Mali : la menace de mort à la mort elle-même, un conjoint retrouvé mort

Cafouillage dans une scène de ménage en fin mai dernier, à Daoudabougou. Suite à une menace de mort consécutive à des affrontements entre parents de deux conjoints, l’un des protagonistes est retrouvé mort.

Cheickna Sountoura, 22 ans, domicilié chez les siens à Daoudabougou, en commune V avait essuyé une menace de mort de la part de sa belle-sœur. Des membres des deux familles, Sountoura et Doumbia, alliées par le mariage s’étaient affrontés à la suite d’une scène de ménage, chaque famille défendant l’un des conjoints.

Retrouvé mort peu après, la Gendarmerie de Kalaban Coura, saisie de l’affaire relâche l’auteure de la menace de mort après que l’un des suspects a avoué que le défunt a trouvé la mort à la suite d’un cambriolage et abrège l’affaire. Ne fallait-il pas faire la preuve de ce cambriolage et interpeller les membres de la famille cambriolée pour meurtre et justice privée ?

C’est connu de tous ou presque. Sur 100 familles au Mali, pas moins de  90 vivent dans la précarité totale, sans issue. Lamine Doumbia est le mari d’Assan Sountoura, la grande sœur du désormais assassiné Cheickna Hamallah Sountara, 22 ans. N’ayant pas de quoi subvenir aux besoins de sa famille ce jour, Lamine demanda à son épouse d’aller voir sa grand sœur Tako Sountoura pour qu’elle lui vole au secours. Mais malheureusement, Tako lui aurait fait savoir qu’elle n’a pas d’argent. Cela a-t-il provoqué la colère du demandeur et lui inspirer de fausses allégations ? M. Doumbia réfléchit un instant puis laisse entendre qu’il était le caissier de la tontine de ses amis, dont tout l’argent lui a été volé. Qui pourrait voler la somme de cette tontine alors que Lamine est le seul à détenir la clé de sa caisse ? Qui veut tuer son chien, l’accuse de rase dit-on. La voleuse ne peut être que son épouse selon ses insinuations. Alors, Lamine se mit à vomir des insanités sur elle et ses parents, allant jusqu’à franchir l’infranchissable en mettant en doute la dignité et l’honneur de sa belle-famille.

Lasse de subir, Assan son épouse perd le contrôle de ses nerfs et décida de répliquer en balançant à son tour des propos contre son mari et sa famille. Comme si les injures ne lui suffisaient pas, voilà que Lamine se mit à la rouer de coups  malgré son état de grossesse de plusieurs mois. Sa grande sœur du nom de Maïmouna Doumbia ayant eu échos de la scène de ménage, s’est faite l’honneur de venir laver l’affront fait à sa famille. Elle quitte son domicile pour la famille de sa belle-sœur et lui faire la leçon. Une autre tournure de l’affaire. Quelle folie ! Maïmouna va se montrer plus véhémente que son frère au mépris du danger qu’elle pouvait occasionner à Assan et au bébé qu’elle porte. Et comme pour ne rien arranger ce jour, Modibo et Cheickna Hamallah Sountoura, les frères d’Assan vont coïncider  avec cette scène. Hamallah pique une colère noire et administre une gifle à Maimouna Doumbia. Ce fut la goutte d’eau qui va déborder le vase. Maïmouna Doumbia a-elle le droit de venir frapper la femme de son frère jusqu’à son domicile ? Dans la foulée, les sévices portés à Assan vont  nécessiter son hospitalisation sur  autorisation de la Police. Mais vu son état loqueteux, les médecins vont exiger et obtenir une réquisition préalable des autorités policières avant de lui prodiguer des soins.

De la menace de mort à la mort elle-même…

Après la passe d’arme qui a opposé les parents de l’époux à ceux de l’épouse, Maimouna Doumbia, la sœur du mari aurait menacé aux dires de témoins oculaires, Cheikna Hamallah Sountoura de mort en ces termes : « Moi, je ne pourrai rien te faire. Mais je vais payer des gens pour t’éliminer ». D’autres témoins rapportent que dans la nuit du 26 au 27 février dernier, elle a été vue en compagnie de gros bras délinquants. Pour quelle fin ? La même nuit aux environs de 23h30, l’un des amis de Cheickna du nom de Mory Dagnoko, plus connu  dans le quartier sous le sobriquet de Papa vint l’inviter au « Grin » nocturne. Le jeune Sountoura accepte. Peu avant, il se retrouve encercler par une horde d’agresseurs de toutes tailles qui vont le gazer d’abord avant de l’emmener nulle part. Le lendemain jeudi, le corps sans âme, les mains attachées et la nuque enfoncée de Cheickna Hamallah Sountoura est retrouvé dans un fossé dénommé 140 par les autochtones du quartier de Sabalibougou, non loin du marché de bétails. Peut-on ne pas faire une relation de cause à effet entre la menace proférée par Maïmouna et le meurtre de Cheickna ?
Il a été transporté à la morgue du CHU  Gabriel Touré par les pompiers à la demande du Commissariat du 11e arrondissement et de la Gendarmerie de Kalaban Coura. C’est alors que  les Sountoura vont apprendre le décès de leur fils.
La Gendarmerie de Kalaban Coura  saisie par Kadidia Sountoura dite Badiallo,  l’une des grandes sœurs du défunt, le jour de la découverte du corps, interpelle Maïmouna et son frère Lamine Doumbia. Au lendemain des obsèques, quatre autres personnes sont interpellées. Il s’agit notamment de Mory Dagnoko dit Papa, l’ami de Cheick qui est venu le chercher dans la famille le jour du drame plus trois autres. Au total, six suspects ont été auditionnés à la Gendarmerie. Il se trouve que pendant les interrogatoires, Mory Dagnoko alias Papa aurait révélé aux gendarmes que lui et son défunt ami étaient allés cambrioler le jour de son décès et que  malheureusement  pour ce dernier,  il sera  rattrapé par la foule et battu à mort.

Cet aveu a suffit pour que le commandant de Brigade adjointe, surnommé par la population Madou Blé, relâche sans pousser plus loin les investigations, tous les autres sauf Papa. Ce dernier se trouve aujourd’hui à la maison centrale d’arrêt de Bamako Coura. L’agent enquêteur invita les Sountoura à classer l’affaire. Car, ce serait une humiliation et une atteinte grave à l’honneur de leur famille que de vulgariser que l’un des leurs a été tué dans des circonstances comme celle-là. Mais, tout de même. Une menace de mort, même si elle n’est pas suivie d’effet  n’est- elle pas suffisante pour être en conflit avec la loi ? Or, l’auteure de cette menace circule librement comme si de rien n’était. N’est-elle pas un danger pour la société ?

Par ailleurs, du moment que Papa connait la famille que son défunt ami et lui voulaient cambrioler, ne faut-il pas incriminer les membres de cette famille pour meurtre ? Devaient-ils se rendre justice ? La Gendarmerie n’a pas cru de bon droit d’élargir son enquête pour éclaircir ce point d’ombre. De deux choses l’une : Ou bien Papa ne veut avouer si c’est le cas,  que ses amis loubards et lui ont tué son ami pour ne pas avoir à révéler l’identité de leur commanditaire ; ou encore, il a indiqué à l’enquêteur la famille où le cambriolage avait eu lieu et ce dernier s’est abstenu de faire la lumière sur cet autre meurtre. Les parents du défunt auraient su et auraient eu le cœur net que leur enfant n’est pas tué par des loubards à la solde des Doumbia, mais qu’il a été abattu au cours d’un cambriolage. Dans l’un comme dans l’autre cas, il doit y avoir des poursuites et le gendarme n’avait pas, dans l’intérêt de la justice à prêcher l’humiliation qui serait celle de la famille en raison de la conduite de leur enfant. Le droit prime.

Après donc la gestion moins rigoureuse de ce dossier par la Gendarmerie de Kalaban Coura, l’affaire est au tribunal de la commune V précisément au cabinet d’instruction II. Elle est en veille. Nous faisons confiance à nos tribunaux et à nos juges. Nous osons croire qu’ils feront un traitement professionnel et diligent de ce dossier sans partialité pour démasquer les criminels et leurs complices.
Affaire à suivre….

Notre Voie

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