Les griefs des Maliens contre la France

Les Maliens, qu’ils soient du Nord ou du Sud, ne sont ni anti-français, ni contre Barkhane, encore moins contre l’opération Tacouba ; mais contre la politique française au Mali. Trois griefs expliquent leur colère contre la France.

« En 2013, l’opération Serval a constitué un péché originel, qui ne nous a, toujours, pas été pardonné par les Maliens. En appuyant les séparatistes du MNLA, et en libérant la ville de Kidal, donnée ensuite à ces séparatistes, l’intervention française a empêché l’armée malienne de libérer la totalité du territoire national », indique Nicolas Normand, ex-ambassadeur de France au Mali. C’était dans une interview, accordée la semaine dernière, à notre confrère russe, Sputnik France.

La création et le financement du MNLA par la France

Le premier grief des Maliens contre la France est d’avoir créée, armé et financé le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), qui a lancé l’assaut contre les régions de Kidal, Gao et Tombouctou.
Pour éliminer le colonel Kadhafi, la France s’est vu contrainte de signer un pacte avec la « Légion Islamique » du Guide libyen.
Composés de toureg, originaires du Mali, les combattants de cette légion se disent prêts à mourir pour le Guide libyen. Convaincus, qu’ils étaient qu’après sa mort, ils ne seront plus acceptés par les Libyens.

Alors, pour les convaincre de lâcher Kadhafi, la France leur propose un deal : lâcher Kadhafi contre la création d’un « Etat indépendant » qu’ils seront amenés à diriger, au Nord du Mali. La suite, on la connaît.
Armés et financés par la France, les combattants de l’ex-Légion islamique lancent l’assaut contre les garnisons maliennes du Nord. C’était le 10 janvier 2012. Coup sur coup, ils occupent les régions de Kidal, Tombouctou et Gao. Avec, parfois, le soutien des Groupes terroristes, notamment, Ansardine, le MJAO et Aqmi.

Mais le 21 juin 2012, coup de théâtre : le MNLA est chassé de Kidal,Tombouctou et Gao par ses alliés. Notamment, le MUJAO, une dissidence d’Aqmi, et Ansardine d’Iyad Ag Ghali.
Il a fallu attendre la reconquête des trois régions du Nord, en janvier 2013, par l’opération Serval appuyée par les troupes maliennes, pour entendre parler du MNLA.

En effet, après avoir reconquis, côte à côte, les régions de Tombouctou et Gao, aux mains des Groupes terroristes, les troupes maliennes se sont vues interdire l’entrée à Kidal par l’armée française. Laquelle lui intime l’ordre de regagner Gao. Sans autre explication.

L’opération Serval en profite pour ramener dans ses bagages les leaders du MNLA dans ses bagages à Kidal ; mais aussi, ses combattants, jusque-là, confinés à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso.
Dès le lendemain, second coup de théâtre : le MNLA annonce, sur les antennes de RFI, qu’il a repris Kidal aux Groupes islamistes. Stupéfaction au sein de la population, qui crie à la trahison de la France.
De sources concordantes, trois généraux français et des communicants sont mis, par l’Elysée, à la disposition du MNLA.

Depuis, l’Etat malien ne peut accéder à sa huitième région, transformée en une « enclave française » aux mains d’une poignée de séparatistes touareg.
« La ville est devenue, de facto, une enclave indépendante, qui reste sans doute sous l’influence de l’ancien homme fort de la rébellion touareg à Kidal, Iyad Ag Ghali. Car, beaucoup pensent que le HCUA (Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad) n’est que la façade politique d’Ansardine », poursuit Nicolas Normand.

Pour le président nigérien, Mahamadou Issoufou, le statut actuel de Kidal est une menace pour le Niger et l’ensemble des pays de la région. « Le statut de Kidal, au Mali, nous pose un problème. Kidal est un sanctuaire pour les terroristes et ceux qui nous attaquent s’y replient souvent. Kidal est une menace pour le Niger et il faut, impérativement, que l’Etat malien y reprenne ses droits », a-t-il indiqué dans une déclaration, relayée par les médias internationaux.

Six ans après la reconquête des régions de Tombouctou et Gao, par les troupes malienne et française, Kidal reste aux mains d’une poignée de séparatistes à la solde de la France : la CMA. Chose jugée inacceptable par les Maliens, qui se disent « trahis » par la France. Dont la volonté, jusque-là inavouée, disent-ils, est de transformer Kidal en une « enclave française ». Afin de faire main basse sur ses ressources naturelles.

L’Accord d’Alger : octroyer aux séparatistes touaregs « l’indépendance » qu’ils n’ont pu obtenir par les armes

Ensuite, vient la pression exercée, par la France, sur les autorités maliennes pour signer l’Accord d’Alger.
Rédigé sous la dictée des officiels français, présents dans les couloirs des pourparlers, à Alger, l’Accord pour la paix et la Réconciliation Nationale, issu du processus d’Alger, accorde l’autonomie, voire l’indépendance à Kidal. Même si, ces deux mots ont été, soigneusement, évités par ses rédacteurs pour endormir les autorités maliennes. Qui n’y ont vu que du feu.
A défaut d’obtenir l’indépendance, réclamée par les armes par la rébellion touareg, la France tente – à travers cet « Accord » d’obtenir cette même indépendance de Kidal sur papier.
Pire, l’Accord pour la paix et la Réconciliation nationale n’a fait, à ce jour, l’objet d’aucune consultation nationale.
Aujourd’hui, tous les Maliens – ceux du Nord comme du Sud s’accordent sur une chose : cet accord porte en lui les germes de la partition du Mali. D’où l’impasse dans sa mise en œuvre.

L’embargo sur les armes, décrété par la France, contre l’Etat malien

Le troisième grief des Maliens contre la France s’explique par l’embargo décrété, par celle-ci, pour empêcher l’Etat malien de se doter de matériels militaires adéquats pour recouvrer son intégrité territoriale, y compris sa présence à Kidal.

Selon nos informations, c’est sur instruction de la France que les avions achetés, par le Mali au Brésil, ont été livrés sans leurs armes.
L’achat des « avions cloués au sol » s’inscrit dans cette optique : « Il faut tout faire pour empêcher l’Etat malien de se doter d’armes capables de lutter contre les terroristes et de recouvrer son intégrité territoriale ».

Mais, de l’autre côté, la France laisse agir les terroristes pour faire pression sur les autorités maliennes, afin qu’elles se dépêchent de mettre en œuvre l’Accord d’Alger. Lequel prône l’autonomie de Kidal.
Mais côté français, l’on tente d’expliquer la colère des Maliens par l’incapacité de la force Barkhane à lutter, efficacement, contre les Groupes terroristes.

« Vous avez tout faux ! », Répondent en chœur les Maliens en phase avec Salif Keïta qui revient à la charge en ces termes : « C’est la France qui est derrière tout ce qui se passe au Mali ».
Agacés par le « jeu trouble » de la France dans leur pays, les Maliens multiplient les marches de protestations. Avec des pancartes hostiles à la France. Et, par ricochet, à toutes les forces étrangères.
Pour certains leaders de la société civile, le Mali doit emboiter le pas au Rwanda : couper les ponts avec la France et remplacer le français par l’anglais. Immédiatement.

« Contrairement aux autorités maliennes, qui font croire à la France que tout va bien, l’opinion nationale ne veut plus entendre parler de la France, ni de Barkhane, encore moins d’opération Tacouba. Pour nous, Maliens, la France est intervenue au Mali pour aider les séparatistes touareg à obtenir l’autonomie, afin de faire main basse sur les ressources naturelles dont regorge le sous-sol kidalois », martèle un manifestant, rencontré à la marche de vendredi dernier. Avec, à la main, une pancarte sur laquelle on peut lire : « France, dehors ! ».
Oumar Babi

Canarddechaine.com

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