Mali : 5 jours de grève sous la transition, à quoi veut jouer l’UNTM ?

Si la grève de 120 heures, du 14 au 18 décembre 2020 inclus, déclenchée par la plus puissante centrale syndicale du Mali, à savoir l’UNTM, est largement suivie par les travailleurs, il faut dire sincèrement que les syndiqués, dans leur majorité écrasante, sont contraints de ‘’faire contre mauvaise fortune bon cœur’’.

C’est tout simplement dire que la plupart des agents et fonctionnaires de l’Etat qui observent cette grève ne sont pas convaincus de l’opportunité de cet arrêt de travail, surtout que le pays se trouve en ce moment-ci à une période charnière de son existence. De l’avis général des maliens, tant au niveau des salariés de l’Etat qu’à celui des opérateurs économiques toutes tendances confondues, en passant par les artisans, la classe politique et autres organisations de la société civile, on en déduit que cette grève a été plutôt imposée au peuple par les hauts dirigeants de l’UNTM qui au demeurant, n’ont absolument rien à perdre même si l’arrêt de travail s’étendait sur toute l’année. 

Ce sont des dirigeants qui vivent dans l’opulence en ignorant totalement la réalité de la société malienne qui fait que le citoyen ‘’lambda ” vit au jour le jour à la quête de la pitance. S’agissant de l’exercice syndical sous nos cieux et notamment en ce qui concerne l’UNTM, la conviction profonde des comités qui la composent est que cette centrale syndicale ne mouille le maillot que lorsque ses dirigeants voient leur propre intérêt au bout du tunnel.

En de telles occasions, ceux-ci n’épargnent aucun effort pour obtenir que les choses se passent selon leurs desideratas. Et cela quitte aux préjudices de la Nation. Sinon comment comprendre qu’en cette période de transition, où tous les clignotants sont au rouge, qu’une centrale syndicale de l’envergure de l’UNTM se permette de déclencher une grève qui s’étendra sur cinq jours. Nul n’ignore les conséquences fâcheuses, à la limite désastreuse, que pourrait avoir cet arrêt de travail non seulement dans le domaine économique et financier du pays mais aussi dans le domaine de la santé publique. Le plus incongru est le fait que l’UNTM ait sciemment choisi cette période transitoire pour déclencher sa grève qui s’apparente à un véritable coup de semonce porté au peuple malien tout entier.

C’est à juste raison que les citoyens maliens se demandent ‘’à quoi voudrait jouer l’UNTM en déclenchant une grève générale en cette période charnière de la transition ? Bien sûr qu’en réponse à ce questionnement les supputations vont bon train et très nombreux sont les Maliens qui se convainquent, mordicus, que Yacouba Katilé et ses camarades sont dans une posture de mener le combat des hommes politiques reconnus, désormais, être des contempteurs de la junte qui tient les rênes du pays. Il est vrai que pour défendre sa structure, Yacouba Katilé ne se lasse pas de nier toute connivence entre l’UNTM et la classe politique. Mais pour autant il ne convainc pas les plus crédules dans la mesure où, à l’entendement de la très grande majorité des Maliens, cette grève de l’UNTM a plutôt pour objet de porter un coup dur à la transition. Voire la faire capoter. Pour raison de cette espèce de ressentiment des dirigeants de l’UNTM à l’endroit des actuels tenants du pouvoir, le fait que ces derniers aient osé écarter la classe politique de la gestion de la transition. Les doléances formulées et présentées par l’UNTM ne sont en réalité que des ‘’faire-valoir ” pour tenter de légitimer leur démarche.

Sinon, tant les responsables syndicaux que les masses populaires, tous, savent pertinemment que les autorités de la transition ne sont nullement nanties pour satisfaire aux doléances de l’UNTM. Et d’ailleurs la sagesse a prévalu à l’endroit de certains comités syndicaux qui lui sont affiliés et ceux-ci ont vite fait de se désolidariser quant à certains points de revendication.

Et pourtant on se souvient que récemment, soit le 11 novembre 2020, à l’occasion d’un point de presse, le ministre de l’administration territoriale, Lt Col. Abdoulaye Maïga avait expliqué : «le mouvement de grève en cours ne permet point l’exécution des missions assignées à la transition pour lesquelles tout retard compromet le déroulement normal du processus. Certes les revendications des syndicats sont légitimes, mais le gouvernement estime qu’au regard des contraintes financières, il y a lieu de patienter en attendant la conférence sociale en vue, pour l’harmonisation des grilles salariales et des primes et indemnités. En tout état de cause, le gouvernement reste ouvert au dialogue»…

Le Soir De Bamako

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