Mali : Moussa Mara parle du dialogue avec les djihadistes sur Rfi «le jihadisme par définition est une voie sans issues»

Le président du parti Yéléma, Moussa Mara, était l’invité de Rfi ce jeudi 27 février 2020. Occasion pour l’ex-Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Kéita de revenir sur le dialogue avec les djihadistes, le retour de l’armée à Kidal, ainsi que les élections législatives prochaines.

« Le djihadisme par définition est une voie sans issues. On entre dans le djihadisme pour sortir en martyr. » Avec ces propos, Moussa Mara doute de l’issue du dialogue qu’entend mener le gouvernement malien avec Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa, des djihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM).

L’incompatibilité des prétentions des jihadistes avec les valeurs de la République

Certes, le dialogue est aujourd’hui la demande de la plus grande majorité des Maliens, mais l’ex-Premier ministre d’IBK voit plusieurs problèmes dans ce processus. À l’en croire, les jihadistes n’ont aucune prétention de dialoguer et même s’ils en ont, leurs prétentions ne seraient pas sûrement compatibles avec les valeurs de la laïcité de la République. « Les jihadistes qui sont évoqués dans les discussions ne sont vraiment pas autonomes puisqu’ils font partie d’Al-Qaida au Maghreb islamique », souligne M. Mara, qui se dit réserver sur cette démarche de dialogue avec ces hommes. Toutefois, il recommande de garder le sang-froid et d’attendre la suite de ce processus.

Si en Algérie, il y a vingt ans, on a pu dialoguer avec des djihadistes, Moussa Mara estime que les contextes diffèrent puisque pour le cas algérien, les jihadistes étaient déjà en position de faiblesse. L’armée nationale était parvenue à prendre le dessus et une « initiative politique avait été lancée par le président Bouteflika pour amener ceux qui voudraient abandonner la cause et bénéficier d’un certain nombre d’éléments ». Ces éléments ne sont autres que de rejoindre la République en déposant les armes, précise-t-il.

Pour le cas afghan, le président du parti Yéléma trouve également une différence avec celui du Mali. À ses dires, les talibans avaient surtout une motivation politique et ils avaient déjà géré l’État. Tel n’est nullement le cas des groupes terroristes maliens. « Je ne pense pas que leur agenda soit compatible avec le Mali tel que nous le connaissons : le Mali de l’histoire, de civilisation, le Mali ouvert et une société malienne qui est tolérante et modérée ».

Selon le président de Yéléma le changement, « Ouvrir des discussions avec Iyad et Koufa pourrait aboutir au fait [qu’ils NDLR] soient eux-mêmes marginalisées au sein de la composante jihadiste et que l’essentiel de leurs combattants les abandonne au profit de AL-Walid ».

Ce qu’il ne faut pas céder

« Ce qui ne doit en aucune manière être négociable, avertit Mara, c’est justement le Mali ouvert, tolérant, multiconfessionnel, modéré. » Il se demande si ce Mali serait compatible avec l’attente de Amadou Koufa et Iyad Ag Ghaly. Toutefois, il estime que s’ils s’inscrivent dans ce Mali et qu’il existe des possibilités de discussion au niveau local sur l’organisation politique, sociale, sur des règles d’application de la loi religieuse au niveau local, cela est envisageable à ses yeux.

Parlant de la Charia, Mara souligne que depuis des dizaines d’années, cette loi est appliquée dans certaines localités du Mali comme des endroits de la région de Mopti, de Kidal où des Cadis ont été présents, historiquement pareil pour la région de Tombouctou.

Aux dires de l’ex-Premier ministre malien, « Quand il s’agit d’application de la loi religieuse dans des localités où la société l’accepte comme telle, comme norme et que cela ne change pas la nature d’un régime et que cela ne change pas l’organisation d’un État, je pense que ce sont des choses qui peuvent être regardées. »

La question de Kidal

À la question de savoir si ce n’était pas grâce à ce message d’ouverture qu’un premier contingent de l’armée malienne a pu atterrir à Kidal au début de mois, M. Mara trouve que Kidal serait alors plutôt entre les mains des terroristes que des groupes armés. Officiellement, cette version ne tient pas, selon lui. Toutefois, il salue ce retour de l’armée recomposée à Kidal, mais trouve qu’il faudrait aller au-delà de cela en ramenant toutes les autres administrations étatiques, afin que « l’État prenne véritablement le contrôle de cette zone ».

Revenant sur son aventure à Kidal quand il était Premier ministre, M. Mara explique que l’armée avait tenté de récupérer le Gouvernorat de Kidal qui était un symbole de l’Etat « illégalement et violemment occupé par des groupes armés ». À l’en croire, dans le cadre d’une « République normale et organisée », l’armée a agi de façon normale. Il déplore néanmoins les conséquences qui s’en sont suivies, mais précise qu’il s’est rendu dans cette région à la demande du gouvernement qui a pris la décision à la suite d’un Conseil des ministres. « La présence de l’Administration à Kidal est indispensable pour les Kidalois d’abord, mais aussi pour le retour de la paix dans notre pays », a-t-il indiqué.

Mara tacle l’opposition et la majorité

Parlant des législatives, Moussa Mara a précisé la position de son parti avant de déplorer les alliances opposition-majorité. « Notre [le parti Yéléma NDLR] positionnement depuis deux ans, c’est un positionnement de rupture et de changement avec le système qui, depuis déjà quelques décennies, gère notre pays », précise-t-il. À l’en croire, la majorité et l’opposition actuelles forment une même matrice.

Pour ces législatives de mars et avril, les alliances de ces deux parties dans certaines localités du Mali servent de preuves à Mara pour changer de système. « Aujourd’hui, le Mali a besoin d’une nouvelle voie et Yéléma veut vraiment préfigurer cette voie, d’où notre positionnement assez original : ni majorité ni opposition », explique le président de Yéléma.

Journal le Pays- Mali

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