Énergie : EDM SA ou le bourbier de l’incertitude

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Coupures de courant intempestives, recharges ISAGO indisponibles, manque de compteurs, dette de plus de 300 milliards de francs CFA, en plus de ne pouvoir satisfaire les clients, la société Énergie du Mali met le pays en retard.

En 2009, la société Énergie Du Mali (EDM) changeait les compteurs habituels des factures post payées pour des nouveaux, dénommés ISAGO, avec un service prépayé. Ce fut un grand boum chez les consommateurs, car le nouveau système devait solutionner deux problèmes : la consommation incontrôlée qui surendettait la société et la possibilité pour les clients de contrôler leur consommation grâce au service prépayé. Onze ans plus tard, la frustration est grande.

Pannes

Bien que la société Énergie du Mali ait ouvert des démembrements de proximité pour servir sa clientèle, elle fait face à beaucoup de problèmes. Aujourd’hui, les clients sont confrontés à un certain nombre de problèmes pour acheter les unités de recharge Isago. Ce service Isago tombe régulièrement en panne et les clients ne sont même pas informés à l’avance. Le service n’est pas fonctionnel pendant le week-end et les jours ouvrables. Pour être servi, il faut souvent quitter chez soi à l’aube et faire la queue pendant longtemps. Chose qui rappelle les nuits blanches que passaient les étudiants devant les guichets pour s’inscrire à l’Université. À en croire un client installé devant l’agence EDM de Sébénikoro, « quelle que soit l’heure à laquelle tu viens, tu trouveras quelqu’un devant toi ». Amadou Soumounou nous explique : « le mois dernier, je suis venu à 5h30, directement de la mosquée. Je me suis dit que je n’allais trouver personne, mais un gars était déjà là en train de faire ses prières. Après, il m’a dit qu’il était le deuxième du rang et que le premier lui avait confié sa place pour aller aux toilettes faire des courses ». Alors que le service commence à 7h30mn, les clients sont souvent obligés de venir se mettre en rang depuis 5h afin d’être servis.

Pour alléger leur fardeau, EDM s’est même affiliée aux sociétés de téléphonie de la place, mais cela n’a rien solutionné. Car, de ce côté, ce sont des problèmes de connexion qui se posent. Les clients fuient pour ne pas voir leur argent bloqué et rester longtemps dans le besoin. Certains estiment qu’il s’agit juste, là aussi, d’un problème de connexion. Il faut reconnaitre que les agences sont desservies par les mêmes sociétés de téléphonie (Orange et Malitel)

Factures à gérer

EDM est une société commerciale qui est sous la tutelle d’une fixation des prix par le gouvernement, à travers la Commission de régulation de l’eau et de l’électricité (CREE) qui relève de la Primature. Pour ce qui est de la consommation, il existe un système de tarification par tranches. Deux tarifs ont été fixés : le tarif social et le tarif général. Le tarif social s’applique aux usagers dits de basse tension (Compteurs 2 fils de 5 ampères) et le tarif général aux usagers qui ont des compteurs de 2 à 4 fils de plus de 5 ampères. Ce que les consommateurs croient être des bonus sont, selon un spécialiste qui parle sous anonymat, tout à fait autre chose. « Il y a des charges fixes que l’on prélève sur chaque consommateur une seule fois dans le mois. Elles concernent l’entretien, la location et l’éclairage public. Une fois cela prélevé, le reste de l’argent est transformé en kWh pour le consommateur et les tranches favorisent les gens, les uns mieux que les autres. Pour la première tranche, par exemple, le kWh est vendu 60 francs et vous pouvez aller jusqu’à 50 kWh. Les deux premières tranches coûtent moins cher car la TVA n’y est pas incluse, à cause l’accompagnement par l’État des plus démunis et des petits consommateurs. Si vous prenez plus de 50 kWh, vous êtes facturés à 95 francs ». Un autre agent ajoute : « nous conseillons aux clients de ne pas mettre tout leur argent dans l’électricité en fin du mois, parce qu’ils sortent des deux premières tranches, qui sont sans TVA, et payent plus cher, car la TVA s’applique à partir de la 3ème tranche ».

C’est dire que chacun doit juste contrôler sa consommation mensuelle et payer en tenant compte de cela afin de ne pas faire de dépenses inutiles. Si toutefois le système marche. Car la société ne rassure point, puisqu’elle croule sous une dette de l’ordre de 300 milliards de francs CFA, somme qui pourrait augmenter de 200 milliards de francs CFA supplémentaires à la clôture de l’année budgétaire 2018.

Par Youssouf AG Ibrahim

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