Crise au Mali : Quand la CEDEAO joue sa présomption pour trouver une porte de sortie

La CEDEAO pourra-t-elle résoudre la crise sociopolitique qui secoue actuellement le Mali, sans apparaître comme un pompier pyromane mal inspiré ? L’organisation sous-régionale va-t-elle transcender son rôle de « syndicat des chef d’Etats » qui lui colle à la peau ? Rattrapée par une erreur de passé

Dans sa médiation dans la crise sociopolitique au Mali, la CEDEAO apporte son soutien sans condition au président IBK, en s’opposant à « tout changement politique anticonstitutionnels et au respect des institutions de la République ». Sauf que ses propositions ne sont pas acceptées par les contestataires du pouvoir rassemblés au sein du mouvement du 5-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Ceux-ci tiennent au départ du chef de l’Etat et de son régime, à la dissolution de l’Assemblée Nationale, et l’ouverture d’une transition pour, plaident-ils, refonder l’Etat malien.

Or, la CEDEAO, a souligné, son président en exercice, Mahamadou Issifou du Niger, tient comme à la Bible et au Coran à son protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui proscrit tout renversement d’un régime politique démocratiquement élu. Et c’est le cas d’IBK et de son régime, réélu en 2018 pour un mandat de 5 ans.

A cet argument massue, les opposants maliens opposent l’exemple contraire de la démission du président ATT, sur diligence de cette même CEDEAO, en avril 2012, suite au coup d’Etat perpétré par le Capitaine Amadou Haya Sanogo. Argument que les dirigeants sous-régionaux battent en brèche alléguant que cette exception s’est opérée pour barrer la route à un putschiste en l’empêchant d’exercer le pouvoir. Même si cette pirouette semble lisser un goût d’approximation diplomatique dans les esprits, ca d’autant que la CEDEAO pouvant s’opposer au coup d’Etat de Sanogo et remettre en scelle le président ATT qui, il faut le reconnaître, était à quelques semaines de la fin de son second mandat.

Dans la situation actuelle du Mali, la CEDEAO semble être sur un terrain où elle est rattrapée par une erreur d’un passé récent. C’est pourquoi l’imam Mahmoud Dicko, Dr Choguel Kokalla Maïga et les autres se montrent décidés à inciter ces dirigeants à conseiller à leur homologue malien la porte de sortie du pouvoir. Mais, il est clair que les relations d’amitié et les velléités de conservation du pouvoir qui animent chacun de ces chefs d’Etat ne les conduiront jamais à lâcher IBK. Ils se font un point d’honneur à venir éteindre le feu qui brûle la case du voisin pour que ce feu ne se propage vers leur pays respectif.

En effet, craignant l’effet de contagion de cette crise et redoutant son effet jurisprudentiel, les dirigeants de l’organisation ouest africaine feront feu de tout bois pour préserver le fauteuil présidentiel d’IBK, sur les hauteurs de Bamako. Les présidents Alassane Ouattara, Alpha Condé et autres pourraient, selon des confidences, faire tout pour sauver IBK afin qu’il achève son ultime mandat en 2023.

Mais alors, la CEDEAO pourrait proposer à travers « les mesures fortes »annoncées des pistes satisfaisantes aux contestataires du M5-RFP ? Rien ne permet de l’exclure. Et le sommet extraordinaire de ce lundi 27 juillet est fortement attendu dans ce sens. Cela pourrait passer par des pistes comme la dissolution de l’Assemblée Nationale, la nomination d’un Premier ministre consensuel pour former le gouvernement d’union nationale déjà proposé.

Conscients de la capacité des leaders contestataires de rendre le Mali ingouvernable ; ce qui menacerait leurs propres pays, les dirigeants de la CEDEAO joueront leur va-tout pour sauver la face et sauver ce qui peut l’être encore dans un Mali plus que tourmenté par plusieurs crises. C’est en cela que la CEDEAO joue sa présomption, elle qui semble échouer dans ses efforts de résolution de plusieurs crises du genre ces derniers mois. Elle qui apparaît de plus en plus comme une amicale des chefs d’Etats et non des peuples.

Maliweb

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