Mali : l’ancien Premier ministre Moussa Mara, ou la déchéance politique d’un jeune?

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Le Président de YELEMA, ou le changement, traverse l’un des moments les plus critiques de sa vie politique et pourtant il ne manque pas d’atouts, tant intellectuels que financiers pour émerger et être parmi les jeunes hommes politiques sur lesquels le Mali pourrait fonder de l’espoir. La cause profonde de la perte l’aura et du désenchantement des militants de son parti sont à chercher dans les ambitions souvent démesurées de l’homme. De la Mairie de la Commune IV où il a bâti sa réputation de jeune intègre et rigoureux, Moussa Mara s’est retrouvé dans le gouvernement de Tatam Ly sans un programme minimum commun comme cela sied dans un gouvernement d’union nationale, avant d’accepter contre toute attente le poste de Premier ministre alors que son parti n’avait qu’un seul député à l’Assemblée Nationale. Déchu de son poste de Premier ministre après moins d’un an, Moussa est en train d’assister impuissant à l’effondrement de son parti. On pourrait s’interroger si ce n’est pas la déchéance fatale d’un homme. Moussa Mara pourra-t-il se relever de ce coup de massue politique ? Itinéraire d’un homme que tout prédestinait à des fonctions beaucoup plus hautes.

Moussa Joseph Mara est le fils d’un ancien dignitaire du régime de Moussa Traoré, qui aurait joui des privilèges que beaucoup d’enfants de son âge n’ont pas bénéficié. Expert-comptable de son état,  il est vite rentré sur la scène politique, en militant dans un premier temps à l’ADEMA- PASJ en commune IV, avant de se tourner vers le Mouvement Citoyen quand ATT a accédé au pouvoir. Grace au soutien de ce dernier il a damé le pion aux grands partis en commune IV, lors des élections communales de 2004, avant de tomber en disgrâce avec son bienfaiteur Amadou Toumani Touré. Mis à minorité par le conseil communal, son équipe municipale a été dissoute et une élection partielle fut organisée où il était sorti victorieux. Cette victoire, qu’il a obtenue avec brio, serait due à ses actions salvatrices en faveur des populations de la commune IV, renforça sa légitimité  et lui a permis de  se faire remarquer sur la scène politique. Désormais respecté parce que jouissant d’une certaine légitimité, Moussa Mara a failli battre le gros éléphant IBK en commune IV lors des élections législatives de 2007, n’eut été le soutien de tous les 3 grands partis, à savoir l’ADEMA, l’URD et le RPM. Il obtint néanmoins un second mandat à la Mairie jusqu’au coup d’État d’Amadou Haya Sanogo. Alors que l’on croyait voir  Moussa Mara et les autres jeunes de son calibre mener la résistance contre le putsch, à la surprise générale, il s’est rangé du côté des putschistes.  Ces derniers mis à l’écart en faveur d’un accord trouvé entre militaires et hommes politiques pour la gestion de la transition. Le Président de l’Assemblée Nationale, le Professeur Dioncounda Traoré, en assumera les hautes charges de la République et  le jeune Mara a trouvé un nouvel allié  en la personne du  Président de la transition, qui sera d’ailleurs invité à assister à une réunion du conseil communal.

Candidat aux élections présidentielles de 2013, voyant le vent tourné en faveur d’IBK, au second tour, il créera avec d’autres jeunes un groupe dit des jeunes candidats à la présidentielle et apporteront leur soutien à IBK; en ne tarissant pas d’éloges en faveur de lui. Nommé ministre de la ville dans le premier gouvernement, celui de Oumar Tatam Ly, il remplacera ce dernier après dix petits mois à la tête du gouvernement. Tous les observateurs avertis de la scène politique malienne avait vu en ce choix par Mara comme un suicide politique, car un Premier ministre sans majorité est semblable à de la paille devant un feu brûlant. Pire, Moussa Mara n’avait aucune autorité sur ses ministres et était devenu une marionnette au service exclusif du Président IBK. Il a fini par être éjecté du poste de Premier ministre.

Ainsi commença sa longue et lente déchéance politique. En 2018, après avoir sillonné le pays de fond en comble, il a jeté l’éponge à la Présidentielle en soutenant Cheick Modibo Diarra, alors même que YELEMA, son parti, est mieux implanté que le parti de Cheick Modibo Diarra. Pour avoir pris fait et cause pour M. Diarra, certains de ses militants ont fait d’autres choix. Au second tour de la Présidentielle, l’alliance s’est fissurée car le candidat a choisi le Président sortant IBK tandis que la position des deux autres alliés à savoir Konimba Sidibé et Mara  n’étaient pas cela.  Après les élections, l’alliance a fini par se disloquer et chacun a suivi son chemin.

La descente aux enfers de l’ancien PM continue avec des vagues de démissions au sein de son parti. Pour ne rien arranger, les dissidents de YELEMA sont partis grossir le parti de son rival de tous les temps, la CODEM de Housseini Amion Guindo. Aujourd’hui, très affaibli politiquement, moins crédible aux yeux de ses anciens collaborateurs, qu’ils soient de la Majorité ou de l’Opposition, le communicant premier ministre est désormais à la recherche d’un nouvel envol.

En somme, s’il est tout à fait normal pour tout individu d’avoir des ambitions, il serait tout de même dangereux, voir suicidaire pour lui de les avoir au-dessus de ses capacités sinon elles deviendront de la prétention et finiront par contribuer à sa déchéance.

Nord sud journal avec Infosept

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