Mali : 26 mars 1991 / 26 mars 2019, regards croisés de deux générations de Maliens

Cette date symbolique pour l’ensemble de la nation malienne est cependant le triste souvenir d’un passé douloureux, un combat pour la démocratie. Une démocratie perçue différemment selon différentes générations de la société. Les idéaux du 26 mars ont-ils été pervertis ? Née d’un désir de changement, de liberté, la marche pour la démocratie est entachée du sang des martyrs, tombés pour un idéal que certains estiment perverti par une certaine élite de la classe politique.

«Un désir de changement mort-né, la quête d’une justice sociale récupérée par une certaine élite à son seul profit, voici ce que signifie cette date pour beaucoup de nos aînés ». Bien que cette date symbolise la fin d’un régime totalitaire qui aura duré 23 ans, pour certains citoyens, tel le bloggeur Issoufi Dicko, le combat a perdu tout son sens. « Rien que pour cette symbolique, le 26 mars doit être marqué d’une pierre blanche. C’est grâce à la démocratie que beaucoup de libertés individuelles et collectives sont reconnues et garanties. En plus, beaucoup d’indicateurs du développement ont connu un bond spectaculaire depuis 1991 ». Pour lui, s’il faut reconnaitre à juste raison que les acteurs de la démocratie malienne ne sont pas parvenus à combler les attentes du peuple, il n’en demeure pas moins que l’avènement de la démocratie aura permis d’instaurer la liberté d’expression au Mali.

Mohamed Maïga, qui se considère comme l’un des acteurs du 26 mars, pour sa part estime que la commémoration de la date devrait être retirée du calendrier et ne plus figurer parmi la liste des jours fériés au Mali. « Cette date n’a plus de sens à mon avis, car elle trahit la mémoire de nos martyrs. Les idéaux de la révolution ont été violés, les martyrs ont perdu leur vie pour presque rien », s’offusque l’ingénieur des sciences appliquées. À ses dires, la quintessence de la journée a été dénaturée de façon machiavélique par l’élite politique et l’oligarchie financière.

 Quel regard portent les jeunes nés après le 26 mars 1991 ?

Pour la plupart de la jeune génération, la révolution née suite aux manifestions de la lutte pour la démocratie est plutôt à saluer. Ils sont nombreux à se sentir chanceux de n’avoir pas connu cette chaude époque de la dictature. « Je reste admiratif devant les acteurs de la démocratie, ceux sont eux qui ont donné leur vie pour l’instauration de la démocratie dans notre pays. J’ai un devoir de reconnaissance éternel envers eux », affirme Aliou Amadou Diallo, étudiant en gestion des ressources humaines. « Pour le respect de la mémoire des morts, on est obligé de préserver leurs idéaux démocratiques. J’ai hérité de cette démocratie et je dois me battre pour en faire profiter la génération suivante », déclare Aliou. Avant d’ajouter qu’un probable retour à un régime dictatorial serait catastrophique pour lui et ses pairs, qui n’ont aucunement connu ce genre de gouvernance.

Ousmane, étudiant en philosophie, niveau master professionnel à École Normale Supérieure de Bamako (ENSUp), considère la date du 26 mars 1991 comme l’aboutissement d’une révolution sociopolitique qui devait ouvrir la voie vers la démocratie et surtout le développement. Un modèle qu’Ousmane trouve dénaturé.  « L’échec de construction de ceux qui ont effectué cette révolution fait que malheureusement le 26 mars fut le début d’une autre phase du calvaire que nous vivons depuis 1968, qui marque la fin du régime socialiste de Modibo Keita », ajoute-t-il.

Ce n’est pas de l’avis de Aissata Bocoum, Présidente du Conseil consultatif des enfants et jeunes du Mali et étudiante en Master 2 relations internationales et diplomatie. Pour elle, « la révolution a porté ses fruits, parce que nous vivons dans un État démocratique depuis. Cependant, il y a des limites, parce que le concept de démocratie n’est pas bien compris par la population ».

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