Mali: « Nous ne sommes pas contre une visite médicale pour un soldat ou officier, c’est tout à fait normal, mais ce qu’on a vu était exagéré et nous l’avons catégoriquement rejeté », Boubacar Sadegh Ould Taleb, SG du MPSA et Président en exercice de la CME  

Boubacar Sadegh Ould Taled est le Secrétaire général du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MPSA) et en même temps le Président en exercice de la Coalition des mouvements d’entente (CME). Cette coalition est composée de cinq mouvements, le MSA version Chamanamass, le CJA de Hama Ag Mahmoud, la CPA de Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun, le FPA de Djimi le rebelle et le MPSA. Depuis plusieurs mois, les leaders de ces mouvements se battent pour leur prise en charge dans le cadre de l’application de l’Accord de paix. Boubacar Sadegh Ould Taled revient pour Nord Sud journal sur les derniers développements mais aussi sur le cas de Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun, sous suspension de l’ONU.

Nord sud journal : depuis quelques mois, la Coordination des mouvements d’entente (CME), composée principalement de mouvements rejetés par la CMA ou la Plateforme, se bat pour qu’ils soient inclus dans le processus de paix. Quelle est la situation actuellement ?

Boubacar Sadegh Ould Taled : Nous voulons être inclus dans le processus de paix à deux niveaux. Pour la partie Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), le gouvernement nous a attribué un quota de 90 combattants à Tombouctou, 80 à Kidal et 90 à Gao. Le deuxième niveau de notre implication au processus de paix, c’est notre présence au sein des organes de l’application de l’Accord où nous ne sommes pas présents, comme la Commission nationale de réforme du secteur de la sécurité, la Commission justice, vérité et réconciliation, la CTS, les Emov, l’État-major du MOC et les MOC régionaux, les conseillers spéciaux des préfets. Nous avons eu une réunion le 24 janvier  dernier avec le ministre de la Réconciliation, Lassine Bouaré, ainsi que les représentants de la CMA et de la Plateforme, qui nous ont informés qu’ils avaient trouvé un accord pour donner à nos mouvements 50% du quota, soit de la CMA, soit de la Plateforme, dans chaque commission. Nous avons accepté, parce notre politique est de prendre tout ce qui est disponible, mais cela ne veut pas dire qu’on est satisfaits. La CMA aurait refusé à vos combattants de rentrer à Kidal.

 Quel est leur sort actuellement ?

Effectivement, la CMA a refusé nos combattants à Kidal, mais nous avons obtenu finalement un consensus. Nos combattants sont actuellement à Tin Aouker, à quelques dizaines de kilomètres de Gao, et seront admis dans le MOC de Gao dans les jours qui viennent avec leur screening dans la  prochaine phase du DDR intégration. Le plus important, c’est d’avoir notre quota au MOC, le lieu importe peu. Un des leaders de vos mouvements, Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun, est sous sanction de l’ONU pour entrave à l’Accord de paix. Comment gérez-vous ce cas ? Nous considérons que Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun est un bouc émissaire, parce qu’il fallait commencer par quelqu’un pour exercer les sanctions de l’ONU, pour montrer que c’était possible. Mohamed Ousmane est la personne qui a été victime de cette situation. Je vous rappelle que nous ne sommes pas contre ces sanctions, parce qu’elles permettent l’avancée de l’Accord, mais il fallait trouver une personne faible. On accuse Mohamed Ousmane de collusion avec les terroristes, alors nous voulons qu’on nous apporte les preuves. Dans le rapport du panel des experts, il est mentionné que Mohamed Ousmane a proféré des menaces s’il n’était pas inclus dans le processus de paix. C’est une incompréhension. En réalité, Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun est gênant, il avait une oreille attentive qui a été prêtée à ses détracteurs, c’est tout. N’oubliez pas que Mohamed Ousmane a signé l’Accord de paix le 15 mai 2015, sans l’accord de la CMA. Cela lui a coûté ce que ça lui a coûté et il continue d’en payer le prix.

Des soldats et de combattants en patrouille dans la ville de Gao ce 23 février 2017. ©Nord Sud Journal

 Comment jugez-vous le rythme de l’application de l’Accord de paix ?

Nous sommes à trois mois du quatrième anniversaire de l’Accord et les choses n’ont pas beaucoup avancé. Le  gouvernement n’a pas donné une grande importance à l’application de l’Accord de paix durant le premier mandat d’IBK. Depuis le début du second, il y a une nouvelle dynamique. La preuve, l’avancée enregistrée ces trois derniers mois n’a pas été réalisé sur les trois dernières années. Personnellement, je considère qu’après chaque signature d’un accord, il y a toujours une période tampon, entre la phase de signature et celle de l’application. C’est une période sensible, qui demande de la sagesse. C’est dans cette période que nous sommes.

Le gouvernement malien a demandé aux déserteurs de l’armée de revenir pour se faire enregistrer. Vous avez accueilli favorablement cette annonce, mais pas la CMA. Le retour des déserteurs est prévu par l’Accord de paix. Nous voulons une armée reconstituée, cela ne peut pas se faire sans ces déserteurs dont le sort sera traité au cas par cas. Les anciens Fama constituent 25% de notre effectif et leur retour au sein de l’armée nous permettra de souffler un peu, car prendre en charge des hommes sur le terrain nécessite beaucoup de ressources.

La CMA a dit que cette annonce ne la concernait pas…

Vous savez, chaque mouvement a sa spécificité. Je comprends la CMA : la plupart de ses chefs des bases sont des déserteurs et, si elle le renvoie, elle risque de rester sans chef de guerre.

Lors du dernier DDR accéléré, 400 combattants, notamment des officiers, ont été jugés inaptes à l’intégration de l’armée après une visite médicale. Comment jugez-vous ces résultats ?

Ce sont des mesures qui fragilisent la confiance qui était revenue entre les parties signataires de l’Accord de paix. Nous ne sommes pas contre une visite médicale pour un soldat ou officier, c’est tout à fait normal, mais ce qu’on a vu était exagéré et nous l’avons catégoriquement rejeté. Si on analyse cette liste des soi-disant inaptes, on se rend compte que la majeure partie, c’est des officiers et des sous-officiers. Je peux comprendre que quelques soldats soient inaptes, mais de là à disqualifier systématiquement nos officiers et sous-officiers, c’est aberrant. Si on fait passer la même visite médicale aux officiers de l’armée malienne, beaucoup ne passeront pas. Nous avons demandé une contre-visite médicale faite par une équipe neutre et nous attendons une réponse.

Les officiers des mouvements armés ont quand même un problème d’âge, car beaucoup ont dépassé l’âge d’entrée à l’armée ?

Je vous rappelle que les décrets qui fixent les modalités d’intégration ne mentionnent pas ces visites médicales. C’est vrai qu’un âge a été fixé, mais il faut comprendre que ces officiers sont des cas spécifiques. Ces sont d’anciens rebelles qu’il faut ramener à la paix. Si on les met à la porte, on prépare le terrain à une autre rébellion et c’est ce qu’on veut éviter.

Au niveau de certains MOC, notamment à Tombouctou, beaucoup de combattants sont partis à cause des menaces d’attentats. Certains disent que ceux qui sont envoyés sont plutôt des jeunes chômeurs sans grande expérience.

C’est une question de choix des uns et des autres. Effectivement, certains officiers ont démissionné et ont été remplacés par d’autres, mais, en ce qui nous concerne, c’est-à-dire la CME, nos officiers et combattants sont toujours sur place. La question du quota d’intégration dans l’armée de terre n’a pas été réglée jusque-là, contrairement aux autre corps. Qu’est-ce qui explique cela ?   Le début de toute chose est difficile. Le DDR intégration a commencé il y a quelques mois seulement, et on nous dit que les moyens financiers ne sont pas disponibles. Il y a beaucoup d’obstacles, mais nous sommes optimistes.

MPSA, Boubacar Sadegh Taleb, CSA, Mali,

On parle de la fin du Comité de suivi de l’accord d’ici mi 2019. Est-ce que vous pensez que c’est possible ?

Non ! On est en train de réfléchir pour remplacer le CSA par un autre mécanisme pour continuer le suivi de l’accord, parce que le CSA est lourd et que son financement pose problème. Les membres du CSA peuvent passer des mois sans percevoir leurs salaires et souvent on ne sait même pas si c’est la partie malienne ou la communauté internationale qui doit mettre la main à la poche. C’est pour régler cela que le CSA doit se transformer en un autre organe pour continuer dans la durée.

Vos mouvements ont quitté certaines de leurs positions dans la région de Tombouctou à cause des menaces d’attentats djihadistes

C’est normal. Nous sommes dans une période de ni guerre ni paix. Il est vrai que le MSA Daoussak s’est lancé aux côtés des forces internationales dans la lutte contre le terrorisme. Nous aussi avons fait ce choix là, mais nous avons demandé de trouver un cadre juridique pour engager nos soldats dans cette lutte. Le seul cadre légal est l’Accord de paix, parce qu’il y a un risque que nos combattant meurent sans assurance, sans indemnités pour leurs familles et avec un risque de glisser vers un conflit communautaire ce que nous ne souhaitons pas.

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