Le franc CFA: la réforme, c’est maintenant?

Le franc CFA, de plus en plus rejeté par les opinions publiques africaines, a vécu. Presque 75 ans après son introduction dans des pays encore sous domination coloniale française, ceux qui l’ont adopté sans le choisir souhaitent le réformer. Le sujet sera abordé ce week-end à Abidjan pendant la visite du président Macron.

L’Élysée se dit ouvert à une réforme, mais considère que c’est aux dirigeants africains de prendre l’initiative. Le président Alassane Ouattara préside l’UEMOA, il a donc la légitimité pour lancer ce chantier qui concerne ses huit pays membres. Les six autres pays utilisateurs du CFA, en Afrique centrale, ont déjà fait savoir en novembre qu’ils voulaient revoir son fonctionnement.

Le nom de la monnaie, le franc, le fait que les billets soient imprimés en France, que les réserves de change soient pour moitié déposées sur un compte au Trésor français, suscitent les critiques les plus virulentes des opposants parce que ce sont les marqueurs de la « servitude monétaire », l’expression consacrée pour dénoncer cet héritage colonial. La monnaie relève de la souveraineté des États, c’est cette souveraineté que la jeunesse africaine est pressée de retrouver.

Modifier ces données suffirait à couper le cordon monétaire ?

Ces options, y compris le transfert des réserves vers les deux Banques centrales africaines qui gèrent le CFA, sont envisageables, mais elles ne changeraient pas fondamentalement le principe fondateur de la monnaie. Le fait que la France garantisse sa convertibilité avec un régime de change fixe entre le franc CFA et l’euro. Les usagers doivent donc décider s’ils renoncent à cette garantie française, et dans ce cas par quoi ils la remplacent. Les partisans d’un régime flottant proposent un panier de monnaies mêlant le dollar, le yuan et l’euro.

Comment pondérer ce panier ? Doit-il prendre en compte les intérêts des pays très dépendants des importations comme c’est le cas en Afrique de l’Ouest ou plutôt ceux des États avec les revenus d’exportation du pétrole ? Quel sera le degré de convergence des politiques budgétaires exigé pour assoir la crédibilité de cette nouvelle monnaie commune ? Toutes ces questions nécessitent des réponses techniques complexes, mais d’abord des choix politiques. Or, le consensus parait encore lointain entre d’un côté des présidents ivoirien et sénégalais favorables à un toilettage et de l’autre un Patrice Talon ou un Idriss Deby prêt à renverser la table.

Sur le plan économique, quel est l’objectif de la réforme ?

Même s’il n’y a pas de consensus parmi les économistes sur les méfaits réels du CFA, il y a avec cette réforme la volonté de redonner des marges de manœuvre aux Banques centrales africaines dans la gestion des flux monétaires en fonction de l’évolution de leur zone économique. On reproche au CFA et à son arrimage à l’euro de brider la compétitivité des économies.

Les Banques centrales africaines, disent les économistes, sont tenues aujourd’hui de veiller à la convertibilité du CFA, alors qu’elles pourraient avoir d’autres objectifs plus en phase avec les besoins des pays de la zone, comme de lutter contre le chômage, sur le modèle de ce que fait la Banque centrale des États-Unis.

Quelle que soit la direction choisie, attention aux mirages promis par la fin du franc CFA. Adopter une nouvelle monnaie est d’abord un processus ardu, comme l’expérimentent encore aujourd’hui les membres de la zone euro, et douloureux, comme les victimes de la crise de la dette en ont fait les frais. Ce serait se mentir que d’en faire la baguette magique pour résoudre les failles des économies africaines.

Rfi

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