sa silhouette de pouvoir ont franchi le Rubicon. Alea jacta est! Les dés ont été maintenant véritablement jetés. Il n’y a plus qu’à s’assumer. 

Le M5-RFP a été réconforté dans la légitimité. Les tentatives du pouvoir, toutes malheureuses, visant à l’affaiblir, voire à le casser, l’ont requinqué plutôt à bloc. La récente visite effectuée auprès du Chérif de Nioro par l’imam Mahmoud Dicko, autorité morale du mouvement, et Dr. Choguel K. Maïga, président de séance du Comité stratégique du M5-RFP, a ruiné les derniers espoirs du pouvoir. Le dignitaire religieux de Nioro du Sahel a parfaitement compris que IBK et son pouvoir, directement et indirectement, n’ont fait que lui mentir et, donc, le tromper, ce qui revient à salir son autorité. Le divorce est donc totalement consommé entre Bouyé et le président. Fort de cette victoire remportée de haute lutte sur les mensonges, le M5-RFP entame une nouvelle phase de la lutte de libération. À l’issue de sa réunion du samedi, 15 août, il annonce une semaine décisive d’actions, qui sera un nouveau tournant dans la lutte. Une conférence de presse est prévue ce lundi à 16h30 au siège de la CMAS pour informer l’opinion publique nationale et internationale des actions qui seront menées sans faiblesse face au pouvoir en place qui, il faut le rappeler, a fait encore déguerpir sans sommation, le matin du 12 août, les citoyens restés sur le boulevard de l’indépendance et près du monument du même nom après la gigantesque journée de mobilisation du mardi, 11 juin, faisant à nouveau un mort de plus. Le mardi, 18 août, sera mise en branle une série d’activités qui continueront jusqu’au 27 août, soit sur neuf jours. Et le dixième jour, vendredi 28 août, se tiendra un rassemblement patriotique suivi d’un sit-in qui se prolongera jusqu’au dimanche, 30 août à 23h59.

Ce programme sur une décade, voire plus, montre bien que le peuple ne veut plus laisser de répit au pouvoir et que la pression sur IBK sera maintenue. Ceci indique en plus un plan B non encore dévoilé à partir de 23h59 le dimanche, 30 août. Dans ces circonstances, la sagesse conseille autre chose à Ibrahim Boubacar Keïta que le sifflement des gaz lacrymogènes et des armes létales. En plus de ce programme originel, des actions additionnelles ont été annoncées. Il s’agit, entre autres, d’une caravane de sensibilisation des jeunes qui se déroulera ce mardi à partir de 08 heures sur la rive droite du fleuve à Bamako ; celle-ci sera suivie par une autre sur la rive gauche le lendemain mercredi, 19 août. En somme, un maillage complet de la capitale. Une autre caravane dans la même veine sera déroulée le surlendemain, jeudi, 20 août, à Kati, ville-garnison à treize kilomètres de Bamako, où civils et militaires broient le noir en raison des multiples incuries du régime en place. Le campement pendant deux jours sur la place de l’indépendance à compter du vendredi, 21 août, favorisera le déroulement large du tapis roulant de la contestation en rapprochant celle-ci beaucoup plus près des populations. Et puis, last but not the least, une gigantesque marche prendra le départ dans la capitale le mardi suivant, 25 août, qui, en empruntant plusieurs itinéraires à partir de 14 heures, débouchera sur le boulevard de l’indépendance. Là commencera, quand les différentes colonnes des insurgés feront la jonction, débutera un sit-in qui se poursuivra jusqu’au lendemain, mercredi, 26 août.

S’assumer, dans la bouche d’Ibrahim Boubacar Keïta, c’est le tout répressif, le carnage s’il le faut, puisqu’il ne lui reste rien d’autre comme solution, après avoir déjà fait massacrer 23 citoyens en trois jours, les 10, 11 et 12 juillet, soit une moyenne de onze âmes flinguées par jour. À ce rythme, car il n’a plus que ce moyen comme gouvernance, au bout d’un mois il enverra dans la tombe d’autres Maliens qui n’ont le tort que de réclamer sa démission pour échecs multiformes et globaux évidents et pour incapacité notoire à gérer le pays avec efficacité et équité. Le décompte macabre s’alourdira au fil du temps si son écurie devait demeurer.

S’assumer, dans la perspective du M5-RFP, c’est de contraindre le président à lâcher les rênes de l’État et de la République par la désobéissance civile, sans coup férir. C’est aussi nettoyer les écuries d’Augias-IBK, proprement, jusqu’à n’y laisser aucun cheval boiteux. Du 05 juin à nos jours, le mouvement citoyen de la contestation a prouvé la pertinence des revendications populaires et surtout sa capacité à diriger les foules impressionnantes lancées à l’assaut du pouvoir, les mains nues, c’est-à-dire sans armes, même pas de lance-pierres. En réaction, IBK et ses sbires ont monté des scénarii impressionnistes miroitant des hordes de djihadistes et de mercenaires déferlant sur le Mali pour détruire ses institutions quasi inexistantes, en tout cas inopérantes, sauf à développer des actes délictueux, totalement prédateurs, afin de légitimer l’utilisation des armes létales. Mais la fronde citoyenne malienne, par les raisons fort justes qui la motivent, rappelle la révolution française de 1789, la révolte du peuple haïtien contre la dictature de Duvalier, la récente révolution algérienne contre un président impotent et complice des mafias internes et, pourquoi pas, le printemps tunisien déclenché par la misère ambiante qui a conduit un jeune diplômé au suicide en s’immolant par le feu.

Leçon de l’histoire 

Mais pour IBK, peu importe les leçons de l’histoire. C’est sûr que dans sa tête, il doute maintenant du soutien divin en sa faveur, mais il est convaincu que la France et la CEDEAO lui sont d’une garde prétorienne imparable et qu’il peut donc continuer à réprimer son peuple, “ya foy!”. Erreur grave.

À force de mentir et de se parjurer, le régime et la CEDEAO se sont mis dans une situation intenable parce que injustifiable et illégitime au regard des valeurs que la démocratie est censée promouvoir. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à faire. La détermination du peuple malien les a déroutés, sous l’œil bon observateur de la France. La corruption, les chantages, les mensonges et les intimidations ont atteint leurs limites. Soit le régime écoute la voix du peuple, soit c’est le chaos généralisé.

 L’aube

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