Femmes et médias: « Donner une place de choix aux femmes va mettre du temps », Niania Aliou Traoré, Présidente de l’AFPM

Niania Aliou Traoré, Femmes et Media, Mali

Le 5 mars dernier, les femmes de la presse ont lancé officiellement les activités de l’Association des Femmes de la Presse du Mali (AFPM), dont Niania Aliou Traoré est la Présidente. Cette association a été créée par des professionnelles de la presse désormais décidées à placer la femme à la Une. La présidente de l’AFPM, Niania Aliou Traoré, journaliste et présentatrice du JT de la télévision nationale (ORTM), nous parle des ambitions de son organisation et du parcours des femmes maliennes.

Nord sud journal : Vous venez d’être élue à la tête d’une association de presse. Pouvez-vous nous présenter votre structure et ses ambitions ?

Niania Aliou Traoré : L’association est tout d’abord apolitique et a pour ambition de participer au développement du pays et au débat national avec ses modestes ressources. Nous sommes des femmes de la presse, nous voulons donc amener une synergie d’actions autour des actions des femmes, participer au développement de la femme, à son autonomisation, participer aussi au bien-être des enfants. Qui dit femme, pense aussi enfant et quand une femme est épanouie, le foyer et les enfants le sont. Nous, à travers la presse écrite, la radio, la télévision et la presse en ligne, allons favoriser ce développement, montrer les secteurs où les femmes se sont faites remarquer et continuent de se faire remarquer. Nous allons participer pleinement au développement de notre pays.

Nous sommes au mois de mars, où la femme vient d’être célébrée. Quel regard portez-vous sur la Journée internationale des droits de la femme au Mali et sur son émancipation ?

Moi je me dis qu’on doit fêter la femme tous les jours. La femme est le socle de la société, elle est le début et la continuité de tout. Selon ma vision, une seule journée pour célébrer la femme n’est pas suffisante. Qu’à cela ne tienne, on a pris comme thème « L’autonomisation des femmes et la lutte contre les VBG », ce qui est d’ailleurs d’actualité. Nous devons être ensemble pour que les violences conjugales cessent. Les femmes ont droit à la parole et le mois de mars offre aussi l’occasion à celles qui ne sont pas connues de dire ce qu’il y a et à celles qui sont déjà leaders de continuer la lutte. Le bilan de l’émancipation des femmes au Mali n’est pas très positif. On félicite nos politiques nationales en la matière, mais je me dis qu’on peut faire plus. On demande plus de femmes à des postes de responsabilité, on demande plus de femmes ministres et plus de femmes qui gèrent des organes de presse.

Femme de média, vous l’êtes. Quelle est donc la représentativité de la femme dans la presse, singulièrement les femmes journalistes ?

Les femmes commencent à venir dans le métier. Les écoles de journalisme sont remplies de jeune fille. C’est une chose à saluer, même si celles-ci sont plus présentes dans les medias audiovisuels que dans la presse écrite. Nous disons donc à toutes les femmes de nous rejoindre, il y a de la place. Quels sont les freins qui entravent l’épanouissement et l’ascension des femmes journalistes dans le métier?

Le frein est surtout le poids de la famille, car nous sommes avant tout des femmes, des épouses, des mamans. L’ascension sera rapide si nous pouvons outrepasser ces choses là. Personnellement, j’ai l’habitude de préparer à manger par téléphone. Il faut donc avoir un soutien réel venant de la famille pour pouvoir remplir convenablement les tâches au bureau. Le manque de confiance de la part des hommes aussi peut être un frein, car selon la mentalité de certains les femmes journalistes sont capables du pire.

On constate que très peu de femmes occupent des postes de responsabilité dans les organes et entreprises de presse. Peu de rédactrices en chef, peu de directrices de publication, comment expliquez-vous ce fait. Est ce qu’elles ne sont pas à la hauteur de ces tâches ?

Les femmes sont plus sur le terrain que dans des bureaux à occuper des postes comme Rédactrice en chef ou Directrice de publication. Ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas à la hauteur, mais parce nous sommes dans une société patriarcale, qui est fondée sur des traditions, sur des coutumes. Donc donner une place de choix aux femmes va mettre du temps. Cependant le monde évolue. Ce que le jeune garçon peut faire, la jeune fille aussi peut le faire. Nous devons juste montrer aux autres que nous méritons ces places.

Comment votre association compte-t-elle contribuer à changer cet état de fait et amener les femmes de la presse à prendre le devant de la scène ?

On n’a pas d’autres solutions, à part nos micros et nos stylos. Nous allons donc continuer à écrire, à dénoncer ce qui ne va pas et à accompagner nos politiques pour améliorer ce qui a déjà été acquis. Nous allons aussi aborder des sujets qui vont concerner cette évolution, cet épanouissement, pour montrer ses avantages.

Sous quel signe avez-vous placé votre mandat et quelles sont vos ambitions pour les prochains mois et années pour les femmes de la presse ?

On a lancé l’association il y a à peine trois semaines. Nous allons donc tenir notre assemblée générale et, à partir de là, décider des priorités. Et aller aussi à la rencontre d’autres associations et d’autres institutions, pour savoir où sont les besoins, pour aider. Pour finir, mon mandat sera placé sous le signe de l’ouverture.

Quelles sont vos relations avec les structures opérant pour la cause de la femme, à commencer par le département de tutelle ?

On est certes jeunes, mais beaucoup d’entre elles nous ont approchées. Elles veulent savoir ce qu’on peut faire ensemble, j’ai donc beaucoup d’espoir. Merci à votre journal de nous avoir choisi pour expliquer nos motivations et les missions de l’association. Nous comptons aussi sur votre partenariat. Il ne faut pas que ça s’arrête à un article, il faut nous suivre…

Propos recueillis par Niamoye Sangaré

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