Le nord du Mali doit-il s’appeler officiellement Azawad ?

Des militants indépendantistes du MNLA, à Kidal, dans le nord du Mali le 28 juillet 2013.
© AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

À Bamako, la Conférence d’entente nationale a pris fin dimanche 2 avril. Parmi d’autres, les débats sur la question de l’Azawad ont divisé les participants qui donnent à cette appellation des interprétations bien différentes.

À la clôture de cette conférence, le président de la République Ibrahim Boubacar Keita a annoncé qu’il désignerait prochainement deux comités d’experts et de sage. L’un pour travailler sur la crise que traverse le centre du pays et l’autre pour se pencher sur l’épineuse question de l’ « Azawad ».

L’Azawad est le nom utilisé par les ex-rebelles, essentiellement touaregs, pour designer l’ensemble des régions du nord du Mali. Une

Associations et ONG féminines du Mali (Cafo), participante de la conférence. Qui ajoute, déterminée : « Je ne suis pas d’accord que Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka deviennent l’Azawad ».

Un point de vue largement partagé par une bonne partie des participants de la conférence issus des régions du sud du pays. Mais une partie de la population du nord rejette également l’appellation. « Je pense que si on prend le nom d’Azawad, il y a un risque de voir un conflit inter-ethnique et intercommunautaire se développer, parce que nous, à Gao, nous avons l’impression que c’est un nom qui nous a été imposé par la force », dit Ousmane Maïga, un jeune militant associatif de Gao, ancien supplétif de l’armée malienne.

« Appellation naturelle »

Dans la salle, les discussions au sujet de la reconnaissance de l’Azawad comme zone géographique englobant les cinq régions du nord du Mali ont suscité des débats passionnés. Jeudi dernier, par exemple, en plein travaux de la commission « justice et réconciliation », Saloum Baby, un représentant des réfugiés maliens en Mauritanie prend la parole. «On vous a laissé nommer vos zones comme vous le vouliez. Vous avez le Wassoulou, le Ganagougou, le Djitouma… Pourquoi ne pas nous laisser nommer nous aussi notre zone Azawad ? ». Applaudissements nourris d’une partie de la salle, composée essentiellement de gens du nord.

Peu après, le débat continue dans les couloirs du palais de la culture de Bamako où se tenait la conférence d’entente. « Azawad est l’appellation naturelle de la zone malienne qui se trouve au nord du fleuve Niger et qui se situe entre la Mauritanie et l’Algérie », explique Jidou Ag Almoustapha, un représentant des réfugiés maliens à Mentao, au Burkina Faso. Qui ajoute : « Nos frères du sud ne reconnaissent l’Azawad que comme une petite zone de pâturage, mais je vous prends un petit exemple : Bamako était un petit village ; aujourd’hui, c’est une grande ville étendue sur plusieurs kilomètres… N’est-ce pas la même chose pour l’Azawad ? »

Le lendemain, vendredi, les débats font rage et l’on frôle parfois la bagarre. À l’ouverture de la plénière, deux femmes sont à deux doigts d’en venir aux mains. « Le débat est malheureusement traité par la passion, et là où il y a passion, il n’y a pas raison », lance Aly Ag Mohamed, un participant de la conférence originaire de Tombouctou, qui tente de calmer les esprits. « Aucune loi au Mali ne peut interdire que les régions du nord s’appellent Azawad, , ajoute-t-il. Tout dépend de ce que les ressortissants de ces régions veulent, c’est pour cela que nous avons dit que pour trancher la question, il fallait un débat exclusivement entre les populations du Nord. »

Un consensus sera-t-il trouvé ? La conférence, qui s’est officiellement achevée dimanche, continue en réalité à travers ses comités… Jusqu’à la signature d’une charte pour la paix et la réconciliation, à une date pour l’instant non définie.

Jeune Afrique

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