Gao affiche l’unité, malgré les appels à la haine

Une semaine après l’assassinat du richissime opérateur économique de Gao Abdoulaye Oumar et de ses gardes du corps, les différentes communautés de la ville affichent une unité sans faille après ce drame que certains veulent instrumentaliser.

 

Gao, le 23 novembre dernier. Des hommes en turbans ont assassiné le riche opérateur économique de la ville, Abdoulaye Oumar et ses deux gardes du corps en plein jour et en pleine rue. Toute la ville de Gao a aussitôt été alertée.

Pour éviter les débordements de foule et les attroupements spontanés, les autorités n’ont annoncé la mort de l’opérateur économique qu’en début de soirée. Pour ramener le calme, le grand Imam de Gao est même intervenu sur une radio locale. Ennemis « Je lance un appel à toute la population de Gao, hommes, femmes et jeunes, de ne pas céder à la vengeance, de ne pas laver une saleté par une saleté. Nous sommes tous choqués par cet acte, qu’il soit noir, blanc ou rouge, et la paix a toujours prévalu entre nos différentes communautés. Le Tout Puissant en a décidé ainsi », a-t-il dit sur les ondes.

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Mais, malgré l’appel de l’Imam, les appels à la vengeance enflent sur les réseaux sociaux. « Il est inadmissible que la communauté songhoy seule soit prise pour cible. Les gens qui ont commis ces assassinats sont parmi nous. À partir d’aujourd’hui on ne doit plus se laisser faire. Des minorités dont nous avons accepté qu’elles vivent avec nous sont en train de nous terroriser impunément », a lancé un membre du groupe WhatsApp Gao Lama, une plateforme songhoy.

« Il faut qu’on fasse un assaut à Gao, la terre de nos ancêtres, pour montrer à nos ennemis et à leurs alliés que c’est assez et que ça ne peut plus continuer. Prenons les choses en main pour marquer notre existence », a écrit un autre membre du groupe.

Ces audios sont aussitôt partagés dans d’autres groupes, de communautés différentes, et les répliques ne se sont pas fait attendre. « Toi tu as faim et tu veux profiter de cette situation pour casser et incendier les commerces et les boutiques des Arabes et Touareg pour nourrir ta famille », a lancé une femme membre d’un groupe touareg. Face à ces menaces et à ces appels à la vengeance, les leaders communautaires et l’administration malienne ont pris les devants.

Le 24 novembre dernier, une réunion de crise a été organisée au gouvernorat.  Les membres de la société civile ont demandé au gouverneur de la région d’instruire à la police et à la gendarmerie l’ouverture d’une enquête d’urgence, afin de faire la lumière sur cet assassinat. « Nous n’accusons aucune communauté et personne n’est ciblée. D’ailleurs, une délégation des Arabes de Gao et de Bourem est venue présenter ses condoléances aux familles endeuillées. On attend les résultats des enquêtes », a dit Chaka Kantao, de la société civile. Mais ces démarches n’ont pas rassuré les populations de Gao.

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Le 26 novembre dernier, jour des obsèques des victimes, des appels à la vigilance ont été lancés une fois de plus sur les réseaux sociaux. « Évitez la zone de l’enterrement, car les gens vont se venger », peut-on entendre dans un groupe WhatsApp à dominante touareg. Cependant, lors de l’enterrement des défunts, toutes les communautés de Gao ont montré plutôt un visage d’unité, de cohésion et de solidarité, au grand dam de ceux qui envisageaient le pire.

Sur les réseaux sociaux, finalement, les appels au calme et à la tolérance ont même pris le dessus. « Ça ne sert à rien de crier inutilement sur les réseaux sociaux pour engendrer la haine entre les communautés vivant à Gao », affrirme un membre du groupe WhatsApp Irganda.

En attendant que justice soit rendue, les enquêtes se poursuivent. « Nous avons auditionné beaucoup des gens dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Abdoulaye Oumar et de ses gardes du corps », nous a confié une source sécuritaire .

Ibrahim M Maiga

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