Mali : Quatrième République, la perspective résolue d’un nouveau départ

Notre pays, le Mali, est une fois de plus à la croisée des chemins. Sept ans après sa première prestation de serment, le 04 septembre 2013 et à mi-temps de son dernier mandat, le Président IBK est amené à quitter ses fonctions, sous la pression d’un soulèvement populaire, mené par le Mouvement du 05 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5- RFP) et achevé par un groupe de cadres militaires réunis au sein du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP).

Abandon de fonctions ou coup d’Etat ? Dès la diffusion du message du Président IBK, la nuit du mardi 18 août, les interprétations y sont allées bon train.

A cette occasion, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a cru bon de produire un communiqué condamnant sans équivoque un coup d’Etat, assorti de sanctions telles que la suspension du Mali des instances de décision de l’Organisation sous régionale, la fermeture des frontières terrestres et maritimes, l’arrêt des transactions économiques et le pré-positionnement d’une force d’intervention.

Si des voix s’élèvent ici et ailleurs pour situer le départ du Président IBK suite à un mouvement populaire, il apparait qu’au Mali même, personne, ni les membres de la junte, ni la majorité, ni l’opposition, ne prennent cette précaution. Ici, l’unanimité est faite autour de l’éviction d’IBK, suite à un coup d’Etat, que l’on condamne, regrette ou salue. Cette attitude, pour le moins courageuse, des compatriotes du Président IBK pourrait s’expliquer par un fait conjoncturel et une cause historique :

La demande de démission du Président IBK, lancée le 05 juin 2020 au cours de la première grande manifestation du M5-RFP à la Place de l’Indépendance, est devenue récurrente dans le débat politique marqué par un fort ressentiment populaire et une amertume généralisée ;

Le peuple malien possède cette rare force d’assumer ses choix propres, en dehors des sentiers battus et des postures standard.

En ceci, la situation, intervenant alors que la CEDEAO est saisie de la question, a pu paraître à la Communauté comme un défi, et justifierai la promptitude et la sévérité des mesures disciplinaires qu’elle a édictées. De cette posture inédite, malienne, résident les jugements souvent sévères, des sentences brutales de nos contemporains à différentes phases de l’évolution de notre histoire.

Le 23 juillet 2020, l’imam Mahmoud Dicko, au sortir de la rencontre avec les Chefs d’Etat de la CEDEAO, dépêchés par l’Organisation sous régionale dans le cadre d’une mission de bons offices dans la crise malienne, lançait « nous ne sommes pas un peuple soumis ou résigné, nous sommes un peuple débout et fier ».

Nous sommes les descendants des empires successifs du Ghana, du Manding, du Songhoï. Nous sommes les fils des résistants acharnés comme Biton Coulibaly, Amadou Tall, Samory Touré, Aménokal Firhoun, Tiéba Traoré, célébrés pour la résistance, au prix de leurs vies, qu’ils ont opposée à la pénétration coloniale.

C’est en raison de cette fierté soudanienne que le Président Modibo Keita a créé, envers et contre tous, une armée nationale le 20 janvier 1960 et lancé le franc malien le 1er juillet 1962, parce qu’il les considère, l’une et l’autre, comme des attributs de souveraineté nationale.

Après soixante ans d’indépendance, marqué par quatre coups d’Etat (1968, 1691, 2012 et 2020), une ère démocratique entachée qui ressemble à s’y méprendre à un parjure des élites dirigeantes, aggravé du pêché d’abandon du peuple, nous sommes débout et fiers, mais exténués. Les ¾ de notre territoire sont occupés par des forces séparatistes et djihadistes. Notre école est fermée et nos enfants n’apprennent plus. Notre système de santé est détruit. Notre armée est en lambeau.

L’histoire nous enseigne des moments aussi dramatiques que celui que nous vivons, où des pays, aux prises avec les affres de la misère, des guerres, des pandémies, ont eu pour réponses de mobiliser leurs forces, de réveiller leur génie, pour conjurer le sort.

Entre 1958 – 1960, la Chine de Mao-Zedong a lancé le « grand bond en avant ». Cet ambitieux plan de réforme et de modernisation sociale et économique, sur la base d’un socialisme chinois affranchi du modèle soviétique, aussi rude fut-il, a été la trame qui a servi à tisser la Chine moderne d’aujourd’hui.

Au lendemain de la Capitulation, en 1945, le Japon a lancé la stratégie dite du « vol d’oies sauvages » qui fera passer le pays du Matin Calme, en 2010, par la force du bras et de l’intelligence, au premier rang mondial pour la construction navale, la production de motos et au deuxième rang pour la production automobile, alors que ce pays n’exploite aucune composante de l’alliage structurel de ces équipements.

Plus près de nous, le Rwanda, après la tragédie génocidaire de 1994, par le recours aux ressources internes, l’adoption d’un performant système éducatif et en s’affranchissant de toute tutelle politique extérieure, sous le leadership du Président Paul Kagamé, passera au statut de modèle de développement pour les pays africains. Le pays acquiert une respectabilité planétaire dont la moindre des manifestations, dans un contexte de révocation du français et d’adoption de l’anglais comme langue officielle, fut la préférence accordée malgré tout à la Rwandaise Louise Mushikiwabo, exprimant sa candidature en anglais, par les pays francophones et la France, comme Secrétaire Générale de l’OIF.

Laissons la CEDEAO, dans ses petites combines et avançons résolument. Laissons l’organisation dans son schéma d’abattre autour du Mali un rideau de fer, avec des « couloirs humanitaires » pour approvisionner la Minusma, Barkhane, le G5-Sahel, couloirs encadrés d’une haie humaine de maliens affamés et mutilés, préposés aux petits soins de ces forces. La CEDEAO initie l’asphyxie de vingt millions de maliens pour incommoder vingt soldats. Bravo !

Mais la CEDEAO a vu très petit. A moins d’un défaut de la miséricorde divine, qui n’est pas une marque déposée de la CEDEAO, ce syndicat de chefs d’Etat devra bien s’accommoder du fait que le Mali est une immense étendue arable, dont le tubercule en bas et la laitue en l’air se mangent dans le même plat, à Bamako comme à Abidjan ou Niamey. Le socle de cette étendue, c’est un potentiel minier et minéral comme on en trouve rarement ailleurs ; or, fer, kaolin, argile réfractaire, gypse, sel gemme, manganèse, lithium, nickel, étain, zinc, plomb, uranium, pétrole, etc. A moins que le rideau de fer ne s’incruste dans le manteau de la terre, la CEDEAO devra souffrir l’inondation de notre territoire par les biefs les plus importants des fleuves Niger et Sénégal, arroser nos champs à perte de vue et maintenir nos pâturages luxuriants. Enfin, nous avons ce potentiel fraternel des Maliens de l’extérieur dont la sollicitude et le patriotisme déversent sur le pays des ressources financières représentant le quart du budget national.

La quatrième république du Mali, attendue à la fin de la Transition en installation doit amener à un véritable éveil des consciences et remettre les Maliens sur le pied de guerre, la guerre contre l’injustice, l’ignorance, la pauvreté, la corruption, le népotisme, bref, tous ces maux créés par des compatriotes, hommes et des femmes qui, par une félonie outrancière, ont cru réduire notre belle devise (Un Peuple – Un But – Une Foi) à leurs conforts personnels.

La Transition devra être la plus inclusive possible, n’excluant aucune compétence, aucune sensibilité, aucune formation. Elle prescrira la stigmatisation, notamment concernant les collaborateurs du président sortant au rang desquels figurent des cadres compétents et intègres, qui ont tout à apporter dans le processus d’édification du Nouveau Mali. Notre nouvelle Constitution sera une Charte de Kurukanfuga qui devra préalablement nous ramener à nos fondamentaux, revendiquer nos valeurs d’honnêteté, de probité et de dignité. Le recours à un nouveau texte, sous prétexte d’obsolescence du précédent, ne cachet-il pas un constat de turpitude généralisée et de la nécessité d’adapter ces textes à l’homme nouveau, qui mutera dans dix ans dans une forme plus pernicieuse de turpitude.

Cette charte doit réaffirmer le coup d’Etat crime imprescriptible, mais aussi qualifier de crimes imprescriptibles la gestion calamiteuse qui aboutit à la destruction du dispositif de santé publique, la politisation de l’espace scolaire et universitaire et l’autodafé de la vertu qui la fonde, l’éducation et l’apprentissage ; le fait de démanteler le potentiel militaire du pays pour prévenir un coup de force et celui de déployer de jeunes soldats pour servir de chair à canon, face à l’ennemi sans moyens adéquats dont le coût, consenti par leurs parents, est passé entre-temps dans le confort de la hiérarchie.

Nous devons revoir notre système éducatif, en remettant l’école au cœur de l’éducation et de l’apprentissage. Mais pas seulement. Pour avoir une meilleure ouverture sur le monde, un meilleur contact avec le savoir et la science, nous devons instituer un tronc commun en français et en anglais jusqu’en classe de terminale et réserver les filières scientifiques aux enfants présentant de meilleures aptitudes en anglais, pour avoir à leur portée le potentiel documentaire libellé dans cette langue.

La nouvelle Charte de Kurukanfuga doit revisiter notre histoire et notre culture et remettre au gout du jour le cousinage à plaisanterie. Le « sunankuya » est une denrée unique d’animation de la vie sociale, dont le but est de maintenir toute la chaleur des liens, toute la densité des échanges, sans préjudice à la dignité de l’autre, parce que chacun d’entre nous est débout et fier. Nous avons besoin de cette denrée au regard du drame qui se joue entre communautés au centre du pays, et pour prévenir de telles situations.

Le concept d’ensemble sous régional et régional, le Mali l’a inscrit dans son acte fondateur, en consentant concéder partie ou tout de sa souveraineté pour la réalisation de l’unité africaine. Qui dit mieux ?

A la veille d’une nième Transition, qui doit inaugurer une nouvelle République, la quatrième, n’allons-nous pas puiser dans notre histoire millénaire, dans nos valeurs culturelles, exploiter nos richesses naturelles et réaffirmer que nous sommes un peuple débout et fier. Le souffle des leçons de démocratie, l’harmattan des menaces, la bourrasque des sanctions ne sont plus acceptables. Le Mali doit s’affranchir de ces manifestations nauséabondes, du « vent » comme le dit l’autre, car « être dans le vent, c’est avoir le destin des feuilles mortes ».

22 Septembre

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