Macron – IBK : Le grand duel de la présence des soldats Français au Mali

C’était il y n’y a pas si longtemps. Entre 2012 et 2013, le Mali, touché dans sa chair, bénéficiait de la solidarité internationale Française.

« Vive la France » disait-on, et le président François Hollande se rendait dans les villes du Nord du Mali avec le président de la transition malienne, main dans la main et très émus. Un peu plus tard, même consensus, lorsque les forces spéciales françaises  ont mis fin aux exactions des groupes terroristes dans les grandes villes du Mali. Mais aujourd’hui, les perspectives d’une guerre longue  avec des résultats incertains contre le terrorisme et la situation de la ville de Kidal ont changé la donne et les peuples du sahel ne suivent plus forcément Paris. Surtout le peuple malien.

Tout a vraiment commencé, le 28 novembre 2013, des centaines de Maliens défilaient dans la capitale Malienne après le refus de l’opération serval de laisser les militaires maliens prendre possession de la ville de Kidal comme ce fût le cas dans les autres villes du pays.

“À bas la France, à bas la politique française”, “nous voulons que François Hollande libère Kidal”, clamaient des manifestations dans les rues de Bamako. La veille, une autre marche, sur le même thème, avait eu lieu dans les  mêmes rues de Bamako. Le message lors de ces deux manifestations était clair : la France doit quitter le pays et surtout changer sa politique à Kidal.

Et depuis quelques mois, le peuple Burkinabè  a emboîté  le pas, multipliant les manifestations pour le départ des forces françaises.

Si au Mali personne ne remet en doute l’intervention française. De nombreux jeunes remercient d’ailleurs volontiers les forces armées pour leur aide, mais  disent qu’”il est temps”, de laisser les sahéliens décider de leur politique.

C’est dans ce contexte que le président Emmanuel Macron qui apparemment, presque tout oppose à son prédécesseur François Hollande a convoqué les chefs d’Etat des 5 pays concernés par l’opération Barkhane  pour “clarifier les positions” au cours d’une rencontre qui se tiendra à Pau en France.

Pour le président Emmanuel Macron, la continuité de la politique mise en place par son prédécesseur semble être la seule solution possible en dépit du bon sens.

Officiellement pour éliminer des terroristes qui “menacent le monde moderne  avec une idéologie inacceptable et une violence extrême”. Il continue à mettre en application la théorie de l’élimination de “l’axe du mal”, qui implique un isolement exclusivement des extrémistes  tout en épargnant leurs complices indépendantistes.

D’une façon plus sous-jacente, sa stratégie permettrait à la France de redessiner une carte géopolitique du Mali plus favorable à ses vues et à ses intérêts. Une façon, aussi, de garder une influence sur le pouvoir central de Bamako.

 Pour Emmanuel Macron, la présence française dans le sahel lui permet de donner un nouveau poids à la diplomatie française.  Il ambitionne pour Paris un statut de leadership sahélien. Un rêve très gaullien…

 En 2013, le Président Ibrahim Boubacar Kéita avait déclaré sur France24  qu’ “Il n’y aura pas d’autonomie, pas d’indépendance (du Nord-Mali, NDLR), je suis clair là-dessus”. Le président malien avait encouragé le MNLA à “se calmer”, puis il avait affirmé qu’il n’était “pas question que l’on traite le Mali comme un pays sujet”.

 Reste à savoir si cet affrontement Macron – IBK aura lieu et s’il  laissera des traces. S’il relève de la partie de bras de fer ou du match de boxe. Dans le premier cas, cela ne laisse, en général, pas de séquelle. Dans le second, il est toujours à craindre, au minimum, des hématomes.

 Leurs alliés

Emmanuel Macron

L’Europe, Des chefs d’Etat de la CEDEAO tout comme son opinion publique.

Ibrahim Boubacar Keita

Les autres chefs d’Etat des pays du sahel qui vont s’associer pour éviter un isolement, la Russie (dont certains contours restent fluctuants) , la Chine,  une partie de son opinion publique. On peut y ajouter la plupart des pays d’Afrique (sauf ceux de la CEDEAO) que Poutine  avait rassemblée autour de lui lors du sommet Russie-Afrique.

Leurs forces

La comparaison est bien sûr difficile, stricto sensu, avec la France de Macron. Au niveau de la puissance économique,  la France est la cinquième dans le monde. Au chapitre militaire, malgré le budget en baisse de l’armée Française, elle a démontré une certaine capacité au Mali dans le cadre de la libération des régions du nord en 2013. La voie est donc étroite pour IBK.  Militairement, il dispose de forces qui ne sont pas négligeables, mais, qui restent toujours à construire. De plus, même si, dans cette crise les autres pays du G5 sahel seront  à ses côtés, il n’y a pas d’unanimité autour de la stratégie de lutte contre le terrorisme. Aussi, le président Malien devra surtout compter sur la force diplomatique pour trouver  de l’aide extérieure. Il a des atouts en cristallisant les frustrations de nombre de pays, inquiets de l’hégémonie française dans le sahel.

Mais la force la plus concrète de la France est sans conteste son droit de veto au Conseil de sécurité dont elle est l’un des cinq membres permanents, comme la Russie et la Chine. Toutefois, une question se pose: pourra-t-elle ou voudra-t-elle en user ?

Superpuissance également sur le plan diplomatique. Un « Mammouth » économique, bien que fragilisé, la France de Macron  peut également peser de tout son poids pour attirer dans son camp des pays «tièdes», mais stratégiquement importants.

Les risques qu’ils prennent

1/Militaires
– Sur ce strict plan, Macron n’a pas grand souci à se faire. La supériorité Française est écrasante. L’armée malienne est en construction.

2/Économiques
-La France  est moins dépendante du Mali. Son problème serait d’être écarté des grands contrats de « reconstruction » du nord du Mali et d’être « punie » en perdant certains marchés cadenassés depuis des décennies au Mali.

3/Terroristes
-Sur ce plan, Macron prend un gros risque. Non seulement sur son sol,  ou encore, plus sûrement, à l’étranger où ses ressortissants pourraient être visés.
-Pour le Mali, une éventualité d’un califat

4/Diplomatiques
-La France  peut creuser un fossé  entre elle et de nombreux pays de la planète, lassés de l’hyperpuissance Française dans le sahel. Et surtout, provoquer une grave crise avec les Nations Unies.
-Le Mali peut se retrouver marginalisé dans un monde à deux vitesses.

5/Politiques
-L’ensemble de la classe politique Française soutient traditionnellement le Président Macron dans la guerre contre le terrorisme au Sahel. Des voix discordantes, toutefois, dans le camp de la France insoumise. L’opinion publique approuve toujours la position affichée par le président de la république, malgré un léger fléchissement ces derniers jours. Mais une guerre fait des morts et les Français pourraient sanctionner Macron, si cela se passe mal.

IBK n’a pas ce problème. C’est son dernier mandat. Par contre, une partie de la classe politique Malienne, s’interroge depuis quelques jours sur sa position et jusqu’où (ou jusqu’à quand) il pourra la tenir.

diarrah.org

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