Mali : « BogoJa », un modèle de réussite de l’architecture africaine

BogoJa, Siby, Mali

Les femmes du Mandé, singulièrement de Siby à quelques kilomètres de Bamako, au Mali, ont un réel talent dans l’art de la  conservation de l’architecture traditionnelle. Une technique qui préserve l’écologie. Lors du festival BogoJa de Siby, ces dames ont une nouvelle fois magnifié leur localité, avec des maisons aux décorations époustouflantes, en utilisant de multiples couleurs obtenues à partir d’éléments typiquement locaux.

BogoJa ou l’image, le reflet, du banco en langue Bamanan, est un festival qui existe depuis 6 ans maintenant et s’intéresse à la décoration des maisons construites en terre (banco) dans le village de Siby. Les décorations des maisons, des clôtures et des greniers du village mettent les femmes en compétition dans les quatre quartiers du village et jouent un grand rôle dans la conservation de l’habitat traditionnel au Mali. Un peu partout dans le monde, des pays ont repris cet exemple. Selon les images exposées lors du festival, en Espagne, au Costa Rica, en Angleterre, au Danemark et dans d’autres pays, on fait la promotion des maisons en banco. Cela contribue, selon les organisateurs de BogoJa, à conserver l’architecture en terre et à sauvegarder la nature.

Des principes écologiques

La lutte écologique est une des grandes priorités dans l’organisation et la célébration des maisons en banco de Siby. Il s’agit pour les organisateurs de pousser les concurrentes à mieux travailler à partir de couleurs issues de la terre. Les femmes l’ont compris et elles sont chaque année plus créatives. Cela aide aussi à rester « naturels », dixit Soumaila Camara, Directeur du festival. Une des règles du concours est que les maisons et leurs alentours soient propres. Les femmes s’attèlent à la tâche pour surprendre les membres du jury. Nathalie Sidibé participe à ce festival depuis deux ans et est stupéfaite du décor qui l’accueille devant les concessions. « C’est hyper beau. Des couleurs qu’on ne connaissait pas du banco et le milieu est tout propre. Ceci donne envie de s’asseoir par terre ».

Si les gens courent derrière le ciment et les maisons en béton ailleurs, à Siby on garde bien son architecture en banco. Pour le chef du village, « le banco est écologiquement meilleur au ciment, qui est chaud et mauvais pour la santé. Le banco est frais et naturel. Si la maison est bien construite, comme dans le temps, il n’y a aucun problème, la pluie ne lui fera rien. Et, avec les décorations de BogoJa, c’est beau ! ». Massira Touré est artiste peintre et elle participe chaque année au festival. « À BogoJa, on utilise surtout le talent dans la créativité. Les dessins des maisons sont faits de couleurs tirées du banco. C’est le génie de l’homme, il n’y a aucune peinture artificielle. Nous ne sommes que terre. Nous venons de la terre et nous retournerons à la terre. Donc, si nous la valorisons, rien de plus normal ».

Si le festival BogoJa est perpétué, il contribuera à la conservation des traditions mais aussi à lutter contre la détérioration de l’écosystème. Cela aidera les gens à mieux vivre et à léguer aux générations futures un environnement sain.

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