Mali : Comité national pour le salut du peuple (CNSP), la démocratie en léopard

Quand la trop grande autorité tue «démocratie n’apparaîtrait qu’en pointillé sur la carte politique du continent même si presque tous les États africains prétendent l’incarner»: Faut-il alors parler de «democrature» voire de «démocratie», pour le fond du tableau ?

«Dans un régime de démocratie pluraliste, les dirigeants politiques sont dans une position non de berger conduisant un troupeau, mais plutôt de conducteurs d’autobus liés à leurs passagers par un contrat (tarif, itinéraire, etc.). Le chauffeur est tenu de conduire le bus suivant l’itinéraire fixé, autrement les passagers ne manqueront pas de réagir. Et si les passagers refusent de payer leur ticket, alors le véhicule risque d’être à court de carburant».

L’autorité de l’État ne réside pas dans sa capacité à mobiliser la police et la gendarmerie et à rétablir l’ordre par la force, mais plutôt dans sa crédibilté, autrement dit dans la confiance et le respect spontané dont il jouit de la part des populations. Cette crédibilité s’obtient par la capacité de l’État à assumer pleinement ses charges, par la respectabilité et l’intégrité de ses agents, leur propre soumission aux lois de la République.

De tout temps et sous tous les cieux, les gouvernants n’adoptent pas d’eux-mêmes, par pure bonté, le comportement souhaité par les gouvernés. Les gouvernants le font sous la pression des gouvernés. Aussi, dans le cas  du Mali, la participation active et responsable de la société civile dans le débat et l’action politiques est plus que nécessaire.

La démocratie malienne a vu le jour dans des conditions particulièrement difficiles. Elle a été conçue dans la douleur: notre pays a enduré le martyre de plus de trente ans de pouvoir totalitaire et d’indifférence face à la misère de la grande majorité de la population.

Aussi, dans l’esprit des Maliens, la démocratie est comparable à un «sésame-ouvre-toi » qui doit leur donner à profusion la liberté avec une main, le pain avec l’autre main. La démocratie malienne a été enfantée dans la douleur: notre pays a connu des insurrections, des pillages, des destructions de biens meubles et immeubles, qui ont occasionné des blessés et des morts.

La violence a constitué l’ultime recours pour renverser une équipe de dirigeants obstinés qui ont lutté avec force du désespoir pour se maintenir au pouvoir. Aussi, la conscience collective des Maliens reconnait-elle des vertus à l’usage de la violence pour peu que la cause défendue soit légitime ou perçue comme telle. Née dans un tel contexte, la démocratie malienne devait nécessairement traverser une période de convulsions politiques et sociales.

Sous tous les cieux, la misère et la violence ne font pas bon ménage avec la démocratie. Quand bien même toute démocratie aurait besoin d’être confrontée à une série d’épreuves pour se revigorer, la persistance et l’exacerbation de celles-ci l’étouffement, et à la longue, la tueraient. Elle a atteint par moments le seuil de l’étouffement. Si nous ne prenons garde, la démocratie risque de sombrer dans une agonie imparable. Nous sommes tous interpellés: gouvernants et gouvernés, citadins et ruraux, dirigeants, militants, et adhérents des partis politiques, leaders et membres des organisations de la société civile ,leaders d’opinion, intellectuels, autorités religieuses et traditionnelles. Nous  devons prendre la démocratie pour ce qu’elle est réellement et non pour ce nous rêvons qu’elle soit.

La démocratie n’est pas une fin en soi; elle est simplement un moyen pour atteindre une fin. La démocratie ne créé pas la prospérité; elle crée simplement un environnement propice aux investissements socio- économiques, donc à la création de richesses. La démocratie n’est pas  un remède contre la pauvreté; elle donne simplement aux pauvres plus de voix pour influer sur le cours des décisions qui affectent leur existence. La démocratie ne prône pas seulement la liberté et la justice; elle prône aussi la responsabilité et la discipline.

La démocratie ne saurait  être assimilable à une absence de lois; car l’absence de lois est synonyme d’anarchie. À tout prendre, la démocratie est loin d’être un système politique parfait; elle est simplement le moins mauvais des systèmes politiques inventés par le génie humain.

La poursuite et la pérennisation de l’expérience démocratique malienne requièrent, d’une part, que l’armature juridique et institutionnelle qui  sous-tend le système démocratique soit  réformée en profondeur pour l’adapter aux réalités socio- économiques du pays; d’autre part, que les Maliens adoptent individuellement et collectivement les comportements qui favorisent l’émergence et l’ancrage d’une culture démocratique.

La réalisation de la première exigence est contrariée par la mentalité d’une certaine classe d’intellectuels qui se satisfait des modèles démocratiques prêts- à-porter et répugne à se consacrer à un effort de recherche, de création et d’innovation.

La réalisation de la deuxième exigence nécessite un travail de longue haleine, car il est connu que le changement de comportement ne se décrète pas. Chaque citoyen doit commencer dès aujourd’hui à apporter journellement sa petite pierre à la construction et au renforcement de cette culture démocratique.

Inter De Bamako

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