Le mépris des autorités maliennes face aux déplacés de Faladié

Camp des déplaces, Bamako, Mali

À Bamako, les déplacés du centre vivent dans des conditions déplorables. Depuis plus de trois mois, ils n’ont reçu  la visite d’aucune autorité gouvernementale. Pire, on leur demande de payer pour rester sur des ordures près du Garbal de Faladié.

Trois enfants, torses nus sous le regard de leur mère Zeinaba, assise sous un pseudo hangar, la main au menton, le regard qui fixe l’horizon. Tel est le décor désolant d’un camp de réfugiés abandonnés à leur triste sort, aucunement souhaité à un humain. Zeinaba et sa famille vivent dans ce  camp érigé par ces déplacés du centre depuis 3 mois. Son mari, handicapé, est assis dans une chaise roulante, le cure-dent à la main. Il ne veut pas nous parler. Pourtant, il nous lance  en langue songhoy : « vous faites toujours des va et vient pour nous poser des questions, mais rien d’autre. Ici, nous avons faim, nous avons soif, nos enfants sont malades, mais ça ne vous concerne pas. En plus, vous voulez profiter de nous pour monter des projets. On ne vous dira rien. Vous voyez vous-même tout ». Après ces paroles, lancées avec hargne,  le mari de Zeinaba détourne son regard. Plus aucun mot ne sortira de sa bouche jusqu’à notre départ.

Une vie précaire

Les déplacés du centre que nous avons rencontrés sont juchés au dessus d’un tas d’immondices. C’est là que chaque soir des centaines de charretiers à ânes viennent déverser leurs chargements d’ordures. Un tas qui, en plus d’être suffoquant, fume. Ce qui présage un incendie, tôt ou tard. « Depuis trois mois que je suis ici, nous avons tout fait pour éteindre ce feu, mais rien à faire », nous confie un jeune peulh. Ici, Peulhs, Songhays, Tamasheks et Dogons cohabitent. « Nous sommes tous les mêmes ici. Nous sentons tous la douleur de la même façon, mais le gouvernement lui ne sait même pas que nous sommes ici », nous fait remarquer Amadou Diallo, visiblement le chef de la petite bourgade. Modeste, il ne veut pas se déclarer comme tel, mais reconnait être allé voir le maire de la commune VI pour des explications. « À notre arrivée, par deux fois des jeunes sont venus se présenter à nous de la part des autorités du quartier. Ils nous demandaient de leur payer pour chaque famille la somme de 3 000 francs pour notre installation, plus 1 000 francs par mois. Alors nous avons effectué un déplacement à la mairie pour discuter avec le maire. Il a mis à notre disposition trois policiers et un agent et nous ne les avons plus revu depuis les premiers jours ».

Une chaîne de solidarité

« C’est Dieu qui nous a fait Maliens et nous en sommes fiers. Dogons, Peulhs, Songhays ou autre, on est tous frères d’abord. Maliens et de notre ethnie après. Mais les autorités qui représentent le Mali ne nous ont pas laissé une bonne impression », se plaint Amadou Cissé. Il reconnait que des aides leur sont parvenues, mais juste celles provenant  de particuliers et d’associations. « Nous avons reçu un don en vivres de Pinal et la somme de 200 000 de Kawral, des associations de Peuls. Yero Poulo Ba, un Peulh du Sénégal, qui a appris ce qui nous arrivait, nous a appuyés en vivres. Le partage fut fait entre tout le monde. Mais rien venant de l’État. C’est triste et c’est désolant. Mais nous sommes Maliens et resterons tels », déplore Amadou Cissé. Silhouette mince, Zeinaba, notre première interlocutrice, nous rejoint pour confirmer ces dires. Pour elle et tous les habitants du site, le plus important est de se trouver un lieu d’habitation décent et d’avoir de quoi manger. Elle se lamente : « nous souhaitons pouvoir manger à notre faim. Regardez ces enfants, ils n’ont pas mangé ce matin et ils sont couchés parce qu’ils ont faim. Nous sommes malades mais nous ne pouvons pas à l’hôpital. Des gens viennent nous voir et nous donnent des médicaments selon ce qu’on leur dit, sans consultation. Souvent c’est bon, souvent c’est mal ».

Une fois de trop on assiste à une mauvaise gestion de la situation des déplacés du centre, après l’épisode de ceux du nord. La situation est catastrophique et frise le mépris et l’irresponsabilité des autorités, qui laissent ces citoyens crouler sous les maladies et la malnutrition. Où sont donc passés le diatiguiya et l’entraide légendaire qui qualifiaient le Malien ?  Si l’on n’y prend garde, les bonnes manières et l’ensemble des valeurs héritées des aïeux risquent de  disparaître, laissant la place à une  profonde désolation pour les futures génération

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