Mali : immersion dans le quotidien des mendiants à Bamako

Mendicité, Mali, Bamako

En plus les enfants talibés, beaucoup de personnes âgées s’adonnent à la mendicité pour gagner leur vie. Elles  ont des familles qu’elles entretiennent grâce aux aumônes qu’elles perçoivent. Des personnes en situation de handicap, des sans domicile fixe (SDF) et plus récemment des déplacés du nord du Mali viennent aujourd’hui compléter le tableau des mendiants.

Awa est une femme qui souffre de handicap physique. Malgré le fait de vivre dans une famille apparemment pas fauchée, elle se rend chaque matin au marché d’Hamdalaye, en Commune IV du District de Bamako, pour mendier, accompagnée de sa fille de 19 ans. Une fois au marché, elle achète des galettes pour elles deux avant de libérer sa fille. Cette situation en étonne plus d’un, vu les moyens financiers pas dramatiques de leur famille, mais la dame dit avoir ses raisons.

Après avoir fini son repas elle accepte de nous faire part de son histoire sous la tente d’un marchand de légume. « Je n’ai pas eu la chance de finir mes études, car à l’époque le poids sociétal était trop lourd à porter pour nous, personnes handicapées. Comme si cela n’était pas assez, à l’âge de 20 ans je suis tombée enceinte d’un homme qui a tout simplement fui ses responsabilités et je me suis retrouvée seule avec un enfant à nourrir », nous dit-elle.

Awa mendie depuis plusieurs années déjà et n’a pas du tout peur du regard des autres, qui la considèrent comme une honte pour sa famille. « Je ne mendie pas pour le plaisir ou pour porter préjudice aux membres de ma famille, mais j’ai aussi des besoins aux quels personne ne fait attention à la maison, malgré leur position financière », déclare Awa. Elle reste au marché jusqu’au crépuscule, quand sa fille vient la récupérer. En partant elles achètent de quoi diner avec les pièces de monnaie reçues en aumône. Concernant ses projets pour l’avenir, notre interlocutrice est pessimiste. « Mon avenir, c’est ma fille, sinon je n’ai plus grand espoir me concernant personnellement ».

Comme la famille de Walatta, beaucoup d’autres disent avoir fuit la région de Kidal en cette période de crise pour se réfugier dans la capitale malienne. Contrairement à Awa, ils n’ont ni famille ni maison ici et passent presque toutes leurs nuits au dehors. Les feux tricolores et les endroits les plus fréquentés sont leurs lieux de stationnement, même s’ils ont aussi l’habitude de faire du porte à porte. « Du matin au soir, je suis entre les différents feux tricolores de Bamako. La nuit, souvent on a un endroit où dormir, mais ce n’est pas toujours le cas. Pareil pour la nourriture », se mortifie Walatta.

Durant les heures passées avec eux, nous n’avons remarqué aucun vivre à leur portée. Pour eux, le seul rêve est de retrouver la paix pour pouvoir repartir là d’où ils viennent, car « Bamako n’est pas un endroit pour un pauvre », lâche-t-elle. Avec difficulté, elle s’exprime en bambara pour conclure. « Je n’avais jamais mendié de toute ma vie et je ne souhaite cela à personne ».

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