Mali : Les erreurs de communication du gouvernement malien

La communication politique est centrale dans la gestion des affaires publiques. De surcroit, en période de crise, elle devient quasiment indispensable… Dans cet élan de compréhension, la crise actuelle a révélé beaucoup de failles dans le style de communication des autorités politiques maliennes…

Le philosophe Leibniz disait que « l’homme a une hyper sensibilité au mal ». Cela signifie que nous sommes plus regardants sur ce qui ne va pas plutôt que sur ce qui va. En période de crise, ce scepticisme quasi naturel, est à son paroxysme. Tout le travail du gouvernement doit viser alors la production d’un système de communication au contenu rassurant, transparent et vérifiable.

Les sorties successives du Président de la République ont raté leur objectif premier : celui de rassurer la population malienne. Ainsi, quand le Président dit que « l’État va désormais s’assumer », beaucoup d’interrogations restent en suspend : L’Etat va s’assumer face à qui ? Face à son peuple dont la demande est légitime ? Et puis, au demeurant, que doit-on comprendre par « s’assumer » ? Un discours qui ne rassure pas et qui suscite d’ailleurs beaucoup de zone d’ombre !

Par ailleurs, après sa rencontre avec l’imam Dicko, le Premier Ministre Boubou Cissé a laissé entendre, en substance, que sa démission ne peut venir que du Président de la République. Là aussi, on s’interroge : le Président de la République est-il plus souverain que le peuple ? D’où est-ce que le Président tire sa légitimité ? D’autres Premiers Ministre ne sont-ils pas partis avant lui sous la pression de la rue ? Un discours qui ne rassure pas, et pire, qui jette de l’huile au feu !

Enfin, quand le Ministre de la Justice Me Tapo disait aujourd’hui, que « aucun dérapage ne sera accepté » s’adressant ainsi aux manifestants de demain, il se mets lui-même ainsi que tout le gouvernement en porte-à-faux. Car à travers ces propos, il se place dans une logique de rapport de forces. Or, en démocratie, la vraie force est toujours du côté du peuple. Encore un discours qui ne rassure pas, et pire, qui ne se fonde sur aucune donnée quantifiable sur les préposés « dérapages » précédents ?

Voilà entre autres des exemples d’erreurs de communication de crise, qui montrent à suffisance que le gouvernement malien est, dans un mauvais paradigme en termes d’appréciation des événements qui secouent actuellement le pays. La communication de crise politique doit viser à rassurer la population à défaut de lui fournir des solutions, et jamais, à entretenir la peur; la menace; l’intimidation et le rapport de force.

Ballan Diakité

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