Mali : les propositions du Réseau de l’entreprise en Afrique de l’Ouest pour une sortie de crise

REAO

MEMORANDUM DE PROPOSITIONS POUR UNE SORTIE DE CRISE AU MALI

Depuis plusieurs semaines, notre pays fait face à une crise particulièrement aigüe qui traduit la profondeur des insatisfactions politiques, économiques, sociales, morales et sociétales ressenties de longue date par une grande part de la population malienne et qui peut, si rien n’est fait, conduire aux pires dangers.

Cette situation développe aujourd’hui des effets d’autant plus catastrophiques que le Mali doit affronter dans le même temps, et ce depuis 2012, une crise sécuritaire meurtrière tant pour nos soldats que pour nos populations civiles. À cela s’est grevée la récente crise sanitaire due à la

pandémie du Covid-19 et dont l’impact reste encore mal évalué dans notre pays. En lien avec cette épidémie, la crise économique et financière à dimension mondiale, déjà bien présente, pourrait à son tour faire payer un très lourd tribut à nos travailleurs, à nos entreprises et à notre État.

C’est pourquoi le Réseau de l’Entreprise en Afrique de l’Ouest, REAO-MALI, réuni ce jour, tient à attirer solennellement l’attention des parties maliennes en présence et des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) du Mali sur l’urgence absolue d’un règlement de cette nouvelle crise.

Pour répondre pleinement aux espérances de toute la population, ce règlement devra prendre en charge à la fois les questions d’urgence et celles à dimension structurelle et de fond, autrement dit:

• des mesures visant à trouver une solution rapide et adaptée aux revendications sensibles du moment, en vue de restaurer un début de confiance entre les parties prenantes et une meilleure sérénité au sein de la nation;

• des actions structurelles de moyen terme devant aboutir à une Refondation de la vie économique, politique et institutionnelle du pays, seule en mesure de répondre aux menaces de la multiplicité des crises qui frappent notre pays de façon récurrente depuis plusieurs années.

En ce qui concerne les défis à dimension économique, sociale et financière, qui pénalisent directement tous les acteurs du secteur privé, on peut citer à titre d’exemples:

• la gabegie dans la gestion des dépenses publiques, qui conduit à une insuffisance de ressources financières publiques à affecter aux objectifs prioritaires;

• le non-respect, ni dans le temps ni dans le contenu, d’engagements pris par l’État vis-àvis du secteur privé et l’absence de prise en considération de beaucoup de doléances de celui-ci;

• l’absence d’une politique économique soutenant les initiatives et les entreprises nationales, notamment les entreprises industrielles et les PME-PMI, face à la fraude et à la concurrence déloyale;

• l’existence d’une fiscalité décourageant la modernisation de l’économie, la création d’emplois et l’investissement productif, et favorisant dans certains cas la spéculation;

• un laxisme dans le suivi de certains contribuables quant au respect de leurs obligations et qui a pour contrepartie le harcèlement d’autres appartenant notamment au secteur formel;

• la dégradation continue du secteur énergétique qui renchérit les coûts des entreprises et réduit leurs performances;

• l’insuffisance permanente des infrastructures relevant de l’État, qUI abaisse la productivité et la compétitivité des entreprises;

• la situation déplorable, tant en quantité qu’en qualité, de l’enseignement général et professionnel, public et privé, ayant un impact sur la qualité des ressources humaines des entreprises, avec comme conséquence une tendance au recrutement de personnel étranger et un amoindrissement des possibilités d’embauche et d’épanouissement de jeunes citoyens n’ayant pas les moyens financiers d’étudier à l’étranger;

• l’absence d’équipements de santé en nombre et en qualité adéquats et l’insuffisance de la couverture des soins qui entraine une insécurité constante chez les salariés;

• une administration mal équipée et insuffisamment formée, créant ainsi toutes les conditions de prolifération des pratiques de corruption;

• une insécurité généralisée entravant la vie des citoyens et des entreprises, le point d’orgue de cette insécurité étant l’enlèvement du chef de file de l’opposition, l’Honorable Soumaila Cissé, lors de la dernière campagne électorale.

La prise en main de la multiplicité et de l’importance de ces chantiers, auxquels s’ajoutent tous ceux recensés dans d’autres domaines, suppose une volonté, une diligence, une détermination et une cohérence exceptionnelles dans la conception et la mise en oeuvre des réformes à mener face à ces défis multiformes. Celles-ci doivent prendre en charge à la fois la sortie de la situation de crise à laquelle le pays fait face actuellement mais aussi les défis structurels, voire la Refondation, de la société et de l’État sans laquelle nous ne sortirons pas de ce cycle de crises récurrentes. Malheureusement, les réactions observées jusqu’à ce jour ne sont ni à la hauteur des colères exprimées et souvent légitimes, ni à la dimension et à la complexité des difficultés à régler. C’est pourquoi nous souhaitons rappeler que le Mali ne pourra sortir de cette situation que si tous les Responsables, quels que soient leurs rangs, leurs pouvoirs et leurs rôles, ont pleine conscience de l’urgence d’un programme d’actions à la fois de crise et de Refondation et qui auront pour seul objectif le service de l’intérêt général.

À cet effet, nous souhaitons souligner quelques principes qui paraissent indispensables pour que le nouveau cadre posé ait les meilleures chances d’aboutir aux résultats recherchés.

• Sur la qualité des acteurs et animateurs des solutions de sortie de crise et des réformes. Celles-ci devraient être confiées à des équipes restreintes de hauts cadres et experts techniques, qui concevront et piloteront dans les meilleurs délais des réformes régaliennes permettant de trouver des solutions aux principales questions brûlantes de l’heure et de conduire les opérations structurelles de Refondation. Il devra s’agir de personnalités dont la droiture, la compétence, l’expérience, la crédibilité sont reconnues au plan national comme au niveau international et qui ont en même temps une parfaite connaissance concrète du pays et une large expérience des différents secteurs et zones géographiques qui leur sont confiés. Cette équipe bénéficierait de grandes responsabilités et serait dotée de pouvoirs en harmonie avec celles-ci, mais aurait en même temps, des obligations rigoureuses et des exigences de résultats.

Enfin, un point important sera de mettre touTes les balises pour que ses membres ne puissent retirer de leur position quelque bénéfice personnel durant ou à la suite de leur mission.

• Sur l’indépendance d’action de l’équipe chargée des réformes. Les équipes choisies travailleront jusqu’à nouvel ordre dans le respect de l’ordre constitutionnel en vigueur. En revanche, elles auront à bénéficier, dès que leurs cibles, méthodes et canaux d’action auront été déterminés, d’une liberté de manoeuvre suffisante pour conduire jusqu’au bout les réformes annoncées dont certaines peuvent être impopulaires, voire douloureuses, pour la population.

• Sur une adhésion massive au processus de réformes. Il est indispensable que cette adhésion soit d’abord nationale et conduise à une véritable appropriation des changements par tous les citoyens qui seront les acteurs et les bénéficiaires de la Refondation. Il est espéré qu’elle inclura également les Partenaires du Mali qui auront à coeur de soutenir un processus qui, pour une fois, sera l’expression d’une union nationale autour d’un projet commun.

Le REAO-MALI, signataire de ce Mémorandum, rappelle en conclusion que ce sont les entreprises, petites ou grandes, qui sont au Mali les principales pourvoyeuses d’emplois, distributrices de revenus, créatrices de richesses, génératrices de modernité et d’innovation. Elles ont pleinement conscience de leurs responsabilités et de leur rôle dans le développement économique du Mali. Elles sont donc prêtes à mobiliser toutes leurs ressources humaines, financières, de réflexion, de relations régionales et internationales pour soutenir ce processus fondé sur des transformations structurelles légitimes, justes, au service de l’intérêt général du pays et de la construction d’un futur meilleur de notre bien commun: le MALI.

Bamako, le 18 juin 2020

HOUD Baby, Président REAO Mali

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