« Dans la région de Taoudéni, les femmes sont vraiment mises à l’écart », Safia Moulaye, présidente de l’ONG Alkarama.

Depuis la création de Alkarama en 2012, Safia Moulaye se bat au sein de la société civile pour la population de Taoudéni. Après avoir organisé des ateliers de formation en coupe et couture pour les femmes réfugiés maliennes en Mauritanie, Safia Moulaye porte la voix de ces femmes dans tous les foras.

Elle est fréquemment à Tombouctou et Taoudéni pour venir en aide aux populations vulnérables. Mais Safia Moulaye est aussi une femme politique. Elle est la représentante de la région de Taoudéni au sein du RPM, le Rassemblement pour le Mali de Ibrahim Boubacar Keita IBK. Elle joue un grand rôle dans la victoire de IBK lors de l’élection présidentielle dernière à Taoudéni.

Nordsud journal : le Mali s’apprête à commémorer la journée internationale de la femme ce 8 mars, quel regard introspectif faites-vous du chemin parcouru par les femmes du Mali pour leur émancipation ?

Safia Moulaye : Je pense que le Mali a eu une très grande avancée depuis l’arrivée du Président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) dans la promotion des femmes. Je vous rappelle qu’il y a eu la loi 052, qui nous octroi une grande représentativité au sein de toutes les structures de l’état et en plus, nous avons constaté son application. C’est le plus important. Cette lutte a été menée par les femmes et Dieu merci aujourd’hui elle est effective à cause de la volonté des plus hautes autorités de la République. Par contre le problème est qu’il y a beaucoup plus de femmes analphabètes au Mali et cela n’est pas très bon pour leur épanouissement. Je trouve que nos femmes sont des battantes.

Les Femmes du Mali notamment l’élite s’est battue  pour la participation des femmes dans les instances de décision, pensez-vous avoir  gagné ce pari ?

Sourire ! Je crois que le pari est bien gagné. La première fois que l’on voulait faire passer la loi, elle avait été rejetée. C’était au moment du code de la famille avec ATT.  Mais Dieu merci, aujourd’hui même si nous n’avons pas 50%, des femmes qui n’avaient même pas une représentativité légale ou juridiques, sont aujourd’hui à 30% et c’est appliqué et senti à l’assemblée, au gouvernement, dans les communes où les femmes sont vraiment représentées. On peut donc dire avec fierté que le pari est gagné mais on va chercher plus.

Comment vivent les femmes dans le contexte actuel du pays marqué  par l’insécurité, la crise économique et crise au niveau du système éducatif ?

L’état actuel des choses nous préoccupe vraiment et c’est au centre de nos débats et de nos discussions. Par exemple, aujourd’hui, il y a eu le lancement des activités du 8 mars, en présence de la ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille et nous avons rappelé les problèmes que le pays traverse. Nous avons parlé de l’aspect sécuritaire, économique et surtout de l’éducation.

On s’est posée la question à savoir, qu’allons-nous devenir si nos enfants ne partent plus à l’école. Cette affaire de l’école malienne est un souci pour toutes les mères. Pour ce qui est de la crise économique, on ne doit pas se voiler la face. Aujourd’hui, le Mali souffre économiquement et tout le monde le sait et c’est sur nous femmes que tout retombe. Si l’homme n’en a pas, la première à en souffrir c’est bien la femme et ses enfantscar les enfants elles aussi se rabattent toujours sur leur mère.

Les femmes se sont battues pour être prise en compte dans le cadre des discussions pour l’application de l’accord pour la paix. Est-ce que c’est fait ?

Au niveau national d’abord, les femmes se sont battues depuis l’annonce de la signature de l’accord pour la paix, afin qu’elles soient plus représentées. Mais malheureusement, on parlait dans le vide. Il n’y avait pas d’avancé et notre lutte n’aboutissait à rien. On nous a toujours promis l’inclusion, que rien ne pouvait se faire sans les femmes mais rien. Les documents qu’on a remis à la MINUSMA et autres partenaires, n’ont rien donné, tout se mettait dans des tiroirs et jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas eu gain de cause.

Il n’y a pas longtemps d’ailleurs, on avait dit que les femmes, allaient être représentées mais seulement en tant qu’observatrices alors que ce n’est pas ce que l’on voulait, ce n’est pas ce que nous avions demandé dans les foras, les recommandations.

On parle de réforme, de révision constitutionnelle, on assiste à une tôlée  d’intervention des hommes politiques et de la société civile sur ces questions, peu de femmes se prononcent sur ces questions, ne pensez-vous pas qu’il est de leur devoir de se prononcer sur la vie de la Nation ?

Bien sûr que c’est du devoir de la femme de se prononcer sur la vie de la nation mais vous savez, sur la question de réforme, l’état a mis en place un comité d’experts qui doivent travailler sur la révision et pour ce qui concerne l’aspect des femmes, je crois que c’est surtout les femmes politiques qui doivent s’impliquer et cela est déjà en marche. On peut donc dire que les femmes sont impliquées.

Le cadre de concertation mis en place va enregistrer la participation des hommes politiques et autres leaders de la société,  comment les femmes y seront représentées au sein de ce cadre ?

Pour vous dire la vérité, je n’ai pas vu de représentativitéde femme au sein de ce cadre de concertations. Il n’y a pas spécifiquement des groupes de femmes qui sont là pendant les discussions comme on l’a fait avec les partis politiques, les associations de la société. Si elles sont là, c’est en tant que membres d’un parti politique ou de la société civile.

Au sein du dernier gouvernement les femmes sont présentes que dans le passé en terme d’impact, pensez-vous que cela apporte un changement sur les conditions des femmes au Mali ?

Cela apporte beaucoup de changement. Si déjà il y a la représentativité des femmes, c’est grand-chose parcequ’on a vu que lors de ce dernier mandat, le président de la République a tenu compte du quota de 30% au sein du gouvernement et les femmes sont là, elles se débattent.

Vous êtes de la région de Taoudéni.  Est-ce que les femmes jouent un rôle important dans cette région ou elles sont à l’ écart? Est-ce que les femmes sont membres du collège transitoire de la région ?

Dans la région de Taoudéni, les femmes sont vraiment mises à l’écart. Nous avons des coutumes et traditions qui sont très difficiles à défier en tant que femmes et j’espère qu’avec le temps, tout va changer même si sa sera difficile. Il y a beaucoup de tabous.

Safia Moulaye

Nos leaders ne veulent pas que les femmes s’émancipent pour plusieurs causes et se cachent derrière la religion et les coutumes. Je pense que cela doit changer car je connais beaucoup de pays musulmans où la situation de la femme a évoluée, elles sont maintenant au-devant. Donc à Taoudéni aussi on doit accepter que les femmes évoluent et interviennent dans la vie de la région afin de pouvoir mieux aider les hommes.

Pour ce qui est du collège transitoire, je vous dis clairement que les femmes ne sont pas du tout représentées. Pour votre information, il n’y a même pas une seule femme sur la liste et ce qui est le plus étonnant, l’état a laissé passer cela. Cen’est pas normal !

Taoudéni est une région déserte, tout est à crée. Comment jugez-vous l’action des autorités locaux ces deux dernières années ? Sont-elles efficaces ?

Pour vous dire la vérité, nous sommes à notre deuxième gouverneur depuis la création de la région mais l’attente des populations n’est pas comblée. Nos populations avaient un grand espoir pour cette région et nous avons tous lutté pour la création de cette région mais l’élan attendu n’a pas été constaté. Cela peut-être parce que les autorités locales n’ont pas eu la suite avec l’état à cause des difficultés que traverse le pays et comme vous l’avez dit, tout est à créer dans la région. Mais ce qui est grave c’est que la collaboration qui doit exister entre les structures locales n’y est pas. Par exemple : le collège transitoire et le gouvernorat  doivent travailler ensemble, c’est la moindre des choses mais jusqu’à présent, les populations ne sentent pas cette coordination. Elle doit aussi être faite avec la société civile mais rien.

Les femmes et les jeunes qui doivent aussi être impliqués sont mis à l’écart. Malheureusement, l’inexistence de cette cohésion ralenti l’avancée du travail sur le terrain. Cela fait que les populations sont découragées.Tant que le gouvernorat fait de son côté, le collège aussi du sien, rien ne pourra aller car les populations ne sentirons aucun impact.

Vous êtes membres du RPM, le parti du président IBK.  Est-ce que les femmes jouent un rôle de premier plan dans ce parti ?

Ah oui, les femmes jouent un grand rôle dans le parti RPM et le président de la République soutient beaucoup les femmes et elle ne se laisse pas faire. En janvier, le bureau des femmes du RPM a tenu un atelier sur la révision constitutionnelle, c’était une première et c’est les femmes du RPM qui l’avaient fait.

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