Mali : « le système est infesté par la corruption et les citoyens y sont habitués »

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Plus de 1,13 milliard d’euros aurait été dépensé irrégulièrement par les autorités maliennes entre 2005 et 2017. Chez les partenaires et les organes chargés de lutter contre ces malversations, la colère monte.

Mille francs CFA (1,50 euro) voire plus, glissés dans la poche des policiers par les chauffeurs pour échapper à un contrôle. Au Mali, la corruption est courante et le pot-de-vin est si systémique que certains chauffeurs, de taxis comme de camions, l’ont intégré à leurs frais, gonflant d’autant la facture pour le consommateur. « C’est la TVA malienne, ironise Moumouni Guindo, président de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (Oclei). C’est terrible parce qu’au bout de la chaîne, ce sont les citoyens qui paient. »

Santé, éducation, emploi, sécurité, justice… Le président de l’Oclei est l’un des rares Maliens à dénoncer publiquement ce qui relève du secret de Polichinelle : « Aucun secteur n’est épargné, il ne faut pas faire l’autruche. Les citoyens et les opérateurs économiques paient des pots-de-vin parce qu’ils y sont forcés ; ils n’ont souvent pas le choix. Cela montre que le système est infesté par la corruption, et que les citoyens s’y sont habitués. »

Au niveau macroéconomique, l’Etat malien ne donne pas le bon exemple. Un rapport, élaboré en novembre 2018 par le Canada, au nom des bailleurs internationaux du pays, l’a souligné. Selon ce document, que Le Monde s’est procuré, les autorités locales auraient dépensé de manière irrégulière 741,5 milliards de francs CFA, soit 1,13 milliard d’euros, entre 2005 et 2017, et 35,5 % de ce montant relèverait de la fraude. Le reste est attribué à la mauvaise gestion des ressources publiques.

Fatigue des bailleurs de fonds

Ces montants ne sont pas nouveaux. Le rapport canadien compile en réalité les irrégularités financières publiées chaque année par le Bureau du vérificateur général (BVG) puisque, depuis 2003, cette institution est chargée de dénoncer publiquement les soupçons de malversations.

« Nous avons sorti ce chiffre pour mettre la pression sur les autorités. Il y a une certaine fatigue des bailleurs par rapport au Mali. Il n’y a pas d’avancées notoires sur le plan politique et la mauvaise gouvernance persiste, alors que, paradoxalement, c’est le Mali qui concentre une grande partie des enjeux de la sous-région », glisse un diplomate en poste à Bamako.

Nord sud journal avec Le Monde Afrique

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