Mali: un pilote de l’armée parle, «ces hélicos sont irréparables !»

Helicoptère Puma, Mali, pilote,

On ne le dira jamais assez, les hélicos Super-Puma que le gouvernement malien s’est procurés sont de vieux avions qui ne peuvent servir à plus rien. En français facile, nous avons injecté des milliards dans de la ferraille.

Dire que nous avons été floués ou se poser cette question n’est que tentative de noyer le poisson. Il n’en est rien. Ceux qui sont allés acheter ces prétendus avions savaient, bel et bien, ce qu’ils faisaient.

Ils ont d’ailleurs transporté, dans une mallette, du liquide, de près de 5 milliards de nos FCFA. Une pratique digne de la filouterie d’un temps révolu. Ceux qui vendaient les appareils savaient, eux aussi, qu’ils avaient affaire à des bandits de grand chemin qui, de l’Etat,s’en tamponnent le coquillard, de la marchandise ou de sa destination, et qui ne voulaient que s’en mettre plein les poches, à travers une opération à propos de laquelle ils pensaient n’avoir jamais à se justifier.

Aussi, les rumeurs actuelles qui consistent à dire que le gouvernement est en négociation avec Airbus pour «arranger» nous ne savons quoi, elles sont destinées à faire croire à l’opinion que le Mali pourrait être remboursé dans le cadre de cette affaire ou que les hélicos seraient remis en état de marche, ne sont que supercherie. Un éhonté gros mensonge digne de gouvernants voyous. Que tout le monde le sache définitivement: cette affaire est classée et les seuls responsables, ce sont les autorités maliennes.

Elles n’ont ni les arguments encore moins les moyens pour faire quoi que ce soit dans cette affaire. Non seulement le Mali ne sera pas remboursé d’un kopeck et, chose encore plus grave, les hélicos sont dans un tel état qu’ils ne peuvent plus subir aucune autre maintenance. L’information provient d’un militaire (ayant naturellement exigé l’anonymat) qui connaît bien les appareils pour les avoir pratiqués en son temps.

«C’est de la ferraille que nous avons achetée. Le Colonel Bamba l’avait dit en son temps. Il s’en est ouvert discrètement à certains de ses chefs qui ont exigé de lui le silence. C’est ce qui explique sa sortie, il y’a de cela quelques mois, sur un site international», nous a révélé le soldat avant de poursuivre qu’ils ont essayé de «tromper les apparences» pendant un certain temps, en faisant faire aux hélicos incriminés quelques sessions de maintenance.

«Les Super Puma ont subi quelques sessions de maintenance, contrairement à ce qui se dit ; seulement, après chaque opération, on réalisait que les avions s’approchaient de l’état de ferraille et qu’ils «mourraient». Aujourd’hui, dit-il, ce n’est «plus une question d’opportunité ou de faute de maintenance, il s’agit d’avions incapables d’être remis en état de marche.»

Que chacun s’en souvienne, avant le scandale des hélicos cloués au sol, il y a eu (il existe toujours d’ailleurs) l’affaire des six super Tucano, mystérieusement ramenés à quatre, achetés au Brésil par le Mali. Une affaire qui, elle aussi, refait, chaque jour, un peu plus, surface avec son lot de révélations.

Au Mali, les scandales relatifs à l’achat d’équipements militaires se suivent et se ressemblent. Ils ont pour dénominateur commun le détournement de milliards de nos francs au détriment des pauvres soldats qui tombent comme des mouches, tous les jours, au front dans l’indifférence totale de nos dirigeants sans foi, ni loi.

À commencer par le président de la République, soi-même. Un grand irresponsable, devant l’Eternel, pour ce qui concerne son comportement vis-à-vis de la gestion de la crise malienne et de la souffrance de ses concitoyens. Dans notre pays, donc, et ce, depuis l’accession d’Ibrahim Boubacar Kéïta au pouvoir, un scandale en cache toujours un autre.

L’actualité est désormais focalisée sur l’achat (à coup de milliards) des hélicoptères pourris, cloués au sol, et l’on a tendance à reléguer au second plan les autres grandes arnaques relatives à la formation des pilotes et à l’achat des super-Tucano.

Nous allons nous intéresser à la seconde qui a consisté à ramener, comme par magie, de six à deux, les Tucano achetés et ce, au vu et au su de tout le monde. Au départ, on avait annoncé en grande pompe l’acquisition de six Tucano à l’issue d’un salon du Bourget auquel le Mali avait participé en tant que simple visiteur et «acheteur».

Ces acquisitions avaient été accueillies par l’ensemble des populations maliennes avec tellement de joie et de fierté. Joie et fierté de courte durée ayant fait place, rapidement, à la déception et à la désolation. On venait de découvrir que certains venaient de jouer avec les deniers publics, que les avions étaient de très mauvaise qualité et que le discours du président n’était que du vent ; qu’il s’était, encore une fois, prononcé sur un dossier qu’il ne maîtrisait pas du tout.

Quelques heures seulement après la réception officielle des appareils, le cabinet du chef d’état-major de l’armée de l’air venait de découvrir l’arnaque : les quatre aéronefs sont en réalité «dépourvus d’appareils de visée et d’éjecteurs de pilote en cas de sinistre».

Qu’est-ce qui s’est passé ? La raison, apparemment, est toute simple. Le Mali a commandé ces aéronefs au Brésil qui a, à son tour, dû se procurer la licence de fabrication des appareils auprès des États-Unis. Problème : après avoir pris connaissance du client final de cette commande – le Mali – les États-Unis se seraient tournés vers la France qui aurait conseillé aux Américains de ne pas fournir la licence des appareils de visée, qui sont indispensables pour permettre aux pilotes de faire des tirs de précision. Résultat : les avions réceptionnés par le président malien sont inutilisables. Et lui n’en savait, encore une fois, rien !

L’information a été révélée, selon nos sources, par l’ex-chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Bamba (aujourd’hui voué aux gémonies), lors d’une réunion qui s’est tenue au lendemain de la réception des 4 appareils. Dès lors, celle-ci aurait été classée «secret défense» sur ordre du ministre de la Défense, afin de ne pas fragiliser le moral des troupes et surtout pour ne pas entacher la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta à la prochaine présidentielle, avec un nouveau scandale.

À suivre

Nouvelle Libération

Encadré

Deux ministres se font près de 5 millions de dollars de commission

Les Maliens ont commandé 6 avions, ils n’ont finalement réceptionné «que» quatre. Où sont donc passés les deux autres ? Que sont-ils devenus ? À cette question, le président a donné, on s’en souvient, une réponse laconique en juillet 2018. Il a expliqué, sans convaincre, en langue nationale bamanan, que c’est à cause «des difficultés de livraison des six que nous nous sommes contentés, pour un départ, compte tenu de l’urgence, de faire venir quatre avions. Il n’en était rien ! Quel gros mensonge ! En réalité, il y avait d’autres difficultés et mauvaises pratiques que l’on découvre tous les jours. Parmi elles, la faramineuse commission de près de 5 millions de dollars que se sont tapés deux ministres à l’époque. L’un était chargé de surveiller l’opération d’achat des hélicoptères, et l’autre était incontournable pour le décaissement des fonds.

M.K

Mohamed Ag Aliou

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