Mali-Algérie : quand Alger, en tant que chef de file de la médiation internationale, s’oppose à la relecture de l’accord de paix

L’Algérie a rappelé samedi son refus de réviser l’accord de paix et de réconciliation au Mali, également connu sous l’appellation de l’Accord d’Alger, en réponse à la volonté du président Malien Ibrahim Boubacar Keïta de revoir certaines clauses de ce document signé en mai 2015.

“Cet accord constitue le cadre idoine pour résoudre la crise dans le nord du Mali dans le cadre d’une approche inclusive qui allie la concrétisation de la paix et la stabilité, et la relance du développement dans le pays”, a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, à l’issue d’une rencontre avec son homologue malien Tiébilé Dramé, en visite samedi à Alger. C’est la deuxième fois que l’Algérie oppose son refus diplomatique à une révision, même partielle, d’un texte âprement négocié à Alger entre 2013 et 2015, et dont l’application sur le terrain piétine depuis quatre ans.

Lors de la 74e Assemblée générale de l’ONU, à New York, M. Boukadoum a affirmé que cet accord “laborieusement négocié”, reste le “mécanisme approprié”, au lendemain d’un discours du chef de l’État malien qui a proposé de revoir certains articles du texte pour sortir de l’impasse. “Cela fait plus de quatre ans que l’accord de paix au Mali a été signé. En dépit des difficultés qui ont entravé sa pleine mise en œuvre, il demeure le mécanisme approprié qui s’impose aujourd’hui pour la prise en charge d’un règlement pérenne de la crise malienne”, avait déclaré le MAE algérien, lors d’une réunion de haut niveau sur le Mali. “Cet accord ouvre de réelles perspectives pour le développement économique, social et culturel au Mali”, avait-il soutenu, mais la réalité du terrain démontre le contraire, en raison des blocages persistants dans sa mise en œuvre et la persistance d’un climat d’insécurité qui ne cesse de se dégrader.

Le retard pris dans la mise en œuvre de l’Accord d’Alger a favorisé en effet le retour des groupes terroristes dans le nord et le centre du Mali, transformant cette partie du pays en une véritable niche pour renforcer leurs rangs et lancer des attaques jusqu’en Côte d’Ivoire. Cette situation n’a pas manqué de provoquer une atmosphère de confusion, aggravant les conflits communautaires, notamment dans le centre du Mali, où des violences meurtrières opposent les Dogons aux Peuls, faisant des centaines de victimes durant ces deux dernières années.

La présence de la force de maintien de la paix de l’ONU, des forces françaises de l’Opération Barkhane, ainsi que le déploiement des forces conjointes du G5 Sahel n’ont pas réussi à stabiliser une région qui a surtout besoin d’une meilleure prise en charge socioéconomique pour sortir de l’impasse sécuritaire. L’ensemble des acteurs est d’accord pour mener parallèlement la lutte armée et celle du développement économique dans le nord du Mali. Mais de nombreux facteurs, internes et externes, empêchent toutes véritables avancées dans la résolution de la crise.

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