Mali : Mutinerie ayant abouti au coup d’Etat du 18 août, Comment IBK a été lâché par tous ?

Sans la moindre résistance, sans aucune main forte prêtée par les  forces internationales présentes à Bamako, le président IBK a été renversé suite à une mutinerie, dont les signaux étaient pourtant perceptibles. Les soutiens politiques du président réélu en 2018 se cherchent à la loupe depuis…

 Comme un fruit mûr, le président IBK et son régime sont tombés dans la soirée du mardi 18 août, de façon plutôt élégante, suite à une mutinerie dans l’armée. Aucune goutte de sang n’est tombée durant cette journée folle ayant conduit à la démission du chef de l’Etat, à la dissolution du gouvernement et de celle de l’Assemblée Nationale.

Le chef de l’Etat a-t-il été trahi par ses partenaires et amis politiques ? On peine à le nier. Car, la mutinerie, qui vient de conduire à sa chute semble plutôt anodine, sans graves violences. Cette colère des militaires pouvait être envisagée des mois plus tôt, que cela n’étonnerait pas. Par exemple après les douloureux événements d’Ogossagou, de Dioura, d’Indélimane, de Tabnkort où plusieurs militaires et des civils ont été tués ou massacrés, des villages brûlés. Certains de ces évènements malheureux avaient même coûté à des officiers supérieurs des sanctions ou limogeage ou des réaménagements dans la hiérarchie militaire.

Donc, l’on pouvait déduire que le plus dur en termes de mécontentement au sein de l’Armée était derrière nous. C’est sans compter que la Grande muette du Mali est plus sensible aux grondements sociopolitiques de ces deux derniers mois.

En effet, avec la récurrence des meetings et manifestations de rues, organisés par la contestation populaire du M5-RFP, le pouvoir de Bamako devenait de plus en plus fragilisé, soumis à des coups de boutoirs des responsables politiques et de la société civile.

En plus de cela, le président IBK semble avoir abandonné ses responsabilités, pour ambitionner un arrangement politique  à lui profitable pour la fin de son mandat constitutionnel en 2023. N’a-t-il pas pesé de son poids dans les élections législatives de mars – avril 2020 ? N’a-t-il  imposé Moussa Timbiné comme président de l’Assemblée Nationale contre le choix de son parti, le RPM ? N’a-t-il pas œuvré pour la réélection de son fils, Karim Kéita à l’Hémicycle. Celui-ci ne se fera-t-il pas reconduire président de la Commission Défense de l’institution, avant de faire un rétropédalage en démissionnant de ce poste après les premières manifestations hostiles au régime de son père ? IBK et son Premier ministre n’ont-ils pas manœuvré pour que des cadres, qui leur sont proches (dont un conseiller à la présidence, un ministre et d’autres cadres) se fassent élire députés visiblement pour échapper à d’éventuelles poursuites judiciaires pour indélicatesses financières ?

Comment expliquer qu’en 7 ans de gouvernance d’IBK, son parti le RPM ait pu, par quatre fois au moins, initier une fronde contre des Premier ministres nommés par le chef de l’Etat. Le RPM n’a-t-il pas combattu ouvertement les Premiers ministres Oumar Tatam Ly, Moussa Mara ? Le parti présidentiel n’a-t-il pas initié une motion de censure contre Soumeylou Boubèye Maïga, contraint finalement à la démission ? Le parti d’IBK (et d’autres partis comme la CODEM) n’a-t-il pas depuis plusieurs jours demandé publiquement que le Premier ministre Boubou Cissé soit démis de ses fonctions ? Et le locataire du palais de Koulouba de faire preuve de son autisme habituel (dont avait beaucoup parlé l’opposant devenu ministre des Affaires étrangères Tiébilé Dramé).

Par ailleurs, de nombreuses voix s’étaient élevées pour rappeler le chef de l’Etat à réajuster sa gouvernance,  en mettant fin à l’impunité, au favoritisme, à la gestion patrimoniale et familiale des affaires de l’Etat. Rien n’y fit. IBK n’hésitera pas à faire traiter certains de ces acteurs comme des traitres. Ce fut le cas de l’artiste Salif Kéita, qui avait fait une sortie audible, en 2018, pour conseiller à son « grand-frère» de sortir par la grande porte en démissionnant, si tant est qu’il éprouve des difficultés à bien gérer la patrie commune. Comment ne pas évoquer le rejet de son projet de révision constitutionnelle par un conglomérat d’acteurs politiques et de la société civile sous le nom Anté A abanna (« nous refusons, c’est tout »)….

Quid des mesures de promotion au grade supérieur dans l’Armée, au détriment des jeunes cadres militaires ? Il semble que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le mécontentement va rapidement prendre comme une mayonnaise et le chef d’Etat-major chargé de la sécurité présidentielle en sera contaminé… le commandant de gendarmerie Ibrahim Traoré sera rapidement limogé de son poste, alors qu’il avait des idées et des sympathies avérées avec ce qu’il convient d’appeler le cercle des officiers réformateurs, qui forme désormais la colonne vertébrale du Comité national de salut du peuple.

Sans compter le cri de détresse et les mises en garde des contestataires du M5-RFP demandant le départ du président et de son régime. IBK a-t-il surestimé l’enracinement de son pouvoir ? Comptait-il sur le soutien de ses amis et partenaires étrangers ? Tout semble l’indiquer. Sauf que le désormais ex-président de la République du Mali n’a pas mesuré la réactivité de l’Armée malienne décidée à jouer son rôle d’arbitre du jeu institutionnel.

En effet, le coup d’Etat que vient de perpétrer le Comité national de Salut du peuple (CNSP) semble s’inscrire dans cette logique, celle de siffler la fin de la récréation, du désordre politico-institutionnel.

En se prononçant clairement pour une transition civile en vue de revenir rapidement à la normalité institutionnelle, les jeunes officiers supérieurs conduits par le Colonel Sadio Camara pourraient se donner une fréquentabilité par défaut, le pouvoir d’IBK étant déjà affaibli et insatisfaisant.« Nous ne tenons pas au pouvoir, mais nous tenons à la stabilité́ du pays qui nous permettra d’organiser dans des délais raisonnables consentis, des élections générales pour permettre au Mali de se doter d’institutions fortes capables de gérer au mieux notre quotidien et restaurer la confiance entre les gouvernants et les gouvernés ». Cette profession de foi ajoutée aux tractations annoncées pour hisser un civil bon teint et homme de consensus à la tête de la transition devrait désarmer la communauté internationale, habituellement caustique face au changement anticonstitutionnel du pouvoir.

Il ne reste qu’aux nouveaux hommes forts de Bamako d’œuvrer rapidement à renforcer leur crédibilité (déjà largement reconnue au plan national) au plan international, consolider leur emprise provisoire sur le pays, sécuriser les personnes et les biens et surtout faire retrouver à IBK et tous ceux qui avaient été arrêtés l’air de la liberté. Mais aussi de la démocratie, comme leçon à méditer.

Maliweb

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