Mali : la chambre des pères fondateurs

De la célèbre citation d’Amadou Hampâté Ba, « en Afrique, quand un vieillard meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle ! », certains ont vite déduit que la société africaine, surtout malienne, était une société gérontocratique et phallocratique. À l’analyse, une déduction ne peut – être qu’un raccourci facile. Avant la contamination par les systèmes des pensées venues d’ailleurs, c’était tout autre.

Au village ou dans la tribu, toute décision importante était soumise à l’assemblée, laquelle comportait plusieurs vestibules. Les vestibules sont les équivalents des chambres aujourd’hui. Il y en avait  pour les grands-pères, les pères, les fils et enfin les petits-fils.

Leurs membres se réunissaient dans le vestibule du chef de village, lequel leur soumettait le sujet à débattre. Il donnait la parole à son adjoint. Celui-ci, à son tour, la donnait  au sien. Cela jusqu’à ce qu’arrive le tour du cadet des grands-pères.

La même règle était strictement appliquée dans les autres assemblées. Et, cela peut surprendre, mais dans le vestibule des grands-pères, on pouvait rencontrer des adultes de 30 ans. Et dans ceux des fils et petit-fils, des hommes de 60 ans.

Cette situation s’expliquait par l’organisation complexe de la société. Par exemple, le plus jeune fils du grand-père, de ses frères et de ses cousins, était considéré comme un père. Ce dernier, s’il n’avait pas d’aîné, pouvait dans la famille siéger dans la chambre des pères…

Arrivé au cadet, c’est ce dernier qui, le premier, donnait son avis sur le sujet. Son avis remontait ensuite jusqu’au chef, accompagné de ceux des autres et de leurs commentaires. Le chef ne tranchait toujours pas. Il renvoyait le sujet, accompagné des avis des grands-pères, dans le vestibule des pères. Les pères, suivant la même procédure, les faisaient parvenir aux petits-fils. Parmi lesquels, comme souligné plus haut, il pouvait y avoir des quadragénaires.

La décision que le chef de village était appelé à prendre était ainsi la synthèse de tous les autres avis. Elle pouvait être différente de la sienne propre, mais s’imposait à lui. Il la communiquait à voix basse, tout en prenant soin de se faire entendre des membres de l’assemblée.

C’était au griot, porte-parole et modérateur des propos du chef – ce dernier pouvait faire des erreurs ou, sur un coup de colère, dire le contraire de la décision collective – de rapporter à voix haute les paroles du chef. S’il lui arrivait de se tromper, alors le chef élevait la voix pour préciser ses propos.

Et les femmes alors ? Où était leur place ? Eh bien, comme dans toutes les sociétés de l’époque, elles étaient présentes dans le fameux « la nuit porte conseil ! ». Cependant, contrairement à une idée bien établie, la femme n’était pas interdite d’initiation. Celles qui avaient dépassé l’âge de la procréation, aux mêmes niveaux, voire souvent plus, que des hommes du même âge. La raison de cette discrimination résidait dans la violence, les guerres, où les hommes étaient tués ou vendus. Tandis que les jeunes femmes étaient capturées et obligées d’épouser les vainqueurs. Les anciens pensaient, à tort ou à raison, que chaque fois qu’une femme donne la vie, même dans les pires conditions, et sans aucun espoir de revoir les siens, elle refait son monde. Elle donne tout son cœur à son enfant, mais aussi toutes ses connaissances.

Et ainsi, doublement armé par les connaissances de sa mère et de son violeur de père, le même enfant pouvait revenir à l’assaut du village d’origine de sa mère. Sa charge, alors, devenait imparable.

Ousmane Diarra, Écrivain

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