François Hollande ancien président français : « le G5 Sahel vient en complément de la MINUSMA »

L’ancien Président français François Hollande était à Bamako le 15 février dernier pour saluer le Président malien Ibrahim Boubacar Keita, « parce qu’une longue amitié lie » les deux hommes, mais aussi « pour témoigner » de sa reconnaissance à l’action que mène le Mali dans la lutte contre le terrorisme. À Bamako, François Hollande a aussi rendu une visite à l’Unité de cardiologie réalisée grâce à un mécène français, via l’association la Chaîne de l’espoir, qui a permis de réaliser plusieurs dizaines d’opération à cœur ouvert d’enfants maliens. Mais celui que les populations de Tombouctou surnomment « le libérateur », pour l’opération militaire française Serval en 2013, qui a permis de chasser les groupes djihadistes des villes du nord du Mali qu’ils occupaient depuis 2012, n’est plus en exercice, mais continue à avoir de l’influence dans la sous-région. D’ailleurs, c’est de la Mauritanie qu’il a rejoint Bamako, dans un avion mis à sa disposition par le Président mauritanien Abdel Aziz.

Quelle analyse faite de la situation sécuritaire au Mali depuis le déclenchement de Serval, en 2013 ?

Tous les efforts qui ont été menés, de Serval à aujourd’hui, ont permis de sécuriser une grande partie du nord du Mali. Aujourd’hui, l’Accord de paix peut, étape par étape, être mis en œuvre. En revanche, la situation s’est dégradée au centre du Mali, là même où nous étions intervenus en 2013. Et là la réponse est à la fois sécuritaire mais aussi politique et économique. Toutes ces régions ont été très désorganisées par le conflit. Les populations ne peuvent plus vivre de leurs activités, essentiellement agricoles, ce qui explique les tensions entre les différentes communautés de la zone.

Le rôle du gouvernement malien est d’apporter aux populations soutien et développement. Le rôle de la communauté internationale, y compris la MINUSMA, est de faire des actes de développement et de soutien, notamment aux populations privées de tout et d’éviter que les terroristes puissent utiliser le terreau du désespoir pour agir.

François Hollande, Mali, visite

Globalement, si on regarde le Mali, le Niger et tout ce qui se passe dans la sous-région, nous devons avoir un plan global. C’est pourquoi la force du G5 Sahel a un intérêt, mais nous devons conjuguer toutes les actions et soutiens pour les pays concernés.

2018 fut l’année durant laquelle il y a eu le plus de victimes, à cause des attaques des groupes armés djihadistes et des affrontements communautaires. Selon vous, y a-t-il eu des ratés quelque part ?

Saluons d’abord les progrès, au-delà de ce que nous avons fait pour arrêter les terroristes quand ils se dirigeaient vers Bamako et ce que nous avons fait ensuite avec les forces maliennes pour reconquérir l’ensemble du territoire malien et chasser les terroristes. Nous avons aussi sécurisé le nord du Mali. Il y a eu un travail des Maliens, de la communauté internationale, à travers la MINUSMA, et de la France, à travers l’opération Barkhane. C’est vrai qu’il y a eu d’autres régions, notamment le centre, qui ont été touchées par le phénomène terrible qu’est le terrorisme. Donc nous n’avons pas terminé. Il y a un traitement qui va se faire sur le plan politique, c’est le travail des autorités maliennes, du Président IBK et de son Premier ministre. Il aussi un travail de soutien, de formation, d’encadrement des forces maliennes. Ça c’est le rôle de la France. C’est qui explique que Barkhane souhaite intervenir dans le centre du Mali

Depuis sa création, la force conjointe du G5 Sahel a du mal à être effective. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a un problème de financement. On ne peut pas vouloir une force sans lui apporter les ressources nécessaires en termes de formation, d’équipement, d’encadrement. Ces ressources doivent être apportées  par la communauté internationale et c’est tout le problème : savoir ce qu’on met sur la MINUSMA et sur le G5 Sahel. Il faut que les États-Unis d’Amérique comprennent, comme ce sont eux qui, au Conseil de paix et de sécurité ont le plus de réticences, qu’en soutenant le G5 Sahel ils viennent en complément et pas en substitution des actions de la MINUSMA.

Le mandat de la MINUSMA va expirer au mois de juin prochain et il sera renouvelé. Il va falloir bien définir ce qu’elle doit faire, ce qu’elle peut faire de mieux, avec quel effectif et avec une dimension de développement qui doit être amplifiée.

Un accord de paix entre les mouvements armés du nord et le gouvernement malien a été signé en 2015, mais l’administration et les services sociaux de base tardent à revenir, notamment à Kidal…

Il y a eu des actes qui ont été effectifs à Kidal pour montrer que l’autorité malienne ne connaît pas d’exception. Ensuite, il y a le dialogue politique qui se poursuit et qui doit permettre le retour de l’autorité malienne. Il doit être compris comme un acte de décentralisation, pour que cette population puisse prendre en main son propre destin dans l’unité du Mali.

2019 est une année cruciale pour le Mali. Il y aura des réformes institutionnelles, des élections législatives, régionales… Quel rôle peut jouer la France ?

La France doit faire en sorte que tout ce qui peut être fait pour bien appliquer l’Accord, qui relève aussi de notre propre responsabilité, soit engagé, mais la France ne compte pas se substituer à l’autorité du Mali. C’est un point que, moi, j’ai voulu absolument marquer. Le Mali est un pays libre, indépendant, démocratique, qui doit prendre des initiatives et définir sa politique en toute indépendance.

Pour le moment, c’est un pays fragile qui a un gros chantier de réformes…

Oui ! Il faut le soutenir et il faut que le Mali lui-même se mette en mouvement pour assurer son unité. C’est que fait le Président IBK, c’est que fait le Premier ministre. Il y a un programme de travail qui devra être mené à bien en 2019 pour que toutes les étapes, la révision constitutionnelle, les élections législatives, puissent apporter la paix et la confiance. C’est la confiance le mot clé ici !

Le Mali sort d’une élection présidentielle difficile et les rapports entre opposition et majorité ne sont pas vraiment dans la dynamique de mener à bien les réformes dont le pays a besoin…

Je pense qu’une élection a eu lieu. Son résultat est connu et maintenant tout le monde doit se mettre au travail. Il y a des élections législatives à venir. L’opposition y prendra part et j’imagine qu’elle sera représentée. Si demain elle doit être majoritaire, ce sont les Maliens qui le décideront. Face aux défis du terrorisme, il faut absolument qu’au-delà des différences un consensus s’opère. C’est la responsabilité de chacun. Il faut que toutes les forces politiques maliennes, qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition, comprennent bien l’enjeu. Il y a des causes qui doivent nous rassembler et c’est ce que je vais dire au Président IBK.

Qu’allez-vous allez lui dire d’autre ?

D’abord lui exprimer ma gratitude. Sans la participation malienne dans l’application de l’Accord de paix, on ne peut pas y arriver. Il est vrai aussi que sans la présence de Barkhane les choses seraient plus compliquées. Nous allons faire le point de la situation, aussi bien sur le plan politique que sur le plan sécuritaire. Je reviens de Mauritanie, là aussi la situation s’est largement améliorée. C’est un plan global qu’il faut concevoir. Je ne suis plus en responsabilité. Je ne peux qu’être en appui de tout ce qui se fait et aussi en observation de ce qui ne se fait pas et qui devrait se faire.

Vous avez récemment été entendu dans l’affaire de l’assassinat de nos deux confrères de RFI tués à Kidal en 2013. Les parties civiles ont fait part de leur incompréhension de ce que vous avez dit à la justice, qui serait différent de ce que vous auriez dit à certains journalistes ?

C’est qui compte, c’est que la justice puisse établir la vérité. Seule la justice le fera maintenant et donc tout commentaire deviendrait presque un élément de confusion. Je ne vais pas en faire, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les seuls coupables ce sont les terroristes, qui ont tué deux journalistes français qui faisaient leur travail pour la liberté d’information.

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