Mali : grève des enseignants, quand les autorités scolaires la contournent

Education, Syndicat, Mali,

Malgré la grève des enseignants à travers le pays, à Tombouctou, les autorités scolaires organisent des compositions pour évaluer les enfants, sans ceux qui leur ont dispensé les cours. Les enseignants crient au scandale.

Depuis quelques temps, les syndicats de l’éducation, organisés en coalition, sont en grève. Ils réclament entre autres l’amélioration de leurs conditions de vie et un meilleur accès aux services déconcentrés de l’État. Après moult négociations, gouvernement et enseignants campent sur leurs positions respectives. Leurs représentants se font désormais des attaques frontales. Les enseignants accusent le gouvernement de jouer à « cache-cache » et de ne pas vouloir respecter ses promesses et le gouvernement traite les syndicalistes de personnes de mauvaise volonté qui demandent l’impossible. À chaque fois les négociations bloquent dès qu’elles sont entamées et chacun en tient l’autre pour responsable. Qu’à cela ne tienne! Chaque partie pense que le vent va bientôt tourner en sa faveur, car lorsque l’autre n’aura plus le choix, il va céder.

Diviser pour mieux régner

À Tombouctou, pour couper l’herbe sous les pieds des enseignants, le centre d’animation pédagogique organise des compositions sans eux. On recrute des bonnes volontés, des secrétaires, des stagiaires, pour la surveillance des épreuves. « La politique de l’administration n’est plus d’améliorer le niveau des enfants, mais plutôt de sauver son poste et de sauver l’année, quelles que soient les conséquences. Ils ont reçu la consigne de faire composer les enfants, quelle que soit la manière et quels que soient les moyens », nous confie Alkalifa Ag Ousmane, porte parole de la synergie locale des syndicats signataires du 15 Octobre. Selon lui, la surveillance « était assurée dans certains établissements par le directeur lui-même et des bénévoles ramassés dans la rue ». De son côté, l’administration se défend par le fait qu’il s’agit d’une décision de la hiérarchie qu’il faut exécuter. Abdoulaye Traoré, Directeur du second cycle Bahadou Ben Aboubacar, en parle en ces mots : « je crois que les syndicats se perdent dans des spéculations fortuites, car ils n’ont pas la possibilité d’empêcher l’administration d’organiser des évaluations. Et, d’ailleurs, les CAP ont une banque de données qui leur permet de pouvoir évaluer les enfants convenablement. Les conseillers sont tout le temps dans les classes avec les enseignants ». Il semblerait que le jeu ne donne aucun fruit, car les militants lancent déjà des ultimatums à leurs représentants aux négociations. Depuis Goundam, Mahamane Cissé s’adresse à son secrétaire général : « gare à vous si vous signez quoi que ce soit avec les familles fondatrices, car cela en serait fini des négociations et la base, de son côté, ne vous écoutera plus ».

Des parents impuissant

Soucieux du devenir de leurs enfants à Tombouctou, les parents assistent impuissants au ping-pong entre syndicats et gouvernement. « Cela me fait très mal de voir les enfants rester à la maison toute la journée. On dirait que les autorités s’en fichent pas mal, mais cela se comprend, puisque leurs enfants sont à l’extérieur. Il faut que les choses changent, sinon il y aura toujours des rébellions, car ceux qui n’étudient pas ne pourront pas avoir de bons postes et donc prendront des armes pour gagner de quoi survivre », dit Mahamane Touré, ingénieur à la retraite. L’école malienne est malade de ses grèves depuis quelques années, mais le summum est en train d’être atteint en 2019 à cause de l’insouciance de chaque partie. Auxquelles s’ajoute l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), qui dit aussi vouloir trouver une solution en mettant les écoles privées dans la rue. Mais à Tombouctou ces dernières continuent tout de même à étudier. Leurs promoteurs maîtrisent pour le moment la situation, mais d’aucuns promettent que cela ne va pas durer. La question à se poser est donc à quand une solution définitive aux problèmes de l’école malienne ?

Youssouf Ag Ibrahim

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