Mali : positionnement du CNSP, en danger d’OPA ?

Au lendemain de ce que certains refusent à présent de qualifier de « coup d’état », des communiqués attribués aux putschistes annonçaient que des mécènes porteurs de cash avaient été éconduits à Kati. Vrai ou faux, l’engagement solennel du CNSP dans ses premières déclarations à remettre le pouvoir à une autorité civile, conjugué à l’effet de ces communiqués avait donné un faisceau de crédibilité et d’intégrité morale aux représentants du nouvel ordre kaki.

L’accueil à eux réservé à la place de la contestation par le fer de lance de la lutte contre l’ancien régime, entendez le M5RFP, laissait présager d’une complicité entre ces deux entités, un tandem porteur du renouveau réclamé par la majorité des Maliens. Mais pendant combien de temps allait  durer  cet espoir ? « Il est difficile de rester vierge pendant longtemps dans un bordel » dit-on.

Excusez du peu ! Au sortir des concertations qui devaient sceller le nouveau départ, le M5 ne se retrouve plus dans les conclusions des concertations auxquelles il a pourtant participé, dénonçant des « conseillers occultes et thuriféraires » tapis dans le noir qui se seraient portés au service des princes du jour. Difficile de ne pas faire de crédit à la remarque au regard de l’ambivalence des termes de la conclusion des concertations nationales à savoir « militaire ou civil » pour diriger la transition.

Du 18 août au 12 septembre, en moins d’un mois, vingt-six jours pour être précis, il s’est déjà coulé beaucoup d’eau sous le pont au point de noyer les néophytes en politique. Des tendances qui, jusqu’au soir du 17 août, veille de la chute du régime défunt le défendaient bec et ongle, ont très tôt retourné leur veste pour faire allégeance à la junte, faisant proliférer des mouvements de soutien et faire ombrage aux combattants classiques. N’a-t-on pas vu pendant la période trouble des faitières  jadis, fer de lance de la lutte pour la démocratie, prétendre rester neutre ? Mais comment pouvait-on l’être dans ce contexte ?  « Si vous êtes neutre dans les situations d’injustice, vous avez choisi le camp de l’agresseur » déclarait en 1984, l’archevêque anglican Sud-Africain du Cap, Desmond Mpilo Tutu, prix Nobel de la Paix.

Sauf à emprunter de Néron, nul ne saurait  jouer la lyre pendant que la cité brûle sous ses yeux. Et voilà que ces ouvriers de la onzième heure parviennent à faire écouter leur musique aux militaires qui apprécient et esquissent des pas de danse. En y prêtant le flanc, ils acceptent une OPA, une phagocytose en connaissance de cause et à dessein. La junte doit pouvoir résister au fantôme du régime qui la hante.

Quand on abat un fauve, il faut se préparer à conjurer le mauvais sort consécutif. Il en est ainsi de l’histoire des changements de régime au Mali. Après le renversement du régime du Général Moussa Traoré (paix à son âme), son parti politique, l’Union Démocratique du Peuple Malien(UDPM) longtemps critiqué pour ses méthodes anti démocratiques,  était redevenu le parti majoritaire au pouvoir, sous les couleurs de l’ADEMA. Les mêmes, avec armes et bagages avaient regagné le PDES de l’homme fort de l’heure, Amadou Toumani Touré. Ils ont fait la pluie et le beau temps, mangeant des deux mains sans partage dans cette formation avant de gonfler les rangs du RPM d’IBK venu au pouvoir pour renforcer ce parti.

Eternels insatiables, épices adaptées à toutes les sauces, ils ne manquent pas d’appétit. Fins lecteurs du sens du vent, ce sont les mêmes à des exceptions près qui gravitent autour de la junte. Et qui lui donnent une illusion de majorité sans sondage  qui  voudrait que la transition soit conduite par des militaires, là où le M5 s’inscrit en faux, dénonçant des conclusions « charcutées » car, la tendance majoritairement exprimée en faveur d’une direction civile pour conduire la transition est carrément zappée dans le document final. C’est en vérité ce que veulent entendre  Assimi, ses hommes et leurs nouveaux courtisans qu’ils appellent « majorité ». Et quand le colonel major Wagué, porte- parole  avoue plus loin : « c’est notre option avouée », il est on ne plus explicite. La tentation est forte et le terrain très glissant en même temps. Les cendres des contestations sont encore chaudes et s’il faut se mettre en plus à dos la communauté internationale comme pour multiplier les fronts, les libérateurs supposés passeraient pour des usurpateurs et feraient pire que l’ennemi commun. La junte ne peut pas, sans trahir sa parole donnée de la première heure, accepter d’écouter puis  pactiser avec des partisans recyclés de l’ancien ordre pour justifier son maintien à la tête de l’Etat et croire faire du neuf avec du vieux. Ces nouveaux intrus qui se bousculent à la mangeoire  doivent servir de sacrifices pour baliser le terrain nouveau, donner rapidement des réponses judiciaires à tous les rapports du Vérificateur Général et à ceux de toute la flopée de services budgétivores de contrôle crées pour se nourrir de la corruption au lieu de la combattre. Du moment que leurs rapports n’ont pas de suite, il va s’en suivre un chantage mutuellement avantageux pour les contrôleurs et les contrôlés.

Mali Sadio

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