L’Afrique : quand le coronavirus s’invite dans le débat politique

Avec désormais 30 pays touchés par la pandémie sur 54, l’Afrique est en guerre contre le coronavirus. « De nombreux Etats sur le continent, se lançant dans la dynamique mondiale du confinement, ont annoncé, rapporte le Pays au Burkina, une batterie de mesures préventives, avec pour dénominateur commun l’interdiction des rassemblements des populations.

Alors que les gens s’inquiètent de l’impact de ces mesures sur leur quotidien, dans certains pays africains, les dirigeants qui faisaient face à des mouvements de contestation se frottent les mains, relève encore le quotidien ouagalais. Le COVID-19 sert d’alibi pour casser la dynamique de la fronde sociale. C’est le cas en Guinée, pointe Le Pays, où le président Alpha Condé, prenant prétexte de la pandémie, a ajourné hier la visite de ses pairs africains qui s’étaient fixés pour mission de le ramener à la raison dans son projet de modification constitutionnelle pour s’accrocher au pouvoir. »

Polémique…

La Guinée ne compte pour l’instant qu’un seul cas de personne atteinte par le COVID-19 : c’est un prétexte suffisant pour annuler donc la missions des chefs d’Etat de la région, mais pas pour annuler dimanche les élections législatives et le vote sur la nouvelle constitution.

Du coup, déjà reporté à deux reprises, ce double scrutin devrait avoir lieu. Et la polémique se poursuit en Guinée. « Il y a de grands risques pour la quiétude sociale à l’occasion de ce vote, contesté par une frange de la société civile et de la classe politique de l’opposition, déplore le site d’information GuinéeNews, qui note que Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition, a lancé un appel aux forces de défense et de sécurité. Pour lui, l’armée « ne peut pas être complice du clan qui, dit-il, « a confisqué » la liberté du peuple, et affirme que ce n’est pas en soutenant « des dictateurs » qu’elle va rester républicaine. »

Pour sa part, le camp présidentiel s’accroche à ces élections : « la date du 22 mars, on doit la tenir mordicus. Notre pays ne peut plus continuer sans Assemblée nationale crédible, il faut qu’on renouvelle les députés », affirme un candidat du parti au pouvoir cité par MediaGuinée.

Urgence…

« Qu’est-ce qui urge tant pour justifier pareille obstination ? », s’interroge pour sa part L’Observateur Paalga à Ouagadougou. « Le principal objectif de la modification constitutionnelle n’est autre que la remise à zéro du compteur présidentiel déjà au taquet, c’est-à-dire au deuxième et dernier mandat, rappelle le journal. Et s’il y parvient, Alpha Condé doit convoquer les Guinéens aux urnes le 21 avril au plus tard pour respecter les Chartes de la CEDEAO et de l’UA qui interdisent toute modification des textes électoraux six mois avant le scrutin. » Car, rappelons-le, la présidentielle en Guinée est prévue en octobre prochain…

Inquiétudes…

Au délà des luttes de pouvoirs et des tambouilles politiques, l’inquiétude monte sur le continent face à la propagation du coronavirus… Le Nouvel Observateur à Kinshasa exprime tout son désarroi : « même si les pays africains multiplient les barricades et prennent des mesures parfois draconiennes, force est de constater que l’étau se resserre sur le continent. Et compte tenu de l’état catastrophique de systèmes de santé en Afrique et de la fragilité et de la modicité des soins de santé, le continent risque de subir de plein fouet les effets dévastateur de cet ouragan sanitaire qu’est le Covid-19. »

Et Le Nouvel Observateur d’affirmer que « le coronavirus mettra (peut-être) fin à l’arrogance et à l’orgueil de l’humanité ».

Enfin, L’Indépendant à Bamako élargit lui aussi le débat : « alors que l’humanité est aujourd’hui confrontée à ce terrible destin, la pandémie de Covid-19 nous interpelle à deux nécessités, affirme le quotidien bamakois : rendre la mondialisation davantage humaine et salubre et opérer des investissements volontaristes dans la recherche médicale. Avec le terrorisme, les maladies à virus pourraient être l’autre cauchemar du siècle. Saisissant paradoxe d’une époque, soupire L’Indépendant, qui a pourtant tout à gagner à cultiver les valeurs positives, en mettant le progrès véritablement au service de l’Homme. Les vérités du Coronavirus sont toutes simples. Il nous reste à les interpréter correctement. »

Rfi

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