Mali : Issa Kaou Djim, «La surenchère ne va pas aider à résoudre les questions sociales»

Le coordinateur de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS), se prononce sur la série de démissions au sein de son organisation. Il aborde aussi la position de la CMAS sur le Conseil national de Transition et s’exprime sur les remous sur le front social, dans une interview avec L’Essor.

 Comment se porte la CMAS aujourd’hui ?

La CMAS se porte bien et elle entend accompagner la réussite de la Transition. À cet effet, nous nous sommes rendus vendredi à Ségou pour rencontrer les populations, leur parler de la Transition, de ses organes et surtout mieux expliquer pourquoi soutenir la réussite de cette Transition. Ensuite, le samedi, nous avons continué sur Koutiala avant de revenir le dimanche à Ségou pour une assemblée générale. C’était une grande tournée qui nous a conduit à Sikasso, Niéna, Bougouni, Nara, Diéma, Kayes, Kéniéba, pour parler de la structuration et de la mise en place des organes de notre organisation. Donc la CMAS se porte très bien.

Nous avons appris récemment la démission de certains membres de la CMAS. Ces départs ne traduisent-il pas un malaise au sein de votre mouvement ?

Non pas du tout. Si vous prenez l’exemple sur l’Adema-Pasj, un grand parti qui a contribué à l’avènement de la démocratie, vous vous souviendrez de feu Mamadou Lamine Traoré qui, à un moment donné, s’est retiré de ce parti pour créer le Miria.

Ensuite, le RPM de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, l’URD de Soumaila Cissé, l’ASMA-CFP de Soumeylou Boubeye Maïga…tous ces partis sont sortis des entrailles de l’Adema-Pasj qui reste pourtant un grand parti. Idem pour le CNID-FYT d’où sont sortis les partis comme le Bara, le Parena ou encore le Modec. Ces différents changements n’ont pas empêché ces hommes politiques de parler de la construction du pays.

Donc une grande famille comme la CMAS, avec de fortes personnalités parmi lesquelles beaucoup de cadres et d’intellectuels, ne saurait être à l’abri des péripéties de la lutte politique. Dès lors, il devient presque normal qu’on puisse avoir souvent des questions de personnes. Sinon la CMAS se porte très bien et cela se confirme à travers notre progression sur l’ensemble du territoire. Mais aussi, notre conviction à soutenir la réussite de la Transition. Pour nous, il est tout à fait normal que dans une relation démocratique, certaines personnes décident de partir parce qu’elles ne trouvent pas leur compte. Nous respectons leur choix. C’est cela aussi le charme de la démocratie.

Plus de deux mois après la mise en place de la Transition, les actions menées par l’équipe du président Bah N’Daw ne semblent pas accrocher l’adhésion d’une frange importante de l’opinion publique. Le front social est en ébullition. Beaucoup de nos compatriotes parlent déjà de faux départ. Comment la CMAS analyse-t-elle ce début de la transition ?

Plus que jamais, nous pensons que le moment nous réconforte de soutenir la réussite de la Transition. On ne s’attendait vraiment pas à une partie de plaisir. Nous sommes conscients des enjeux et des difficultés. La crise sécuritaire ne date pas de deux mois. Il y a eu Indelimane où le camp a été vidé, des massacres ont été répétés dans la Région de Mopti. Ces difficultés ne datent pas d’aujourd’hui, mais cela n’est guère une raison pour croiser les bras.

Concernant le front social, ces revendications ne datent pas non plus de la Transition. Ce sont des doléances qui remontent au règne d’IBK, voire de feu le président Amadou Toumani Touré. D’autres revendications datent même du temps des Programmes d’ajustement structurel pour les partants volontaires à la retraite, qui avait été imposé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) au gouvernement à l’époque.

Aujourd’hui, si tous ces dossiers sont remis sur la table pour parler de revendications sociales, j’estime qu’il y a de la surenchère. Mais nous sommes en politique. Nous savons que depuis l’avènement de la démocratie et bien avant, les syndicats sont toujours sur la scène politique.

Pour rappel, en 1991, les feus Boïssé Traoré, secrétaire aux relations extérieures de l’UNTM, et le secrétaire général Bakary Karembé étaient tous membres du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP). Ceux-ci ont donc participé à l’avènement de la démocratie. Si aujourd’hui cette démocratie est en panne, je pense que la classe politique et les syndicats ont leur part de responsabilité. Ce n’est pas en faisant de la surenchère qu’on va aider à résoudre ces questions sociales. Ce qui est d’ailleurs proposé dans la charte de la Transition, c’est la tenue d’un dialogue social.

Toute chose que nous encourageons. Car nous estimons qu’il faut un dialogue social pour aller de l’avant. Ce n’est pas en se tirant les uns sur les autres que nous allons résoudre les problèmes du Mali. Nous devons être forts et unis pour relever le Mali et non créer des situations pour mettre l’État à genoux. Si vous mettez l’État à genoux, les revendications vont disparaitre.

Au moment où la quasi-totalité de la classe politique est en désaccord avec les autorités sur le mode de désignation des membres du CNT, la CMAS se dit prête à y siéger. Peut-on savoir pourquoi ? Et cette décision est-elle partagée par l’imam Dicko ?

D’abord ce n’est pas la quasi-totalité de la classe politique. Ce sont plutôt certains partis politiques qui ne sont pas d’accord avec la formulation de la démarche, le contexte même. Mais dans l’ensemble, nous sommes d’accord qu’il faut améliorer la communication. Là où le gouvernement pèche depuis sa mise en place, c’est la communication. Le gouvernement communique très mal. On a l’impression qu’il n’y a même pas de porte-parole du gouvernement qui doit rencontrer la presse, les organisations, les populations pour mieux expliquer les choses. Parce qu’il s’agit de gagner la confiance de l’opinion nationale et internationale. À ce niveau, il y a beaucoup d’insuffisances.

Pour nous, le CNT est un organe très important. Sa légitimité compte beaucoup en ce qui concerne la refondation et les réformes institutionnelles, constitutionnelles et même de l’État. Donc, j’invite chacun à l’union sacrée, à faire en sorte de reprendre le dialogue. Parce que ce n’est pas en essayant de mettre la Transition en difficulté que nous allons résoudre le problème du Mali. Au contraire, il faut aider la Transition pour réussir les réformes. Si les réformes rencontrent l’adhésion du peuple, cela permettra d’avoir des institutions fortes, crédibles et surtout aussi d’assurer l’émergence du Mali.

En ce qui concerne l’imam Mahmoud Dicko, je rappelle que la CMAS est un mouvement politique et non une organisation religieuse. La preuve en est que la CMAS, le FSD (Front pour la sauvegarde la démocratie) et EMK (Espoir Mali Koura), un temps on s’est mis ensemble pour demander la démission d’IBK. Donc nous sommes politiques, nous défendons la vision de l’imam Mahmoud Dicko sur des questions que nous estimons partagées par les Maliens, tels que le vivre ensemble, l’islam tolérant qui accepte de cohabiter avec les autres confessions et qui respecte le caractère laïc de l’État.

Tous cela surtout dans le patriotisme. Pour nous, à travers cette vision, l’imam Mahmoud Dicko a joué un rôle important sur beaucoup de questions ces dernières décennies. Nous avons voulu créer cette organisation pour vendre cette vision de l’imam Dicko. Pour le reste, nous ne sommes pas vraiment une organisation religieuse et l’imam est le parrain de la CMAS.

Avec L’essor

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