Mali : UNTM, que cache la grève ?

Après avoir déposé un préavis de grève de 48 Heures (du 18 au 20 novembre 2020), l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) a organisé un point de presse, à la Bourse du Travail. Occasion pour son Secrétaire Général, Yacouba Katilé, d’expliquer les motifs de cet arrêt de travail en vue.

La centrale syndicale exige l’égalité des chances et la rémunération équitable pour les Fonctionnaires de la même catégorie plus l’intégration des Enseignants communautaires dans la Fonction publique. Elle déplore aussi la manière par laquelle s’effectue actuellement la gestion de la Transition. Au-delà des raisons invoquées, beaucoup d’interrogations sont posées sur les vraies motivations de Yacouba Katilé et ses camarades.

A la faveur d’un point de presse, animé par sa centrale, le mardi 2 novembre 2020, le Secrétaire Général de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), Yacouba Katilé, est revenu sur leurs revendications. La centrale revendique le même salaire pour les fonctions qui ont le même statut : « Notre exigence comme partout dans le monde, est d’établir l’égalité des chances et de rémunération à travail de valeur égale à travers des grilles uniques par catégorie : Armée, Police, Gendarmerie, Juges, Chercheurs et Professeurs, Admirateurs civils, Ingénieurs, chacun se trouve dans une catégorie et ne doit pas gagner plus que ses semblables. C’est aussi une question de justice sociale. Oui c’est cela, ou nul ne peut sortir du Statut général et revendiquer ses acquis, ou la justice sociale, l’égalité des chances et de rémunération, la non-discrimination sont des vains mots en République du Mali ? », s’est interrogé anxieusement, Yacouba Katilé, Secrétaire Général de l’UNTM. Et à lui d’ajouter : « Nous avons demandé qu’on fasse en sorte que, dans le cadre des grilles, au niveau des Fonctionnaires, qu’il puisse avoir une certaine harmonisation ».

Puis il a déclaré : « Nous n’allons pas croiser nos bras. La justice sociale, c’est notre philosophie. On va se battre pour ça. On ne laissera pas, quel que soit le niveau. Il y a l’injustice et l’inégalité, il faut gérer ces aspects ». L’autre doléance de la plus puissante Centrale syndicale de la place est l’intégration de tous les Enseignants des écoles communautaires dans la Fonction publique. Cette revendication figure dans les cahiers de doléances de la Centrale depuis 2010. Ce point avait fait l’objet d’un Accord en 2019, mais l’application est toujours attendue. « Comment comprendre que plus de 16.000 Enseignants se trouvant dans 4383 écoles communautaires ne sont pas encore intégrés et bénéficient que 25.000 FCFA de subvention de l’Etat qui sait que les collectivités n’arrivent plus à s’occuper des écoles communautaires, des centres de santé. Nous demandons, comme dans un certain nombre de pays de la Sous-région, que, dans l’ensemble, l’Education et la Santé restent dans les prérogatives de l’Etat », a souligné M. Katilé.

L’Union Nationale des Travailleurs du Mali n’est pas aussi contente de certaines manières dans la gestion de la Transition en cours. Pour son Secrétaire Général, la Transition a échappé aux forces vives et laborieuses du pays. « Le Président de la Transition, le Premier Ministre et le Gouvernement sont installés sans que la société civile, l’UNTM et ses démembrements aient leur mot à placer », a regretté Y. Katilé. La centrale syndicale exige, cependant, des sièges au Conseil National de la Transition qui jouera le rôle de l’Assemblée Nationale. « Nous revendiquons la présence des 13 secteurs de production à la base de notre centrale dans les assises du Conseil national de la transition. Qu’importe le nombre de politiciens, de militaires, nous saurons rectifier toutes les embûches semées par les uns et les autres », a-t-il insisté.

Une grève opportune ?

La grève est légitime, certes ; mais, il y a lieu de s’interroger sur l’opportunité d’un tel mouvement social au moment où le pays fait face à plusieurs turbulences. La centrale syndicale qui avait décrété une trêve pour cause de la maladie à coronavirus semble avoir oublié que la pandémie n’a pas disparu. Au contraire, elle s’amplifie.

 Autres interrogations, comment comprendre l’urgence de telles revendications, alors que l’on se souvient tous du silence assourdissant de l’UNTM face à la grogne sociale en 2018.

En effet, la centrale syndicale avait gardé un silence de carpe au moment où le front social d’avant connaissait une agitation sans précédent avec une succession de grèves qui touchaient pratiquement tous les secteurs, notamment la Santé, l’Education de base, l’Enseignement Supérieur, et au niveau des Surveillants de prisons, des Magistrats…

Un silence que certains n’hésitaient pas à traduire comme une inféodation au Régime en place ou acte de complicité de certains Hauts Responsables siégeant à la Bourse du Travail. À l’époque, le silence assourdissant et la passivité de la principale centrale syndicale préférant laisser les syndicats nationaux dans un duel de face-à-face incertain avec le Gouvernement avait suscité de multiples points d’interrogations. Cette césure entre la principale centrale syndicale et sa base est loin d’être fortuite. Elle découle sans doute de l’élargissement du fossé et surtout du manque de confiance entre la base et les Dirigeants syndicaux.

Dès lors, il est aisé de s’interroger davantage alors que le contexte est plus difficile, moins propice pour se livrer aux revendications sectorielles et de s’interroger   particulièrement sur la pertinence du combat réel de l’UNTM pour la défense des travailleurs étant donné que la réalité serait qu’à la Bourse du travail certains Responsables syndicaux ont décidé de sacrifier l’intérêt des militants au profit de leurs intérêts personnels ?

L’Aube

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