Mali: Kidal, un État dans un État

Le statut de la région de Kidal a fait couler beaucoup d’encres et de salives au sein de la population malienne. Un territoire d’un pays sur lequel les dirigeants n’ont pratiquement aucun droit. Pis, ils  se voient  dans l’obligation de demander la permission pour y fouler le sol. On se rappelle encore le discours du président de la République du Mali en mai 2018. Un discours qui ne laissait aucun doute sur les sempiternelles questions sur cette région : « Aucune fanfaronnade politicienne ne me fera prendre mon avion et débarquer à Kidal pour y créer un incident

Ces propos venant d’un premier responsable sur la question d’une ville où sont parties toutes les crises sécuritaires depuis 2012 et où réside l’un des principaux signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issus du processus d’Alger, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) était assez claire. Mais pas plus que depuis la signature des mesures réglementaires de la vie dans cette région par la CMA le 30 janvier dernier.

Ces mesures sur la circulation routière, des armes, du contrôle des véhicules, de la vente des alcools, de la justice, etc. ; bref, tous les domaines de la vie sont la preuve de l’autonomie de Kidal. On se demanderait pourquoi de telles mesures au moment où on oblige le gouvernement malien à la mise en œuvre de l’accord auquel la CMA constituait l’une des parties prenantes.  Ilad Ag Mohmmed, membre du comité directeur de la Coordination, a donné cette réponse lapidaire aux reporters de la RFI : « La présence de l’État, elle n’est pas effectiveil y a le premier responsable de la région en l’occurrence le gouverneur, il y a beaucoup d’autres services qui ne sont pas encore à Kidal. Les autorités intérimaires qui sont là-bas n’ont pratiquement absolument rien fait. On sent qu’elles n’ont aucun moyen et finalement on est obligé de prendre les choses en main. »

Comme il est si aisé de manipuler l’aiguille dans la plaie des autres ! C’est après trois ans de la signature de l’accord  que la CMA constate l’absence des autorités de l’État ? L’adoption de ces mesures ne relève que de la fumisterie de la part de ce groupe qui a toujours régné, ou presque, sur Kidal en maître absolu. Pour reprendre notre confrère Boubacar Sangaré : « Il serait temps que la CMA comprenne que les Maliens ont saisi depuis longtemps qu’elle joue un jeu trouble ». Par ailleurs, ce qu’il faudrait craindre, c’est la gestion de Kidal par la loi islamique, charia, avec l’instauration d’un cadi, juge musulman, avec ces nouvelles mesures.

Ce qui est encore plus fâcheux, c’est le fait que depuis la publication de ces mesures bien que n’indiquant nulle part la date de leur mise en œuvre ni leur levée et se limitant juste d’indiquer la durée, 15 jours, nous n’avons entendu aucune autorité se prononcer dessus. Y aurait-il anguille sous roche ? Ce mutisme ne signifierait-il pas que Kidal est depuis belle lurette autonome ? Si tel est le cas, c’est un État dans un État. Alors, que les autorités avouent la vérité au peuple !

Le pays

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