Mali: au Nord, la révision constitutionnelle n’est pas une priorité

Déjà une semaine que le Premier ministre a nommé les membres du Comité d’experts chargés de la révision de la Constitution prévue en 2019. Qu’à cela ne tienne, la démarche est déjà contestée par certains politiciens, surtout ceux du Nord, qui y voient l’imposition d’une stratégie qui ne dit pas son nom.

Après la tempête d’une première tentative sous son premier mandat, le chef de l’État, Ibrahim Boubacar Kéïta, et son gouvernement ont décidé pour la  seconde fois de procéder à une révision de la Constitution de 1992. Même si l’on reconnait la  nécessité de réviser la Loi fondamentale, il n’empêche que l’on peut se demander si le moment choisi est propice, vu le contexte et les priorités du pays. Les échos du Nord et du Centre du pays laissent entendre que le Mali a comme priorités la paix et la sécurité. « Nos axes routiers et nos bases militaires font tous les jours l’objet d’attaques à mains armées. Il sera quasi impossible de se lancer dans une révision dans ces conditions », s’indigne un citoyen. À la question de la sécurité s’ajoute celle du climat politique, le chef de file de l’opposition, Soumaila Cissé, ne reconnaissant toujours pas le pouvoir IBK issu des élections de juillet 2018.

«Au plan politique, chacun se méfie de l’autre»

Au Nord comme au Sud on s’entend sur une chose : la priorité n’est pas à la révision constitutionnelle. Il faut d’abord s’occuper d’autres choses, comme la stabilité du pays, l’apaisement du climat politique et le retour de nos frères réfugiés dans les pays voisins. Hama Abacrine, maire de la commune de Bintagoungou, dans le cercle de Goundam, nous confie : « le gouvernement ne sait pas à quoi s’atteler tellement il y a des priorités, donc il se jette sur la révision afin de s’occuper. On n’a pas besoin d’avoir étudié les sciences politiques à Harvard ou à la Sorbonne pour savoir qu’IBK et son équipe pataugent. Nos routes font tout le temps l’objet d’attaques, nos militaires meurent par suite de mines improvisées. Au plan politique, chacun se méfie de l’autre, alors qu’on doit se donner la main pour relever le Mali à genoux. L’armée n’arrive pas à sécuriser le tronçon Goundam – Tombouctou, long de 80 km, nos frères qui sont dans les camps de réfugiés n’arrivent pas à revenir car les conditions ne sont pas réunies… Voilà les priorités auxquelles le gouvernement doit tout de suite faire face, en plus des grèves incessantes et de la corruption qui gangrène notre administration. Mais non, on nous parle de révision constitutionnelle ».

La Constitution d’un pays doit répondre aux exigences

Préférant garder l’anonymat, une élue du Nord s’inquiète : « j’ai voté pour IBK, je suis même élue RPM, mais cette affaire de révision ne m’enchante point en ce moment. Nous sommes quelques rares personnes à pouvoir profiter de cette révision, mais jusqu’à quand ? S’il le faut, la révision doit arranger tout le monde, mais on sait que l’opposition, même au plus haut niveau, n’y a pas été associée. Mais là n’est pas le problème. Je pense qu’on doit faire en sorte que nos sœurs réfugiées puissent revenir parmi nous, que l’on puisse parler et faire la paix. On a beau être maire, député, Président de la République, ce sont des personnes, des hommes et femmes, que l’on dirige. La révision ne doit pas être notre priorité aujourd’hui, même si c’est une exigence de l’Accord. Entre nous et nos frères signataires on peut se comprendre et prioriser la paix, par exemple, la sécurité, le développement… ».

Il est clair que l’exercice vers lequel veut nous mener le Président  Ibrahim Boubacar Keita est d’une importance capitale. Et pour cause : la Constitution d’un pays doit répondre aux exigences et réalités du moment de ce dernier, mais il est indispensable que l’on réfléchisse aux priorités. Le Mali a plus besoin de paix et de sécurité que de révision constitutionnelle, à en croire les avis recueillis au sein de la classe politique de Tombouctou. La révision constitutionnelle semble plus être une exigence de la  communauté internationale, sous le couvert du document  de l’Accord, et les parties signataires le savent. Mais cela doit-il empêcher l’entente  pour un Mali unifié et en paix ?

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