G5 Sahel : Pourquoi l’Union Européenne bloque sa nouvelle enveloppe?

Face aux lenteurs des opérateurs qui gèrent ses crédits au bénéfice de la force sahélienne, l’UE songe à verser directement ses fonds via un appui budgétaire aux Etats.

Annoncée par la cheffe de la diplo- matie européenne Federica Mogherini lors de sa tournée sahélienne de juillet, la nouvelle contribution de 138 millions € de l’Union européenne (UE) à la force conjointe du G5 Sahel n’a toujours pas été décaissée et ne devrait pas l’être avant début 2020. Cause de ce retard : l’UE envisage de contribuer directement via un appui budgétaire aux pays du G5 Sahel. La première contribution européenne de 100 millions € avait été largement gérée par Expertise France, qui avait supervisé l’achat d’une cinquantaine de blindés Bastion du constructeur Arquus et de divers équipements non létaux (gilets pare-balles, etc…

Plusieurs États membres du G5 Sahel, au premier rang desquels le Burkina Faso, s’étaient ouvertement plaints de l’opérateur français pour sa supposée « lenteur » dans l’obtention des équipements, alors même que les premiers blindés doivent arriver sur zone au premier trimestre 2020. Une critique néanmoins partagée à Bruxelles par le directeur général de la Coopération internationale et développement (Devco) de l’UE, Stefano Manservisi. Dans ce cadre, ce dernier plaide davantage pour un appui budgétaire direct aux cinq États concernés.

Si le pourcentage de l’enveloppe européenne qui devrait transiter via ce canal n’est pas encore arrêté, un appui budgétaire direct pourrait néanmoins se heurter à plusieurs obstacles compte tenu des règles de conformité de l’UE, notamment en matière de « transparence » et de « traçabilité » des fonds. Des critères préalables que ne remplissent pas actuellement plusieurs États membres de l’alliance sahélienne. En juillet dernier, l’UE avait déjà suspendu son aide financière aux Forces armées du Mali (FAMa) après avoir constaté « un manque de traçabilité de l’usage de ses fonds ». Dans ce cadre, l’UE travaille actuellement depuis plusieurs semaines sur la mise en place d’un nouveau partenariat avec les pays du G5.

Une partie des contrats d’équipements de la force sahélienne devrait néanmoins continuer d’être gérée par Expertise France, qui fait face à la concurrence croissante de l’opérateur du ministère de l’intérieur français, Civipol. Un temps positionnée, l’agence nationale allemande GIZ ne devrait finalement n’en capter qu’une infime partie.

LC

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