Mali : le nombre de cas de paludisme a plus que doublé dans le nord du pays

Alors que moins de 100 cas avaient été déclarés pendant la dernière semaine d’août 2019, ils sont plus de 200 cette année sur la même période.

Si la pandémie de Covid-19 semble contenue au Mali, avec seulement 3 130 cas officiellement déclarés depuis l’arrivée du coronavirus, il en va autrement du paludisme. Les signaux d’alerte, notamment dans le nord du pays, se multiplient depuis quelques semaines.

« Dans les structures de santé, les patients infectés sont couchés sur des nattes, à même le sol, avec une perfusion au-dessus d’eux », décrit un travailleur de santé à Kidal. Dans la région, « le nombre de personnes infectées par le parasite a doublé voire triplé cette année », constate le médecin.

Le même constat dans les autres régions du Nord, notamment dans la commune de Bamba, cercle de Bourem région de Gao où la communauté Kounta Rgagda s’organise pour apporter des médicaments aux malades. « Cette année, le paludisme a déjà causé la mort d’au moins 20 personnes uniquement dans nos communautés alors que des centaines de malades souffrent de cette maladie », explique El Mokhtar Ould Hantal, un chef coutumier Kounta.

Alors que moins de 100 cas avaient été déclarés pendant la dernière semaine d’août 2019, ils sont plus de 200 cette année sur la même période, rapporte ainsi une note technique de la direction régionale de la santé à Kidal. Une flambée de la maladie due notamment aux conditions météorologiques.

Bien loin du cliché d’étendues invariablement arides, des pluies diluviennes se sont abattues sur les régions du nord du Mali à la fin de l’été. Les eaux ont emporté maisons, vivres et bétails de près de 11 000 personnes, selon les chiffres du Bureau de la coordination humanitaire (OCHA) des Nations unies au Mali. Elles ont aussi attiré des bataillons de moustiques qui affectionnent particulièrement les terrains humides et les eaux stagnantes.

Première cause de mortalité et de morbidité

Actuellement, plus de 200 consultations liées au paludisme sont délivrées chaque jour dans le centre de santé de référence de Kidal, précise le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui gère l’hôpital. Et ce qui est vrai pour cette ville semble aussi l’être pour Ménaka, Tombouctou ou Gao, d’autres cités du nord du pays, « où des renforts et des médicaments ont été envoyés », précise le CICR.

L’infection est la première cause de mortalité et de morbidité au Mali. En 2018, un millier de personnes en sont décédées sur 2,6 millions de cas confirmés, selon une enquête démographique et de santé. Des chiffres certainement en deçà de la réalité, surtout dans les zones reculées du nord, où l’accès aux soins reste un défi, avec une pénurie de moyens et de lits, et où la présence de l’Etat est lacunaire.

Mais la pluie n’est pas la seule cause de cette hausse inattendue des transmissions. A sa façon, le Covid-19 a aussi atteint les populations les plus éloignées, en créant des ruptures d’approvisionnement, notamment du fait de la fermeture des frontières.

« Le coronavirus a créé un problème dans la production et dans l’acheminement des médicaments en provenance du Burkina Faso, développe ainsi le docteur Idrissa Cissé, à la tête du Programme national de lutte contre le paludisme. Seulement un tiers des médicaments nous sont parvenus. »

Saturation des structures de santé

A ce contexte déjà compliqué, il faut encore ajouter l’embargo imposé par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) au lendemain du coup d’Etat des colonels du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), qui ont déposé le 18 août le président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Si les médicaments en sont exemptés, « il n’empêche que les démarches administratives pour importer sont plus lourdes, ce qui a induit un retard de trois semaines », regrette le docteur Cissé.

Résultat, les campagnes de chimio-prévention saisonnière (CPS), censées réduire le nombre de transmission et pour lesquelles le Fonds mondial a, entre autres, déboursé 47 millions d’euros sur la période 2019-2020, n’ont pas eu lieu en juin et juillet comme à l’accoutumée. Dans le sud du Mali, habituellement bien plus touché que le nord, la campagne a débuté mi-septembre, alors que la saison des pluies touche à sa fin. De même à Kidal.

Prudents, les acteurs interrogés ne parlent pas encore d’une situation hors de contrôle malgré la saturation des structures de santé. Mais dans les villes comme Ménaka, située dans la zone des trois frontières, région à cheval entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger où sévissent différents groupes djihadistes dont l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), « nous sommes toujours dans l’attente des médicaments, qui commencent à manquer », alerte le docteur Moustapha Sissoko, à la tête de la Direction régionale de la santé.

Avec Mondeafrique

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